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  • Les clarinettes ont-elles un escalier de secours?, Robert Marcel Lepage dans Ici Montréal

    «Compact», Michael D Hogan, Ici Montréal, no 1:25, 16 avril 1998
    jeudi 16 avril 1998 Presse

    Il a joué pour le cinéma, pour la danse, pour la radio, mais par dessus tout, il joue pour la clarinette. Sur les ailes de l’humour et en compagnie d’une vingtaine de collaborateurs issus de tous les horizons musicaux (a-t-on déjà vu réunis sur un même disque Rick Haworth et Martin Tétreault?), Lepage nous fait passer par tous les pays, tous les rythmes. On craque pour Rock around the cloche. Sa livraison la plus facile d’accès à ce jour.

    Sa livraison la plus facile d’accès à ce jour.

    3 musiques pour UBU dans CFLX 95.5 FM

    «Délire actuel: Critique», François Couture, CFLX 95.5 FM, 14 avril 1998
    mardi 14 avril 1998 Presse

    Jean Derome touche à tout. Des côtés vieux swing de son Je me souviens — Hommage à Georges Perec aux dissonances de Nous perçons les oreilles, Derome surprend souvent, tout en demeurant égal à lui-même. Son amour de la musique n’a d’égal que celui qu’il entretient aussi pour la littérature et le théâtre. De 1990 à 1992, il réunissait tout cela en tâtant surtout de la musique de scène. 3 musiques pour UBU est un album double qui regroupe trois œuvres écrites pendant cette période pour le Théâtre UBU de Denis Marleau.

    Le premier disque présente Cantate Grise (50 minutes). Cette musique est inspirée de l’œuvre complète de Samuel Beckett et se veut un hommage à cet auteur. Pièce à l’écriture à la fois dépouillée et exubérante, réflétant bien le minimalisme parfois verbeux de Beckett (non, ce n’est pas contradictoire!), Cantate Grise est intimiste et introspective. On y trouve Jean Derome, bien sûr, mais aussi Allan Laforest (flûtes baroque et autres) Shannon Peet (basson), Chantal Rémillard (violon baroque et moderne), Alain Trudel (trombone, etc. ) et plusieurs voix. Il s’agit de l’œuvre de Derome se rapprochant le plus de la musique de chambre. Intéressant, bien que comprenant certaines longueurs.

    Le second disque contient deux œuvres d’environ 30 minutes chacune. On trouve d’abord Les UBS, une musique pour fanfare de 6 musiciens et choeur des comédiens. Il s’agit d’un clin d’œil à Alfred Jarry et à toute la pataphysique. Plusieurs textes de Jarry servent de canevas à des chansons fanfaronesques (à la fois fanfares et bouffonnes). Beaucoup plus légère que Cantate Grise, Les UBS décontenance par sa simplicité et son humour absurde. On y trouve Allan Laforest (flûtes), Carol Bergeron (percussions), Ivanhoe Jollicoeur (trompette et flugelhorn), Stéphane Jalbert (clarinettes), Jean-Denis Levasseur (clarinette, sax) et Jean Sabourin (sousaphone).

    La dernière pièce s’intitule Luna-Park et gravite autour des années d’ébullition sociale et artistique d’avant la révolution russe. Il s’agit de l’effort le plus intéressant de Derome dans le domaine de la musique de scène. Complexe, évocatrice, vibrante et nouvelle, la musique de Luna-Park met en scène pour la première fois le trio des Patenteux du Québec (Jean Derome, René Lussier et Pierre Tanguay sur différents instruments inventés et modifiés) auquel s’ajoutent Allan Laforest, Jean-Denis Levasseur, Jean Sabourin, Allyson Lyne (violon) et Pierre Olivier (synthétiseur). Une ode à l’invention et au renouveau, Luna-Park est le point d’intérêt principal de ce disque.

    En conclusion, il s’agit d’un disque qui plaira grandement aux amateurs de musique de scène et un bon complément à La Bête, l’effort précédent de Derome dans ce domaine. Néanmoins, 3 musiques pour UBU n’est pas un essentiel de la discographie de ce grand musicien. Plutôt un agréable complément.

    Bavards dans Splendid E-Zine

    «Review», Noah Wane, Splendid E-Zine, 13 avril 1998
    lundi 13 avril 1998 Presse

    I’ve been looking for a group like Klaxon Gueule for a long time. Melding the best elements of rock with the best elements of free jazz, this electric guitarist, electric bassist, drummer and alto sax man manage to create an aural cacophony not easily duplicated. Their music combines a brilliant sense of spontaneity with a deft mastery of formal balance. Motives are stated transformed and make cathartic reprises. Take the first track Petit d’homme, as a case in point. The essence of the piece is one interval, stated at the beginning, inverted and transposed and otherwise modified during the middle and returning in its original form at the end (formally a take on the head-solos-head routine that is fundamental in jazz). Klaxon Gueule is punk rock elevated to high art status, free jazz for the electronic era, noise rock imbued with greater structural sophistication. The music on Bavards clearly points to a future in which high-brow art finds itself revitalized by the youthful energy of pop culture — a future that I’d like to see realized.

