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  • Les accords intuitifs dans SilenceAndSound

    «Critique», Roland Torres, SilenceAndSound, 3 février 2016
    mercredi 3 février 2016 Presse

    Si le titre du nouvel opus de la formation de musique contemporaine et actuelle, Ensemble SuperMusique est tiré de l’œuvre de Raymond Gervais, il est en fait l’interprétation de cinq œuvres différentes d’autant de compositeurs: Yves Bouliane, Bernard Falaise, Malcolm Goldstein, Joane Hétu. La particularité de ces interprétations est la composition même de cet orchestre peu banal, constitué pour l’occasion de 20 musiciens, sélectionnés pour leurs qualités d’instrumentistes mais aussi d’improvisateurs, capables de jouer et de ressentir les œuvres choisies tout en y insufflant une part de leur personnalité intrinsèque, offrant ainsi à chaque interprétation une sensation de moment unique et non renouvelable. Les Accords Intuitifs sont un voyage sensitif à travers les musiques actuelles, avec ses montées et ses descentes, ses plages de douce quiétude saupoudrées d’invectives sonores et de dérapage dans des paysages rocailleux bercés de poussière électrique et de classicisme vrillé. Entre électro-acoutisque organique et improvisation tendue, dérapages controlés et sensations poil à gratter, les cinq titres proposés sont l’occasion de découvrir et de vivre une expérience unique, aux allures de sortie spatio-temporelle dans les méandres poétiques d’un espace musical trop peu connu du grand public. Très fortement recommandé.

    Très fortement recommandé.

    Rêves de béton dans Le canal auditif

    «Critique», Philippe Desjardins, Le canal auditif, 2 février 2016
    mardi 2 février 2016 Presse

    Galerie Stratique est le projet du compositeur québécois Charles-Émile Beullac, dont le premier album remonte à 2001 avec Nothing Down-To-Earth. Après ses débuts à saveur de IDM et d’ambient, Beullac nous a offert un virage sublime vers la matière première avec Faux World en 2008. On se demandait ce qui se passait depuis; et il nous est finalement revenu en novembre dernier avec son nouvel album, Rêves de béton. Composé de vingt courtes pièces qui retournent aux sources de la musique concrète et électronique; Beullac nous emporte dans un rétrofuturisme de grande qualité.

    Sur les galets démarre sur un son de synthèse scintillant, auquel s’ajoutent des cliquetis, un frottement métallique et du gamelan. La table est mise pour une expérience sonore singulière. Marée montante enchaîne sur une atmosphère lynchienne mélangée à des interférences spatiales. Quinze nœuds continue dans la lignée intersidérale avec ses clapotis synthétiques. Ville engloutie est davantage insaisissable; début grave, chant aérien, vibraphone, et son de thérémine joué comme une bande magnétique élastique.

    Karst et Magma passent comme des interludes sci-fi; la première fait un clin d’œil aux années 60, tandis que la deuxième à un certain classique début des années 80. Céphalée est plus percussive, reprenant les impacts de la première pièce en les combinant à des drones panoramiques. Rêve de bitume est un autre interlude ambiant, à la Boards of Canada cette fois-ci.

    Crépuscule industriel monte le niveau d’un cran avec son mixage de fou, à mi-chemin entre le minimalisme chirurgical et l’atmosphère enveloppante des «pads» synthétiques… wow. Zone de gris continue dans la précision, mais de façon plus expérimentale. Fièvre mélange un bourdonnement «bouetteux» avec des sonorités radioactives. Tintamarre reprend le vibraphone et l’atmosphère étrange de Marée montante, effets sonores très sixties et basse rythmée en plus.

    Bikini Island sonne comme la deuxième partie de Tintamarre, en plus mélodique. Anxiété lyrique retourne à l’expérimentation; ça oscille, ça grésille, les circuits en chignent jusqu’à ce que les «pads» et le thérémine prennent le relais. Aspérités et Combustion lente sonnent, quant à elles, comme la suite de Crépuscule industriel; même finesse microscopique, même délice auditif.

    Hyperlinked Landscape fait dans la trame ambiante, avec échantillons cuivrés et rythme jazzé tandis que Flötentanz contraste avec ses impulsions qui rebondissent jusqu’à l’écrasement. Futur antérieur est clairement plus aérienne avec ses échantillons de flûte et son solo de sax. Tibia Utricularis termine l’œuvre sur des notes d’électro expérimental, de pungi et de gamelan.

    Rêves de béton est un album pour audiophile d’abord, une sorte de satellite gravitant autour de la planète électronique. Il a un côté intellectuel pour son inspiration de Schaeffer et Stockhausen, culturel pour ses sonorités indonésiennes, comique pour ses mises en scène rétro futuristes, ou technique pour l’excellence de la production. On pardonnera le format très court des pièces, qui permet de passer d’une idée à l’autre sans trop de souci, mais qui désoriente par moment.

    Rêves de béton est un album pour audiophile d’abord, une sorte de satellite gravitant autour de la planète électronique. Il a un côté intellectuel pour son inspiration de Schaeffer et Stockhausen, culturel pour ses sonorités indonésiennes, comique pour ses mises en scène rétro futuristes, ou technique pour l’excellence de la production.

