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  • Puce à l’oreille dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    Mélanie Auclair dont les notes de pochettes indiquent un parcours périlleux (c’est quoi, un parcours périlleux?) est le genre de musicienne dont la sensibilité, palpable de la première à la derniére note de ce disque, n’a d’autre choix que de nous toucher, totalement, corps et âme. Il y a une timidité dans le chant de la violoncelliste chanteuse, un désir de s’extraire du tonitruant (voir comme elle adoucit les débordements de Charles Papasoff, Joane Hétu et Bernard Falaise) et de laisser s’étirer l’improvisation. Par petites touches, se nourrissant de l’écoute de l’autre, croisant parfois une autre timidité (le très beau duo avec le contrebassiste Éric Auclair), anticipant l’instant, la voix-appel de Mélanie Auclair envoûte et s’invite en douces lamentations. Une voix singulière, dépouillée et bouleversante. Ça valait peut-être le coup de passer par un parcours périlleux.

    Mélanie Auclair envoûte et s’invite en douces lamentations.

    La machine à explorer le tempo dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    Robert Marcel Lepage est un touche-à-tout de génie. Clarinettiste, dessinateur, compositeur, nageur émérite, il souscrit aux paris les plus extravagants. Par exemple, composer et diriger trois pièces pour la Nef, formation de musique ancienne. Ici, Lepage conçoit une machine à explorer le tempo; paradoxes musicaux temporels en trois parties: le temps passe… le temps file… le temps fuit… Un métronome pendule ouvre le bal d’une musique décapante. Des blocs: valse, musique répétitive, jazz, country, musique hawaïenne, rock, muzak. Des épices: malice, forêt luxuriante, connivence, non-sens absolu, détournements… Et surtout un humour à fleur de peau (sensibilité, idem!), des privates jokes corsaires (l’élimination des temps morts semble être l’obsession du compositeur), des évidences et de beaux partages. Pari réussi, haut les mains pour nos délicieux délinquants québécois.

    Pari réussi, haut les mains pour nos délicieux délinquants québécois.

    10 compositions dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    Si l’on connaît (et apprécie!) le Jean Derome musicien concepteur de quelques projets insolites (Le magasin de tissu: improvisations autour de soixante-neuf pièces enregistrés et réinjectées aléatoirement en concert, Cannot-Camping: récit graphique d’expéditions dans les grands lacs), on oublie trop souvent le Jean Derome saxophoniste inspiré. Avec le trio Evidence (Derome, Cartier, Tanguay), il revisite avec bonheur les thèmes de Thelonious Monk. Avec le Trio Derome Guilbeault Tanguay, il nous offre dix compositions, affichant simplicité et efficacité. Le trio ne s’en cache pas: «nous avons fondé le trio parce que nous adorons jouer du jazz ensemble.» Swing, liberté et joie de vivre sont des mots que nous utilisons souvent. Le retour aux fondamentaux s’effectue dans l’écoute de l’autre, le phrasé tranchant de Jean Derome, s’invitant convulsif dans un vieux blues des familles (Pangolin) ou se jouant des libres structures de L’Africaine. Et surtout, il y a Étymologie, cette révérence faite au Bird, ce blues véloce et inspiré où le plus malveillant d’entre nous ne peut que se rendre à l’intelligence et au bel à propos du saxophoniste. Ce disque se termine par Michka (le Michka de Stevenin?), jazz mi-tempo dans lequel le flûtiste évoque les beaux phrasés d’un Roland Kirk ou d’un Buddy Colette. Remarquable.

    … le plus malveillant d’entre nous ne peut que se rendre à l’intelligence et au bel à propos du saxophoniste.

    Diversion dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    Côté cour: guitare fuzz basse fretless et batterie funky; force et puissance. Côté jardin: guitare préparée, contrebasse charnelle et batterie frémissante; sensibilité et détente. Au milieu: Tom Walsh, tromboniste flamboyant déjà remarqué en duo avec le batteur Pierre Tanguay (Midi Tapant). Outre une pertnience instrumentale rare (le très émouvant Africa Prayer, dédié à Abdulhah Ibrahim), Tom Walsh se révèle être un metteur en sons des plus habiles. Fusion des styles, structures mouvantes, transgressions assumées, humour perçant, ballades country, art de la déglingue; Tom Walsh nous oblige à reconstituer le puzzle d’une musique bigarrée et tendrement malicieuse. L’une des très bonnes surprises de cette sélection québécoise.

