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  • Le buffet dans Le Devoir

    «Critique», Philippe Renaud, Le Devoir, 19 décembre 2025
    samedi 20 décembre 2025 Presse

    Mais qu’est-ce que c’est que ce délire? C’est du Hugo Blouin, évidemment: après deux albums sur le thème de la commission Charbonneau et ce Sport national (2023) autour du hockey, le trublion du jazz québécois a assemblé un nouvel orchestre pour ce disque moins inspiré de la gastronomie que de nos conversations autour d’elle. Un peu comme chez René Lussier, la langue québécoise et française inspire au compositeur de complexes mélodies chantées par Eugénie Jobin Tremblay. Sur La patate au sucre, Marianne Trudel (piano) rehausse la section rythmique (John Hollenbeck à la batterie, Blouin à la basse), qui se transforme brusquement en swing (revisité ailleurs, sur Plantée de chemin, puis en jazz tout délicat, sans virer en ballade comme sur la très belle Après tu manges). Au saxophone, à la flûte et à la clarinette, Aurélien Tomasi s’illustre en fantaisie sur Du jazz sérieux, un titre, comme la conversation qui l’a fait naître, à prendre au second degré: Blouin a assurément créé avec ses brillants collaborateurs un album complexe, contemporain, mais vif et plein d’esprit.

    Blouin a assurément créé avec ses brillants collaborateurs un album complexe, contemporain, mais vif et plein d’esprit.
    ★★★★

    Le buffet dans Paris-Move

    «Critique», Patrick Dallongeville, Paris-Move, 19 décembre 2025
    samedi 20 décembre 2025 Presse

    Le contrebassiste montréalais Hugo Blouin a tourné des années durant avec les groupes MAZ et Brasser Brassens, et fait entendre son travail aux États-Unis, au Mexique, en France, en Suisse, en Belgique, en Pologne et au Ghana. Il se produisait dernièrement au sein du trio de René Lussier, du Quintette de Christine Tassan, du Collectif Dalgaréal, de l’autrice-compositrice-interprète France Bernard, ainsi qu’avec le groupe L’Abîme, la poétesse Véronique Bachand et avec Marion Rampal dans Petite Maison, et il a contribué à une trentaine d’albums à ce jour, que ce fût au titre d’interprète, de compositeur ou de producteur. Le Buffet est son quatrième disque de «chansons originales et délurées». Après trois LPs consacrés au hockey et à la commission Charbonneau (célèbre commission d’enquête financière ayant défrayé la chronique en son pays), il a choisi cette fois de mettre en musique certaines recettes de ses proches, au travers de leurs récits et confidences. Composées à partir du repiquage d’entretiens avec ses amis, les chansons du Buffet se succèdent ainsi comme les plats et sujets de discussion d’un repas festif. Recettes, débats sur l’art, anecdotes et souvenirs d’enfance sont ainsi servis dans le désordre et non sans humour. L’album rassemble un groupe de musiciens étoilés de renommée internationale, «de vrais chefs avec qui il fait bon se mettre les pieds dans les plats». Auprès de Hugo à la contrebasse, on retrouve donc John Hollenbeck à la batterie (six fois nominé aux Grammys), Eugénie Jobin à la voix, Aurélien Tomasi aux instruments à vent, Marianne Trudel au piano (Prix Opus 2025 de l’Album jazz de l’année et de la Compositrice de l’année), ainsi que les invitées Alissa Cheung au violon (Quatuor Bozzini), Émilie Fortin à la trompette et Marion Rampal à la voix (Artiste vocale de l’année 2022 aux Victoires du Jazz en notre Hexagone, et récemment chroniquée ICI et ICI). Aussi ludiques et débridées que le présagent leurs titres (Soupe pragmatique, La patate au sucre, Pain-beurre-chocolat, Un camion pizza, Après tu manges ou Le baril géant), ces dix plages ne sont à l’évidence recommandées ni aux ultra-rationnels, ni aux pisse-froid (qui pourraient y friser l’apoplexie), mais transpirent à contrario un salutaire esprit de liberté, comme on n’en rencontra jadis que chez Monk (Plantée de chemin) ou Brigitte Fontaine période Art Ensemble of Chicago. On y songe à nos propres Campagnie Des Musiques À Ouïr et autres Fondeur de Sons, voire à Gong et ses voisines galaxies (Hadouk Trio, Matching Mole et le premier Soft inclus). Ce n’est pas la première fois que la pataphysique rencontre ainsi les élans du free jazz (Un art du temps, Du jazz sérieux), et cet apparent bordel organisé n’en révèle pas moins au fil des écoutes une surprenante cohésion. Laissez-vous y donc emporter: è non pericoloso sporgiersi!

