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  • L’oiseau chante avec ses doigts dans Le Devoir

    «Critique», Sophie Chartier, Le Devoir, 19 février 2021
    dimanche 21 février 2021 Presse

    Le surréalisme, parlons-en. Êtes-vous plus du type Lynch ou Jodorowsky? Des générations entières n’ont-elles pas été partiellement traumatisées par la grosse chenille fumeuse d’opium dans le dessin animé d’Alice au pays des merveilles? Parlant de ce film, ce sont les paroles du bariolé chat du Cheshire (au fait, qu’est-ce que des «momerate»?) qui ouvrent la nouvelle collaboration de collages sonores et d’effets de pédales entre les artistes expérimentaux N Nao et Joni Void. D’accord, le ton est donné. Alice nous guidera à travers des trappes, des détours, des incantations, des atmosphères entre glauque et ivresse. Les univers de ces deux explorateurs de l’inconscient s’arriment si bien l’un à l’autre que l’on croirait entendre un groupe formé depuis longtemps. Leur collaboration ne remonte qu’à 2019 toutefois. L’oiseau chante avec ses doigts est le premier d’une série d’albums bricolés avec du matériel grappillé depuis leurs débuts ensemble. ★★★ 1/2

    … ces deux explorateurs de l’inconscient s’arriment si bien l’un à l’autre que l’on croirait entendre un groupe formé depuis longtemps.
    ★★★½

    Les Boréades, Quatuor Bozzini dans PAN M 360

    «Bozzini / Boréades: Le mariage des Anciens et des Modernes», Frédéric Cardin, PAN M 360, 21 février 2021
    dimanche 21 février 2021 Presse

    Quatuor Bozzini et Les Boréades de Montréal. La musique contemporaine à son meilleur rencontre le baroque le plus avancé, dans un concert qui mêle astronomie, harmonie des fluides, Tycho Brahe, tradition et innovation.

    Le Quatuor Bozzini est un ensemble élite de la musique contemporaine et Les Boréades de Montréal, un leader de la scène baroque. Quel lien entre les deux? Un concert gratuit et unique en son genre, présenté à l’occasion du Festival Montréal Nouvelles Musiques (MNM) 2021, le dimanche 21 février 2021 à 19h30 en captation live sur le site du Festival. Pour ceux et celles qui ne peuvent pas y être à la date en question, pas de panique! Le concert demeurera disponible pendant 6 mois!

    Cela dit, on pourrait se demander ce que les deux groupes sont allés faire dans cette galère? On pourrait. Mais il suffit d’entendre Isabelle Bozzini et Francis Colpron, respectivement du Quatuor Bozzini et des Boréades, parler de cet événement haut en couleurs et en émotions pour être convaincu qu’il fallait que ça arrive!

    Constatez par vous-même en lisant mon compte-rendu de l’entrevue que j’ai menée avec les deux artistes.

    Pan M 360: Salut à vous deux! C’est la première fois que vous collaborez de cette façon?

    Francis Colpron: C’est la première fois dans un contexte de concert de musique contemporaine, oui. Mais on se connaît déjà depuis quand même un bon moment! Nous nous sommes côtoyés dans des contextes liés à la musique ancienne.

    Isabelle Bozzini: Oui parce que je sors parfois mon violoncelle baroque! Mais disons que ça faisait un certain temps que nous nous disions que ce serait bien de faire quelque chose ensemble en termes de musique contemporaine.

    Pan M 360: Quel niveau d’adaptation est nécessaire pour chaque ensemble, l’un par rapport à l’autre?

    Francis Colpron: Les Bozzini ont fait un chemin fabuleux en jouant au diapason baroque 415! C’est un demi-ton plus bas que d’habitude pour eux. C’est une grande adaptation (rires…). Vous n’avez pas mis vos cordes de boyaux, non?

    Isabelle Bozzini: Oui, oui, on est tout équipés!

    Francis Colpron: Ok, fantastique! Eh bien, ça c’est le chemin qu’ils ont fait. Pour nous, ç’a été une question de nous adapter à une écriture musicale contemporaine en termes harmoniques et d’amplitude de nos instruments.

    Pan M 360: Pour vous, venant du baroque, quelle est l’adaptation la plus difficile, à part les harmonies très différentes de votre répertoire habituel?

    Francis Colpron: Disons que certaines adaptations sont plus exigeantes que d’autres, mais rien de sévèrement difficile. Par exemple, mon collègue Matthew Jennejohn joue du cornet à bouquin, un instrument qui génère une sonorité suave et tellement élégiaque que les gens tombent sur le cul quand ils entendent ça! Là, le compositeur lui a demandé de ne PAS faire ça avec son instrument. Matthew a donc dû retenir ses réflexes naturels! Ailleurs, on me demande de jouer un do, mais d’une manière complètement différente. Il y a mille et une façons de souffler dans un tube!

