Associé au monde de la musique actuelle (il se produira bientôt aux côtés de René Lussier dans le cadre de la série Jaz contemporain au Festival de Montréal), Robert Marcel Lepage gagne régulièrement le pari de l’accessibilité. Les musiques de films ou de séries télévisées lui sont fort utiles en ce sens.
«La musique de fllm, précise-t-il, est toujours plus audacieuse. Prenez celle de Penderecki dans Shining; les gens sont capables de prendre une musique résolument contemporaine lorsqu’elle est associée aux images. Ce qui me donne plus de latitude. «D’autant plus que j’ai une connaissance minimale de plusieurs styles. Si on me demande d’exprimer toute la palette d’émotions avec la musique baroque je peux le faire. Je le peux aussi avec du hard rock où du jazz. Et ça me plaît beaucoup de fonctionner ainsi.» Pour Urgence, télésérie «médicale» de Réjean Tremblay et Fabienne Larouche, le réalisateur Gabriel Pelletier avait recruté le compositeur, ce qui l’a conduit à signer les trames musicales de Réseaux la prochaine série de notre Bleuet, qui traitera de la compétition entre les réseaux de télévision. «La musique d’Urgence était le fun, j’avais un bon band de hard rock à ma disposition—Benoît Clément, Rémi Malo, Gilles Tessier etc. Pour Réseaux, je forme un quatuor plus jazzy: piano (acoustique ou électrique), batterie, contrebasse—Claude Castonguay, Claude Lavergne, Normand Guilbeault et moi-même. «Dans le cas d’une télésérie, le compositeur ajoute une tension, une profondeur émotive ou dramatique aux dialogues des acteurs. Alors il y a tout un travail de contraste; par exemple, installer un beat rapide de jazz pendant que deux personnes causent tranquillement. Tu crées ainsi une montée dramatique, tout à coup woops! on change de plan. Tu joues un peu avec les nerfs du public… «Dans un film comme Les enfants du Refus global, par contre, je n’ai pas eu à augmenter la tension dramatique parce que de vraies personnes y ont vécu de vrais drames. J’y ai plutôt collé des références musicales dont l’époque coincidait avec celle de l’histoire. C’est pourquoi, par exemple, j’ai choisi le piano préparé de John Cage.»
Lepage a aussi fait la musique du Mystére de la baleine bleue, réalisé par Alain Belhumeur. Comment s’inspirer, alors? «Le grand rorqual, répond-il, est un animal qui chante tout le temps. Son chant est inaudible pour un être humain; une fréquence trés basse, linéaire, contrairement à celle du rorqual à bosse. Ce dernier est un chanteur de jazz, la baleine bleue est un moine boudste.»
Robert Marcel Lepage, lui, est tout à la fois!