Érick d’Orion dans Ceci n’est pas une pipe
À La chambre blanche en ce moment, nous est offert la très précieuse occasion de s’abandonner à l’image et au son, de flotter sans attaches hors du temps, de déambuler en apesanteur dans un espace qui n’est nulle part.
C’est une proposition éminemment onirique que nous fait
En intégrant pour la première fois la vidéo à son travail audio, il nous livre un espace déroutant qui transforme notre rapport avec les choses les plus simples du quotidien
C’est encore une fois une œuvre redoutablement efficace qui a le pouvoir d’animer dans nos têtes une beauté à la fois familière et étrange.
Vous le savez je suis toute nouvelle dans ce monde de l’art audio et j’avance avec enthousiasme et sans retenue sur ce territoire non balisé. Je suis fascinée par la faculté qu’a l’art audio (le bon on s’entend) de brosser des tableaux complexes, de faire surgir des images qui se collent à notre rétine. Finalement l’art audio (le bon) est une forme d’art visuel, je pense…
18 – 19 septembre 2008: Deux soirées d’art des bruits à Québec
Pour célébrer le 95e anniversaire du manifeste
Érick d’Orion dans Voir Saguenay/Alma
Séquence présente une installation sonore de l’artiste
Avec
Alors qu’on se serait attendu à voir les touches des instruments s’enfoncer en suivant le doigté d’une présence fantôme, les pianos à demi morts ne semblent plus pouvoir être que des caisses de résonance. Ils vrombissent dans un tumulte aliénant, devenus vibraphones presque grossiers, digérant l’impulsion de moteurs intégrés qui les rend indépendants de tout musicien. L’un se montre franchement grave, l’autre plus aigu, et les six se relancent, s’étouffent, se suivent, puis se relancent de nouveau, suivant un protocole difficile à décrypter.
Ce n’est qu’après avoir parcouru toutes les salles d’exposition que l’on peut comprendre le véritable objet de ces mastodontes estropiés de la musique. Tout au fond, un avenant salon d’écoute laisse entendre une musique plus conventionnelle. Des partitions patientent sur une table basse, à portée des visiteurs.
En fait,
L’organisation de l’espace, proposant d’abord les pianos traducteurs, puis le salon d’écoute faisant entendre les pièces originales, permet au visiteur de s’approprier peu à peu l’exposition, appréciant sans idée préconçue les différents instruments, découvrant leurs particularités, écoutant leur sonorité précise. On voudrait percer leur secret, attendant que leur individualité émerge. Chaque piano, d’ailleurs issu d’une époque différente, est envisagé comme unique malgré son association évidente avec ses semblables, ce qui n’aurait pas été possible si le trajet du visiteur avait été inversé.
À noter que, pour ceux qui auraient particulièrement apprécié leur expérience, plusieurs œuvres sonores d’
Érick d’Orion dans Le Devoir
Un concert inusité a cours chez Oboro.
Cinq des six pianos annoncés par le titre de l’installation (l’autre étant trop usé ou exploité uniquement comme sculpture) vibrent étrangement grâce à des moteurs désaxés placés sur les tables d’harmonie. Les vieilles carcasses s’animent par à-coup, générant une musique concrète qui pourrait avoir des liens de parenté avec Dada et
En fait, au dire de l’artiste, son travail revisite une référence moins lointaine qui est celle du
L’approche de
Intitulé
L’écoute du concert soulève l’enthousiasme à partir du moment où l’appariement se fait entre le collage sonore et les vibrations de pianos. La progression de la pièce va, par exemple, d’un fragment de
Érick d’Orion dans Ici Montréal
Érick d’Orion s’approprie la musique d’autrui et la dépouille jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un squelette.
À la musique abstraite s’oppose la musique concrète, née dans les années 40 et développée par des compositeurs aussi importants que Stockhausen ou John Cage. Dans un travail de spatialisation, le son est sculpté jusqu’à ce qu’il forme un objet purement sonore, un fluide malléable qui écrase souvent les idées traditionnelles d’harmonie ou de rythme.
C’est peut-être à la célèbre image du
La résonance, c’est là le nerf que d’Orion titille dans l’installation présentée au centre d’artiste Oboro, vecteur, depuis un quart de siècle, des pratiques culturelles émergentes liées de près aux nouvelles technologies. L’œuvre se déploie en deux temps, et dans autant d’espaces. Dans une première salle — décor austère et lumière crue — se trouve un premier piano, qu’on dirait apparu soudainement. Il en sort une musique inconfortable, minuterie sans fin au terme de laquelle se déclenche une attaque cérébrale qui ne vient pas
On passe ensuite dans la salle des machines. Six pianos éventrés, tordus, craqués sont disposés en arc et leur caisse de résonance lâche le râle ininterrompu d’une baleine en train de mourir, résultat surround de la musique montant de la première pièce, ici décomposée, diffractée, torturée, accueillie par six pianos qui la filtrent et l’amplifient pour en révéler la vraie nature inconsciente. On a l’impression d’entrer dans cette chambre psychique de Twin Peaks, dont les seules parois sont de lourds rideaux écarlates et flottants, et où parle à l’envers un nain inquiétant…
Érick d’Orion dans Voir Québec

![Érick d’Orion [Photo: Alexis Bellavance, Montréal (Québec), juillet 2026]](https://res.electrocd.com/image.php/image/d/dorion_er_15514.jpg?width=n2&cropratio=1:1)