    Mais tu sais, il n’y a pas de mur entre nos deux mondes, du moins pas tant que ça. Nous sommes tous des musiciens et musiciennes qui sommes allés au Conservatoire. Nous avons joué de la musique contemporaine. Moi j’ai toujours aimé ça. Nous sommes tous et toutes des explorateurs dans l’âme, et là, c’est ce qu’on fait.

    Pan M 360: En plus des créations contemporaines de Thierry Tidrow (Nova et Supernova) et de Trevor Grahl (Éphémérides), vous avez inscrit les Lachrimae or Seven Teares de John Dowland, grand compositeur anglais de la fin de la Renaissance. Pourquoi lui, et pourquoi cette œuvre?

    Francis Colpron: Je t’explique d’abord la genèse de tout le projet. Trevor est Canadien avec des origines neerlandaises et Thierry, Canadien aussi, travaille beaucoup en Europe, et souvent aux Pays-Bas. Il y a quelques années, j’ai été invité à jouer aux Pays-Bas pour l’anniversaire de la libération du pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale. J’avais remarqué que Dowland a passé un certain temps à la Cour du Danemark et qu’il s’est lié d’amitié avec Tycho Brahe, un astronome doué qui a influencé les découvertes ultérieures de Kepler.

    Tidrow et Grahl sont passionnés d’astronomie, les Pays-Bas se définissent dans leur rapport à l’eau et nous Québécois et Canadiens avons colonisé le territoire grâce aux cours d’eau. Les Lachrimae (larmes) de Dowland complètent l’idée de fluidité liquide, et en plus elles se lient avec l’astronomie musicale de Thierry et Trevor telle l’amitié de Dowland et Brahe. Pour couronner le tout, ma copine est Hollandaise. Tout fonctionne à merveille!

    Nous avons organisé la programmation comme un imbriquement logique. La Nova et la Supernova de Thierry débutent et terminent respectivement le concert, et au milieu, les sept Lachrimae de Dowland alternent systématiquement avec les Éphémérides de Trevor.

    Pan M 360: Comment assurez-vous la cohérence sonore entre les deux types de musique?

    Francis Colpron: Trevor est très sensible au monde sonore de Dowland, de un. Mais aussi, et surtout, on ne sait plus de nos jours à quel point la musique de Dowland, écrite ici pour un type d’ensemble qu’on appelait consort, était très audacieuse et avancée pour l’époque! C’était très novateur!

    Pan M 360: En quel sens?

    Francis Colpron: On pratiquait ce qu’on appelle les suspensions. Il s’agit d’accords dissonants mais que l’on résolvait de façon adéquate assez rapidement. Dowland, lui, les faisait tenir longtemps, en ajoutant des quartes, et même des neuvièmes. Aujourd’hui, un bémol 9 comme ceci, c’est du jazz! Cette dissonance était perçue comme l’expression parfaite de la “douleur” de la mélancolie. Les Anglais adoraient ça, ils se vautraient là-dedans. En ce sens, cette musique reste très moderne, ses “couleurs” ont une résonance avec la musique contemporaine, plus chromatique, et son côté statique a inspiré Trevor. Le tout est franchement cohérent. Nous avons très hâte que les gens l’entendent!

    Pan M 360: Quoi d’autre à surveiller?

    Francis Colpron: Eh bien si vous aimez voir différentes sortes de flûtes, vous serez servis! Des petites aux grandes, amenez-en. On change à tout bout de champ! En préparation pour le projet, j’ai montré la collection de flûtes disponible. Le hic, c’est que les flûtes, selon les époques, ne sont pas accordées au même diapason. Une flûte d’époque classique est accordée avec un la à 430 (une fréquence en hertz). Une flûte Renaissance à 460 et une flûte baroque à 415. Trevor a tellement aimé ça, qu’il nous les fait jouer toutes! C’est un ballet de changements d’instruments.

    Isabelle Bozzini: Ça c’est la faute à la COVID. Parce que si nous avions été en atelier “présentiel”, j’aurais averti Francis de ne jamais montrer à un compositeur, surtout un jeune (!), TOUT ce que tu peux jouer. Jamais. Ils vont tout mettre. Rires….

    Pan M 360: Vous prévoyez quelque chose de spécial pour le “retour” à la normale?

    Francis Colpron: Moi je vise l’automne, en croisant les doigts. Je concocte un programme ludique et rassembleur.

    Isabelle Bozzini: Pour notre part, ce n’est pas encore à l’ordre du jour. Tout me semble incertain encore. On ne sait pas quand, ni dans quelles conditions le “retour” se fera.

    Pan M 360: Vous êtes confiant que peu importe à quel moment ça se fera, le public viendra en grand nombre?