    Tom Walsh nous oblige à reconstituer le puzzle d’une musique bigarrée et tendrement malicieuse.

    Carré de sable dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    L’angoisse de la chambre d’hôtel: la nervosité d’avant concert, la solitude de l’après concert. No man’s land insupportable. Angoisse sourde et sournoise. Exorcisant cette zone-panique redoutée par la plupart des musicieii(nes), Guido Del Fabbro y a composé, arrangé, improvisé et orchestré quelques dix-neuf courtes pièces à l’illogisme magnifique. Del Fabbro joue du violon, de la guitare, de la mandoliiie, de la flûte, de l’orgue de danse sociale (?), de l’harmonica et s’amuse à détourner les divers objets éparpillés dans les sempitenielles chambres d’hôtels du monde entier (cafetière, téléphone, verre, eau… ). Musicalement, Del Fabbro brouille les pistes: grésillements souterrains, gribouillages aquatiques, essaim de cordes, beats enchevêtrés, balayages stridents, guitare reggae, violon rassurant; autant de petites symphonies bancales et insaisissables. C’est le maître d’hôtel qui va être content.

    … autant de petites symphonies bancales et insaisissables.

    Sang 9 dans ImproJazz

    «Critique», Luc Bouquet, ImproJazz, no 111, 1 janvier 2005
    samedi 1 janvier 2005 Presse

    In Vitro: Harmonica suspendu. Grouillant répétitif. Careful with that axe Eugene.

    Concorde Crash: Recyclage. Casseroles hypnotiques. jazz malmené. Chaos parcellaire.

    The Fighting Koalas: Enchevêtrés. Distendus. Balayés. Danse perverse.

    Dickie’s Nodan Levesky: Cheval de brise. Guitares au bois. Errance du nylon. Beat rassurant.

    Pascal Desjardins & Frédéric Léonard: jardins dévastés. Chuchotis diurnes. Brouillages terrninaux. Lavabo céleste.

    Mélanie Auclair: Tablas stellaires. Cello écorché. Perdition des sens. Couleur-douleur-abandon. Invitation venimeuse.

    Face dans l’dash: Alerte et chaos. Nul ne sera épargné.

    Torngat: Du groove pour les d’jeunes. Electro-impasse.

    Karèya: Moi multiplié. Comète ensevelie. Improvisation éclatée. Galops gutturaux.

    Malarafe: Jazz fureté. Piano émancipé. Dire vite. Course-temps.

    Cléo Palacio-Quintin & Pascal Boudreault: Shadocks perçants. Flûte traversée. Mondes masqués.

    Jocelyn Doctor Tellier: Spectaculaire épinglé. Détournement de masses. L’envers du raccord.

    Copromélomanie: Fils caché d’Eugène C. Je zappe et je t’emmerde. Nécessaire éloge du débordement et de l’excès.

    James Schidlowsky: Acier vibrant. Bibelots précieux et réverbérés.

    Hiatus: La difficile marge. Sautes d’amour. Ensemble et écoute.

    Tutu combo: Bastringue-banjo. Farfelus définitif. Déjantés magnifiques.

    André Marceau: Frémissement des sens. Poésie des absurdes. Vastes mondes.

    L’Hexacorde: Copier-coulé. Déjeuner sur cordes. Défricheurs inspirés.

    Bobok: Étrange forêt. Mousse électrique. Feuillages sensibles.

    Arborisationterminale: Parasites indéterminés. Transe bruitiste. Cloaque luxuriant.

    Sang 9 ou vingt jeunes et iconoclastes formations québécoises dénichées par les joyeux trublions d’Ambiances Magnétiques. Heureuse compilation.

    Heureuse compilation.
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