Mais qu’est-ce que c’est que ce délire? C’est du Hugo Blouin, évidemment: après deux albums sur le thème de la commission Charbonneau et ce Sport national (2023) autour du hockey, le trublion du jazz québécois a assemblé un nouvel orchestre pour ce disque moins inspiré de la gastronomie que de nos conversations autour d’elle. Un peu comme chez René Lussier, la langue québécoise et française inspire au compositeur de complexes mélodies chantées par Eugénie Jobin Tremblay. Sur La patate au sucre, Marianne Trudel (piano) rehausse la section rythmique (John Hollenbeck à la batterie, Blouin à la basse), qui se transforme brusquement en swing (revisité ailleurs, sur Plantée de chemin, puis en jazz tout délicat, sans virer en ballade comme sur la très belle Après tu manges). Au saxophone, à la flûte et à la clarinette, Aurélien Tomasi s’illustre en fantaisie sur Du jazz sérieux, un titre, comme la conversation qui l’a fait naître, à prendre au second degré: Blouin a assurément créé avec ses brillants collaborateurs un album complexe, contemporain, mais vif et plein d’esprit.