    Klaxon Gueule is punk rock elevated to high art status.

    La Bête / The Beast Within dans Splendid E-Zine

    «Review», Noah Wane, Splendid E-Zine, 23 mars 1998
    lundi 23 mars 1998 Presse

    Listening to CDs that contain music written for dance productions always feels odd to me. I just can’t get escape the fact that I’m missing something by not seeing the choreography that is, by all counts, an integral part of the work of art. While I can’t seem to shake that feeling entirely with La bête, I am happy to report that I find the disembodied sonic elements of the work to be truly fascinating. The music is written for what amounts to a small chamber group heavily favoring percussive instruments (for obvious reasons). Throughout the score primal shouts and guttural cries punctuate a fragmented musical texture. Derome’s repetition of similar rhythmic/melodic fragments (Prologue, Carrousel and Adieu mon coeur, for example) reminds me at times of Glass’s later operatic work. Also, his use of tribal dance rhythms is compelling, especially when blended with non-tribal elements like the gypsy-ish folk tune in Les femmes enceintes. I found myself absolutely drawn into the music during serene moments like those of Duo des ventre/les archanges and Mourir. With La bête can guarantee an edifying musical experience to the courageous at heart.

    La bête can guarantee an edifying musical experience to the courageous at heart.

    Nous perçons les oreilles, Jean Derome, Joane Hétu, Nous perçons les oreilles dans Le Devoir

    «La modernité n’est pas morte!», François Tousignant, Le Devoir, 19 mars 1998
    jeudi 19 mars 1998 Presse

    Loin, loin, trés loin des hauts endroits où l’on étudie des choses qu’on aime limiter à un état cadavérique pour s’emparer d’elles comme objet loin. Loin, très loin de ceux qui savent, il existe un jardin enchanté et secret, pas toujours raffiné ou très beau, mais où la musique vit celui de ceux qui la font. En cet enclos particulier, des musiciens genéreux donnent réalité à cet art mystérieux qu’est la musique, offrent leur amour profond des idées neuves et du son.

    Le premier spectacle de Nous perçons les oreilles, sorte d’édition-festival de fin d’hiver des «actualistes» montréalais, s’est révélé un franc succès. Il est malaisé de tenter de rendre justice à ce qui s’est passé mardi soir, à la Maison de la culture Plateau Mont-Royal; tout au plus peut-on essayer d’en témoigner.

    La modernité revient!, enfin!, et de la plus belle manière. Loin des circuits savants (et fermés), l’héritage des Cage, Kagel, Berio reste bien vivant et fertile. Il fallait entendre la première «improvisation» de Jean Derome et Joane Hétu pour comprendre ce qu’est la musique vivante, celle qui s’imagine avec des petits riens, qu’on invente sans jamais l’apprendre parce qu’on l’a prise à bras-le-corps avec amour et passion.

    Sur le fil tenu de l’instant fugace qui jamais ne reviendra s’élève un torse magnifique qui tire tout son pouvoir expressif de ses fulgurances géniales et de ses faiblesses décevantes. Au crépuscule d’un art encroûté dans l’académie se dressent les turions d’une nouvelle forme provocante et revendicatrice par sa simple existence: jouer de la musique. Dans ces constructions sonores de Jean Derome résonne le plus bel écho soixante-huitard: l’imagination au pouvoir!

    Terrains et émotions vierges, voilà ce qu’on entend. Magie de la poésie et du sens renouvelés. Impossible d’analyser cela de l’épingler pour objet d’étude. Il faut y être, se soumettre à ses méandres, oser se tromper — ou triompher — en direct. Derome remporte la palme, dominant sa matière magistralement. Sa compagne reste plus en retrait. Elle essaie trop de le rejoindre plutôt que de se laisser aller.

    Au risque de passer pour snob, je trouve qu’il manque encore un peu de verni, voire de respect (Derome par moment, semble maladroit avec ce statut d’artiste qu’il invente — plus de fierté de votre part, s’il vous plait, vous y avez droit!) envers l’acte qui se pulvérise en son. La présence du magnifique texte de Sylvie Massicotte (efficacement lu par l’auteure) a prouvé que la prestation musicale doit aspirer à un «niveau» plus responsable, ce qui veut dire qui n’a plus honte d’être ce qu’il est. Derome et Hétu méritent mieux que ce qui leur est généralement reconnu, ne serait-ce que pour les vertiges du cœur qui, tout à coup, emplissent nos oreilles.