    Aussi ludiques et débridées que le présagent leurs titres, ces dix plages ne sont à l’évidence recommandées ni aux ultra-rationnels, ni aux pisse-froid (qui pourraient y friser l’apoplexie), mais transpirent à contrario un salutaire esprit de liberté, comme on n’en rencontra jadis que chez Monk ou Brigitte Fontaine période Art Ensemble of Chicago.

    hORs TempS dans Anxious

    «Recenzje», Michal Majcher, Anxious, 16 décembre 2025
    jeudi 18 décembre 2025 Presse

    J’aime les albums qui me surprennent énormément. Ils bouleversent toutes les formes d’expression sonore, dissèquent les meilleurs éléments de différents genres musicaux et finissent par en faire des œuvres fascinantes. C’est certainement le cas de l’album hORs TempS de Géraldine Eguiluz et Michel F Côté.

    Géraldine Eguiluz est multi-instrumentiste, compositrice, chanteuse, improvisatrice, mais aussi poète et peintre. Née à Mexico, elle a grandi à Bogota, Lisbonne et Paris avant d’émigrer en 2006 au Québec, où elle s’est intégrée à la scène improvisée. Elle a collaboré avec de nombreux artistes et projets dans différents domaines sonores. Michel F Côté est percussionniste, improvisateur et compositeur, également lié au théâtre, au cinéma et à la danse. En 2022, il a publié le livre Danses à venir, écrit en collaboration avec Catherine Lavoie-Marcus, sur l’art de la chorégraphie. Il est responsable de divers projets musicaux, notamment Quatuor Minéraliste, Bruire et Klaxon Gueule.

    L’album hORs TempS est né d’une collection de compositions de Géraldine Eguiluz, enregistrées par l’artiste dans les années 90 à Paris. Après les avoir retravaillées, elle les a confiées à Michel F Côté afin qu’il les soumette à son processus de déconstruction. Le résultat est une vision surréaliste, changeante et surprenante d’un morceau à l’autre. Cela ressemble parfois à une forme abstraite dont tous les éléments magiques ont été extraits. Nous avons ici une image de collages filtrés et mutés qui relient entre eux différents univers musicaux, des fragments détruits de chansons oubliées, de l’exotisme avant-gardiste, de l’ethno cérémoniel, du jazz rétro bruyant, de l’électroacoustique ou de la musique concrète, habillés de régions multicolores de dénaturations sonores.

    hORs TempS est un document dont le cœur est constitué de mélodies brutes et archaïques plongées dans des processus créatifs transgressifs. Déconstruites, animées et fusionnées dans un rituel mystique au caractère abstrait. Il est étonnant et fascinant de trouver le but de chacune de ces compositions. Elles sont captivantes et possèdent une âme créative extraordinaire. Je vous encourage vivement à déchiffrer ce puzzle énigmatique.

    … (ces compositions) sont captivantes et possèdent une âme créative extraordinaire. Je vous encourage vivement à déchiffrer ce puzzle énigmatique.