    Francis Colpron: Moi je suis confiant, oui. Les gens en ont assez et le besoin se fait sentir. Et puis, nous aurons tellement de choses à montrer!

    Isabelle Bozzini: Ah ça oui! Nous avons tellement de temps que nous le passons à imaginer des projets spéciaux, des programmes thématiques, et plein d’innovations.

    Francis Colpron: Oui, c’est fou. Nous sommes constamment en mode innovation, réinvention, développement, etc.

    Pan M 360: Ça fait du bien d’entendre ça. Merci!

    Isabelle Bozzini: Merci!

    Francis Colpron: Merci!

    Alvin Lucier: Navigations dans Vital

    «Review», Frans de Waard, Vital, no 1272, 16 février 2021
    mardi 16 février 2021 Presse

    While listening to this new performance of Navigations, I was thinking about the earlier performance I heard, but somehow I don’t seem to be able to find that CD by Wergo. The actual title is Navigations for Strings, and this work composed by Alvin Lucier in 1991 and the closing piece of a five-part CD, as performed by Quatuor Bozzini. Lucier also composed the other four pieces and even while I have a considerable hefty book on my shelves from him, these compositions are not mentioned, so I am not entirely sure how they ’work’. As with many of Lucier’s compositions, there is usually conceptual reasoning behind it, a plan that is executed. It is interesting to know this, but is it essential for enjoying the music? Perhaps not. The title piece is the longest here and the opening Disappearances follows that in length; it also follows it in musical direction. In both of these pieces, the string quartet plays long, sustaining tones, with Disappearances being more ’in your face’ and Navigations for Strings more like an easy flow. There are two versions of Group Tapper, which is the group version of Tapper, for solo violin, but I assume now performed by the players of Quatuor Bozzini. Much to my surprise, this is a rhythmic piece, and I assume by using the bow as a mallet upon the surfaces of the violins, alto violin and cello. The longer of the two seems to be spacing out the intervals between the various ’hits’, and over its eleven minutes gradually be dying out. In the middle is Unamuno, “for four equal voices (1994)“ and this is an eerie piece of music. With the strings singing like ghostly voices, this is like the soundtrack for a haunted mystery flick. There are three pieces here that are ’textbook’Lucier pieces, sustaining, sine wave-like but entirely along with the sounds of real instruments, closely knit together and beautiful, plus two pieces that were quite the surprise, but of course, there then I reminded Silver Streetcar For The Orchestra, played on an amplified triangle and it all made sense. I just need to brush up my knowledge on Lucier again, I thought. This excellent CD is a perfect reminder to do so!

    I just need to brush up my knowledge on Lucier again, I thought. This excellent CD is a perfect reminder to do so!

    Alvin Lucier: Navigations dans Néomémoire

    «Critique», Normand Babin, Néomémoire, 11 février 2021
    vendredi 12 février 2021 Presse

    Si l’art abstrait vous passionne, cet album est probablement pour vous. Les pièces de ce nouvel enregistrement du Quatuor Bozzini sont toutes du compositeur américain Alvin Lucier et ont toutes un concept simple et clair. La première pièce, Disappearances, consiste en un unison qui dure près de 17 minutes. Bien entendu, il y a des bifurcations, de petites excursions dans les quarts de tons, un unison pas toujours si uni. Si vous avez l’oreille fine, vous entendrez également les harmoniques. Mais ce qu’il faut souligner à grands traits c’est l’exécution de cette pièce dans une parfaite linéarité du son. Jamais on entendra un coup d’archet, jamais le son ne faibli ou ne s’amplifie. Une immense plage de son presque infinie, comme le serait une peinture en color field. On ne sait pas trop où ça commence, ni où ça finit. L’important réside dans l’expérience, le ressenti en écoutant ce champ de son vaste et plane de la même façon que la plus intéressante façon de voir une œuvre picturale abstraite est de se demander non pas ce qu’on comprend mais bien ce qu’on ressent.

    Tout au long de cet album, les instrumentistes seront appelés à s’écarter sensiblement de leur technique habituelle pour devenir percussionnistes dans les deux Group Tapper. On tapote sur les instruments, on produit toutes sortes de bruits avec les archets et avec divers objets. Vers la fin du deuxième Group Tapper, on entend même un ballon rebondir. Les musiciens deviennent aussi chanteurs dans Unamuno. Ils chantent la note qu’ils jouent, créant du petits «accords» ou plutôt des grappes de quatre sons. Les sons tant à la voix qu’à l’instrument sont gardés jusqu’au début du prochain cluster. Très séduisante, cette œuvre brève rappelle vaguement les expérimentations de musiques ambiantes des années 80.