    Cette première soirée dialoguait avec le cinéma. L’idée est naïvement mignonne. MacLaren a déjà fait cent fois mieux et le processus est stérile. On sourit à la tentative, sans plus. Mercredi, nos acolytes se colletteront avec la danse puis, ce soir, entre eux. Ce dernier spectacle musique-musique sera repris vendredi à la Maison de la culture Villlerav/Saint-Michel/Parc-Extension. À prendre un risque, vous serez peut-étre déçu, mais vous serez peut-étre aussi complétement ébloui.

    … des musiciens genéreux donnent réalité à cet art mystérieux qu’est la musique, offrent leur amour profond des idées neuves et du son.

    Nous perçons les oreilles, Jean Derome, Joane Hétu, Nous perçons les oreilles dans Voir

    «Pas de deux», Nicolas Tittley, Voir, 12 mars 1998
    jeudi 12 mars 1998 Presse

    Joane Hétu et Jean Derome seraient-ils échangistes? À en juger par la série de rencontres organisée par le couple d’actualistes montréalais — sous le nom de groupe, Nous perçons les oreilles —, on pourrait bien le croire. Trois soirs durant, les deux musiciens multiplieront les échanges à quatre sur la scène de la maison de la culture du Plateau Mont-Royal, et confronteront leurs méthodes d’improvisation à celles d’artistes issus de disciplines différentes. Arméss de leurs saxos, de leur voix et de la fameuse collection de flûtes et d’apppeaux en tous genres de Jean Derome, les deux artistes de musique actuelle livreront chaque soir le fruit de leur collaboration intime d’être rejoints sur scène par des tandems de cinéastes, d’écrivains, de danseurs et bien sûr de musiciens. «On voulait travailler avec l’idée de couple et, chaque soir, on va collaborer avec un homme et une femme explique Joane. Le premier soir est consacré à la littérature et au cinéma avec les textes de Sylvie Massicotte et les grattages de pellicule en direct dc Pierre Hébert. Dans le deuxième, on aborde la danse avec Louise Bédard et Andrew Harwood; et le troisième est une rencontre entre nos deux sax et deux percussionnistes Danielle Palardy Roger et Pierre Tanguay.»

    Comme les deux membres du couple sont constamment occupés par des projets divers Nous perçons les oreilles n’a donné que quelques rares performances underground jusqu’à présent mais il s’agit d’un projet en constante évolution auquel Hétu et Derome semblent consacrer beaucoup d’énergie. «C’est quelque chose qui est assez facile à garder vivant du fait qu’on habite ensemble», explique Joane. «Ça se fait spontanément le soir quand les enfants sont couchés; on se met à faire de la musique ensemble.»

    Leurs échanges se font généralement sur le terrain de l’improvisation musicale mais Joane a aussi un fort penchant pour la chanson comme elle l’a démontré brillamment avec l’un de ses autres groupes (Castor et compagnie). Elle s’empresse toutefois de piéciser que les deux formations fonctionnent de façon complètement différente. «Castor est vraiment un groupe de chanson alors que Nous perçons les oreilles est un ensemble musical dans lequel on retrouve des chansons nuance-t-elle. Dans Nous perçons les oreilles les textes sont surtout choisis en fonction de leur musicalité parfois, il s’agit de simples listes d’objets de tous les jours.» Quant à la musique elle semble suivre des voies plus imprévisibles mais la complicité entre les deux artistes/amoureux est telle que l’improvisation semble couler de source. «Il v a deux plans distincts dans ce groupe» poursuit Derome. «D’un côté on développe un répertoire de chansons écrites et de l’autre on expérimente en improvisation avec toutes les combinaisons imaginables entre nos instruments que ce soit à deux voix, une voix et un sax, deux sax et toutes les possibilités que nous permettent les flûtes et les appeaux. Ce qui est intéressant, c’est le contraste entre les chansons — qui sont à la fois complètement absurdes et très proches du quotidien — et les improvisations qui sont plus près du côté hard de la musique actuelle»

    Même si Hétu et Derome se proposent d’explorer à fond les deux pôles de Nous perçons les oreilles au cours de leurs spectacles ils ont choisi la voie instrumentale pour leur premier album qui devrait paraitre sous peu chez Ambiances Magnétiques. Mais comme tout semble arriver par paires chez ces deux-là on aura aussi droit à un disque mettant l’accent sur la version chantée avant longtemps.

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