    Le buffet dans Critique de salon

    «Critique», Olivier Dénommée, Critique de salon, 6 décembre 2025
    lundi 15 décembre 2025 Presse

    Depuis plusieurs années déjà, le nom du contrebassiste Hugo Blouin est associé à des projets hors norme de jazz basé sur des citations souvent extravagantes (on se souviendra de Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place transformant en musique des enregistrements de la commission Charbonneau!), et il reste fidèle à sa réputation avec son 4e album de chansons originales, Le buffet, où il repique les paroles de ses proches qui parlent de bouffe, d’art, de souvenirs et du quotidien. Ainsi, après 2 albums au thème plus politique et un sur le hockey ( Sport national ), sport sur lequel tout le monde a son opinion, il se lance dans une approche plus «intimiste» en faisant parler son propre monde, mais sans perdre de son mordant.

    Quand il se lance dans ses projets fous, Blouin n’est jamais seul et il a avec lui plusieurs musiciens talentueux qui donnent vie à sa vision. On n’est pas du genre à faire trop de namedropping, mais quand tu as John Hollenbeck à la batterie, Marianne Trudel au piano et Aurélien Tomasi aux vents (sax, clarinette basse, flûte) dans ton projet, tu sais que tu pars sur de très bonnes bases! Mention aussi à celles qui donnent leur voix à la cause: Eugénie Jobin pour la quasi-totalité de l’opus, et Marion Rampal pour la dernière piste.

    Notre écoute débute en force sur Soupe pragmatique. L’introduction passionnée met bien la table (!) au jazz syncopé que la chanson nous propose. Dur de dire ce qui nous marque le plus entre les mélodies surprenantes de la chanteuse ou le groove indéniable d’Aurélien Tomasi, mais ça fonctionne! Marianne Trudel a aussi son moment pour briller dans une longue improvisation, nous rappelant que cela reste du jazz ici! Un solo légèrement écourté n’aurait toutefois pas fait mal, comme l’attrait principal du projet est d’entendre les textes.

    Le début de La patate au sucre causera des sourires, garanti: «C’tait pas pire, c’tait pas pire, c’était pas euh… étonnamment, euh, dégeulasse», chanté avec juste assez d’incertitude pour recréer ce qu’on devine être le commentaire original. Le reste de la chanson alterne entre segments tendus et d’autres plus discrets, donnant une dynamique assez intéressante. Mention à Blouin qui se permet de chanter un bref moment pendant son solo de contrebasse! S’ensuit Plantée de chemin, une histoire surprenante de mauvais sens de l’orientation sur un jazz en montagnes russes. On se doit de soulever un problème technique dans certaines versions de la chanson: on a constaté que sur des plateformes telles que Spotify et YouTube, la chanson fait un saut dans le temps évident à 3min15. Et, la fin est aussi répétée, à partir de 3min53 — c’est plus subtil cette fois, mais quand on s’en rend compte, on ne peut plus ne plus l’entendre! C’est heureusement rare qu’on voit passer ce genre d’erreurs, et on espère que la bonne version sera uploadée très rapidement à la suite de cette critique pour que le public puisse écouter ce qu’Hugo Blouin et sa troupe avaient véritablement en tête et non une version déformée!

    On a droit à une Après tu manges plutôt feutrée et très bien ficelée, avant de revenir à un jazz plus nerveux avec Un art du temps. On retient davantage le propos savoureux de La sauce, une des chansons aux textes qui nous restent le plus facilement en tête, avec en prime une musique inspirée pour l’accompagner. Pain-beurre-chocolat reste dans le registre feutré, qui s’écoute presque aussi bien. On sourit ensuite le temps de la très ludique Du jazz sérieux, que l’on conseille vivement d’écouter au moins une fois! La percussive Le baril géant est probablement la chanson le plus intense que vous entendrez au sujet de la fermeture d’un PFK, notamment avec la forte présence d’un violon dans la piste. Enfin, l’exercice se conclut sur Un camion pizza, morceau très lent relatant les souvenirs de pizza (et des camions les vendant un peu partout) de la chanteuse Marion Rempal. De faire appel à une chanteuse française donne un certain prestige supplémentaire au projet, mais on sent qu’il n’en avait même pas besoin pour atteindre sa cible!