    Le Quatuor Bozzini nous hypnotise et nous envoûte du début jusqu’à la fin de cet album. Un album qui devrait rayonner bien au-delà des publics habituels de la musique actuelle. L’œuvre d’Alvin Lucier est accessible, comme l’est par exemple celle de Steve Reich, et l’excellente interprétation qu’en fait le Quatuor Bozzini a tout ce qu’il faut pour devenir référentielle.

    L’œuvre d’Alvin Lucier est accessible […] et l’excellente interprétation qu’en fait le Quatuor Bozzini a tout ce qu’il faut pour devenir référentielle.

    Les lucioles dans Vital

    «Review», Nick Roseblade, Vital, no 1271, 10 février 2021
    vendredi 12 février 2021 Presse

    There is something primordial about Les lucioles by Chorale Joker. It’s a feeling you get deep down after listening to the album. The voices writhe, wail, and thrash about in an animalistic way. At times is it terrifying, but there is an order to the terror. But what did we expect? Joane Hétu, Jean Derome and Danielle Palardy Roger are leading the choir, which features 17 members of the Chorale Joker.

    Portions of the album opener Premières lucioles; Haïku — errance feel like an alternative score to the primitive man sequence in 2001: A Space Odyssey. As with that sequence, which ended in violence and destruction, Haïku — errance feels no different. Sucking, and squelching sounds are made around a banshee-like din. Is this a sacrifice after a meal, with the Gods approving or the other members of the tribe showing both respect and impatience, for their time to eat? Either way, it is a visceral way to start an album.

    Chaleur des lucioles; Chant des lucioles.1 is probably the most captivating track on the album. It opens with a piece of piercing electronics. Under this breathy wind instruments are played. These are perforated by grunts and gasps. As Chaleur des lucioles; Chant des lucioles.1 progresses the vocalisations become more and more pronounced. Some of the full-on guttural shouts. Others are almost inaudible warbles. Around halfway, the voices come together and start to sound like a conventional choir. It’s striking and really helps hammer everything home. The song is loosely translated to Heat of the Fireflies; Song of the Fireflies.1. The voices sound like fireflies hovering in the night. They drift one way, then another before landing and remaining still and serene.

    What Les lucioles really does is allow the listener to drift away from the shackles of conventional music, melodic hooks, chorus, rhythm, etc, etc and allow you to hear something that is pure ID. It is filled with drifting motifs and abstract instrumentation. The real key to the album is the interplay between those glorious voices in the choir. This is where all the dynamic fun happens. As they pull together and apart, we are invited to experience how these small insects interact with each other and their environment. It’s through this understanding that we get a better grasp of how and why we act as we do.

    What Les lucioles really does is allow the listener to drift away from the shackles of conventional music, melodic hooks, chorus, rhythm, etc, etc and allow you to hear something that is pure ID.

    Souffles dans Vital

    «Review», Nick Roseblade, Vital, no 1271, 10 février 2021
    vendredi 12 février 2021 Presse

    Given Derome’s legacy and standing in the field on the Canadian creative music scene Souffles feels like a culmination of a lifetime crafting forward-thinking music and, at the same time, a misfire. At times music can be dynamic. Its motifs and refrains show a style of playing that has seen Derome receive plaudits from critics, his peers and live audiences alike. Yet, there are portions of the album when it doesn’t really work. Cloudy sees Derome playing a wind instrument. Is it a penny whistle? A Piccolo? A child’s recorder? Ultimately it doesn’t matter. Its sound is in the middle of a Venn diagram featuring virtuoso reedist playing an unfamiliar instrument, toddler music group, nails down a blackboard and asthma attack. The phrases are played almost ad nauseum for its nearly five-minute duration. With each one, the tension gets more and more unbearable. When Cloudy does end you let out a pleasing sigh of relief. Which is a shame when compared to Eskers-Zoo. Here Derome delivers riff after glorious riff. The music soars. It dances all around you. It makes you feel alive and excited for the next barrage. He attacks his instrument. Playing it for all its worth, then gently caresses it and plays tenderly. It’s nothing short of wonderful. And makes the tracks like Cloudy even more infuriating. Derome is clearly a gifted player. He has an exceptional ear for melody and contrasting tones, which makes the damp squib of Cloudy, Castelet and Cantus Firmus so dejecting.

    If you are an existing fan of Derome’s work give his a-go, as you might find something I didn’t. If you don’t know Derome’s work, maybe try something else as this might be too overpowering on a first try. What is clear is that after all these years Derome isn’t running out of ideas, but much like the edible namesakes the album is named after, they need to cook to perfection. Many some of these tracks needed to come out of the cover a little soon and others needed a little more time before they were ready for public consumption.

    Its motifs and refrains show a style of playing that has seen Derome receive plaudits from critics, his peers and live audiences alike.
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