    Les accords intuitifs dans Voir

    «Guide albums», Réjean Beaucage, Voir, 28 janvier 2016
    jeudi 28 janvier 2016 Presse

    La compagnie de distribution de disques de musique actuelle DAME, loin de s’effacer dans le virtuel, lançait en décembre 10 nouvelles galettes qui démontrent encore une fois la vitalité de ce créneau. Ici, l’Ensemble SuperMusique rassemble 20 instrumentistes répartis en deux groupes distincts de 12 musiciens (quatre d’entre eux jouant dans les deux) pour interpréter des œuvres de Malcolm Goldstein, Raymond Gervais, Yves Bouliane, Bernard Falaise et Joane Hétu, dont les partitions laissent beaucoup d’espace aux interprètes. L’enregistrement et le mixage de Robert Langlois et Joane Hétu rendent bien l’enchevêtrement de textures sonores que construisent les musiciens, particulièrement dans les pièces de Falaise, qui se signale aussi à la guitare, et de Hétu (sax, voix, direction). Beau recueil.

    Beau recueil

    Jean Derome dans SOCAN — Paroles & Musique

    «Jean Derome: Le parcours du combattant», Nicolas Tittley, SOCAN — Paroles & Musique, 19 janvier 2016
    mardi 19 janvier 2016 Presse

    Si l’on se fie aux Nations Unies, 2016 serait l’année internationale des légumineuses. Nourrissant, peut-être, mais pas très excitant du point de vue artistique, vous en conviendrez. On préfère donc vous rappeler que 2016 marque également la deuxième moitié de ce qui a été désigné comme «L’année Jean Derome» par nul autre que… Jean Derome lui-même. Après avoir obtenu une bourse de carrière du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le saxophoniste et flûtiste, compositeur et improvisateur chevronné, a décidé de célébrer son 60e anniversaire de naissance en revenant sur quatre décennies de musiques audacieuses.

    L’idée était d’offrir au public une petite partie de son imposant répertoire lors d’une série de concerts échelonnés sur 12 mois, des shows conçus pour petits et grands ensembles, qui balanceraient entre improvisations et interprétations, créations et reprises. L’année Derome serait aussi marquée par un documentaire, Derome ou les Turbulences Musicales, une expo de photos et un disque, Musiques de chambres 1992-2012.

    «Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!»

    «J’ai parfois l’impression d’être passé directement de la relève à la bourse de carrière», lance le musicien, qui a fait ses débuts professionnels au début des années 1970. «Je trouvais ça intéressant de faire le point et surtout de pouvoir mesurer l’évolution de ma musique au fil des ans. Mais ce qui était certain, c’est que je ne voulais pas faire de rétrospective classique: j’aime l’idée que si on ne l’indiquait pas clairement, le public ne saurait pas vraiment si telle ou telle pièce est ancienne ou récente.»

    Voilà une belle façon de décrire cette fameuse «musique actuelle» à laquelle le nom de Jean Derome est associé depuis si longtemps. Elle puise à tous les genres et toutes les époques et son audace et son absence de codes précis la rendent aussi intemporelle qu’insaisissable. «C’est une musique parfaite pour moi, car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome. C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.»

    Sans surprise, c’est à Victoriaville qu’a débuté l’Année Derome en mai 2015. À l’invitation du fondateur et programmateur du Festival de Musique Actuelle, Michel Levasseur, Jean Derome s’est amené dans les Bois-Francs avec Résistances, une création électrisante réunissant 20 musiciens (pour la plupart des amis et complices de l’étiquette Ambiances Magnétiques, cofondée il y a une trentaine d’années par Derome, Joane Hétu et René Lussier, naviguant entre improvisation et composition, sous la houlette du chef. Inspiré de Canot Camping, un autre projet pour grand ensemble, ce spectacle, malgré son ampleur, semblait être destiné à demeurer unique, comme c’est souvent le cas avec les événements de musique actuelle.

    «Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!» lance Derome avec un petit rire jaune. C’est un autre avantage de cette année de célébrations: faire revivre des trucs qui n’ont existé qu’une seule fois, revisiter des pièces qui n’avaient pas dit leur dernier mot!»

    Multi-instrumentiste, Derome est surtout associé au saxophone, son instrument de prédilection depuis maintenant plusieurs années «J’ai passé la première moitié de ma vie de musicien en jouant surtout de la flûte et la deuxième en jouant surtout du saxophone. Si on me demande ce que je suis, je réponds généralement «musicien» ou saxophoniste.»

    Même s’il semble faire corps avec son instrument, Jean Derome lui est souvent infidèle: en concert, il n’est pas rare de le voir empoigner l’un des nombreux appeaux de chasse qu’il collectionne depuis des années, un instrument jouet ou simplement un objet quelconque dont il apprécie la sonorité. On l’a même déjà vu faire un solo de sac de chips dans un show de danse… «Quand j’ai découvert les appeaux et sifflets, j’ai pu étendre mon langage musical. Je sais que pour le public, il y a quelque chose de presque comique à me voir jouer de ces objets bizarres, mais pour moi, ils sont simplement un moyen de faire sortir les sons que j’ai en tête.»

    S’il gagne sa vie en multipliant les compositions de commande pour le cinéma, le théâtre, la danse et la télé (il n’hésite pas à se qualifier de working musician), Jean Derome demeure un explorateur dans l’âme, prêt à se lancer à corps perdu dans l’inconnu. Il continue de pratiquer un art exigeant et résolument anti-commercial, destiné à un public avide de surprises. Par le passé, Jean Derome a déjà décrit sa pratique comme un véritable sacerdoce. Sa carrière ne serait-elle qu’un long parcours du combattant?

    «C’est peut-être un combat, mais je ne me suis jamais battu contre des gens. Contre moi-même, peut-être, contre la tentation de devenir aigri ou blasé. Des fois je me dis que je pourrais prendre ma retraite, mais ça ne dure jamais longtemps parce que plein de nouveaux projets débarquent et je suis incapable de dire non. Un pommier, ça fait des pommes. Un musicien, ça fait de la musique. C’est pas plus compliqué que ça!»

    C’est une musique parfaite pour moi [en parlant de musique actuelle], car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome . C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.
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