    L’album Le buffet nous confirme hors de tout doute qu’Hugo Blouin sait ce qu’il fait avec son jazz déjanté et que ses premiers albums n’étaient pas que des coups de chance de par leur côté hautement médiatisé. Cela reste évidemment un projet niché, mais même si vous vivez sous une roche depuis 20 ans, vous ne pourrez pas rester complètement indifférent face à certaines des chansons relatant des recettes de façon passionnée. Une autre sortie audacieuse qu’on conseille quand vous avez envie d’essayer quelque chose de plus champ gauche pour vous changer les idées… vous peut-être vous ouvrir l’appétit!

    une […] sortie audacieuse, […] plus champ gauche, […] qui vous ouvrira l’appétit
    7,8/10

    Le buffet dans Le canal auditif

    «Critique», Louis-Philippe Labrèche, Le canal auditif, 5 décembre 2025
    lundi 15 décembre 2025 Presse

    Avez-vous faim? En tout cas, je vous suggère de vous prendre un petit snack avant de tomber dans Le Buffet d’Hugo Blouin. Le surprenant jazzman revient avec une œuvre qui s’attarde à la fois aux recettes de ses amis, mais aussi à des discussions qui pourraient se dérouler autour de la table dans un souper entre amis.

    Ensuite, ça prend aussi
    Beaucoup de bonne volonté
    Un peu de temps
    Un beau grand sourire, et surtout
    En amont de tout ça, un outil
    Appelé l’extracteur à jus
    — Soupe pragmatique

    Bon, ça devient mélangeant sur Le Buffet. Est-ce qu’on critique la recette ou la chanson? Parce que faire une gaspacho avec du vinaigre de riz, c’est un drôle de choix. Les Espagnols prendraient plus du vinaigre de xérès. Mais bon, si ses intervenants se trompent d’ingrédients, Hugo Blouin, lui, n’a pas fait de faute sur cette entraînante pièce qui lance Le Buffet. Il faut dire qu’en plus des ingrédients qui sont les bons, il livre aussi un plat travaillé avec de «bons chefs», comme il dit lui-même: Eugénie Jobin Tremblay qui chante avec tout l’humour léger nécessaire à la démarche, John Hollenbeck à la batterie est à la fois nuancé et dynamique, Marianne Trudel joue un piano ludique et funky alors qu’Aurélien Tomasi rajoute sa touche avec de nombreux instruments. Ça demeure que la colonne vertébrale de tout ça est la contrebasse d’Hugo Blouin qui bop sur un moyen temps.

    Parmi les meilleurs moments de Le Buffet, on retrouve la comique Du jazz sérieux qui s’amuse avec la notion de l’humour dans la musique jazz. À travers les paroles, mais aussi à travers la trompette d’Émilie Fortin qui la fait rire quelques fois, les éclats de rire surjoués et le sentiment général que le groupe réussit à transposer, on traite de manière bien intéressante de la notion. Même si la rigolade est toujours un peu en filigrane sur Le Buffet, il y a aussi des moments touchants comme Pain-beurre-chocolat où ça parle de sandwich au chocolat mangé sur le bord de la mer sur fond de jazz feutré.

    C’est sûr qu’il y a quelques acrobaties musicales dans la proposition d’Hugo Blouin, mais ça demeure son sens de l’humour aiguisé qui séduit. C’était vrai pour les deux tomes de la Commission Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place et sur Sport National, ce l’est encore sur Le Buffet. Comme dans le choix d’ Après tu manges qui trouve le moyen de nous créer l’anticipation et qui nous offre le même sentiment de satiété quand, enfin il est temps de manger. C’est long faire du pain.

    Pour ceux qui aiment le jazz moins sérieux qui joue à la fois sur un certaines sonorités classiques du genre, mais qui ne s’y limitent pas et qui se permet des aventures parfois folles, c’est un album idéal. Il y a, une fois de plus, de belles petites perles enfouie sous deux tasses de farine.

    Pour ceux qui aiment le jazz moins sérieux qui joue à la fois sur certaines sonorités classiques du genre, mais qui ne s’y limitent pas et qui se permet des aventures parfois folles, c’est un album idéal.
    8/10
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