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  • Jean Derome dans SOCAN — Paroles & Musique

    «Jean Derome: Le parcours du combattant», Nicolas Tittley, SOCAN — Paroles & Musique, 19 janvier 2016
    mardi 19 janvier 2016 Presse

    Si l’on se fie aux Nations Unies, 2016 serait l’année internationale des légumineuses. Nourrissant, peut-être, mais pas très excitant du point de vue artistique, vous en conviendrez. On préfère donc vous rappeler que 2016 marque également la deuxième moitié de ce qui a été désigné comme «L’année Jean Derome» par nul autre que… Jean Derome lui-même. Après avoir obtenu une bourse de carrière du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le saxophoniste et flûtiste, compositeur et improvisateur chevronné, a décidé de célébrer son 60e anniversaire de naissance en revenant sur quatre décennies de musiques audacieuses.

    L’idée était d’offrir au public une petite partie de son imposant répertoire lors d’une série de concerts échelonnés sur 12 mois, des shows conçus pour petits et grands ensembles, qui balanceraient entre improvisations et interprétations, créations et reprises. L’année Derome serait aussi marquée par un documentaire, Derome ou les Turbulences Musicales, une expo de photos et un disque, Musiques de chambres 1992-2012.

    «Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!»

    «J’ai parfois l’impression d’être passé directement de la relève à la bourse de carrière», lance le musicien, qui a fait ses débuts professionnels au début des années 1970. «Je trouvais ça intéressant de faire le point et surtout de pouvoir mesurer l’évolution de ma musique au fil des ans. Mais ce qui était certain, c’est que je ne voulais pas faire de rétrospective classique: j’aime l’idée que si on ne l’indiquait pas clairement, le public ne saurait pas vraiment si telle ou telle pièce est ancienne ou récente.»

    Voilà une belle façon de décrire cette fameuse «musique actuelle» à laquelle le nom de Jean Derome est associé depuis si longtemps. Elle puise à tous les genres et toutes les époques et son audace et son absence de codes précis la rendent aussi intemporelle qu’insaisissable. «C’est une musique parfaite pour moi, car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome. C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.»

    Sans surprise, c’est à Victoriaville qu’a débuté l’Année Derome en mai 2015. À l’invitation du fondateur et programmateur du Festival de Musique Actuelle, Michel Levasseur, Jean Derome s’est amené dans les Bois-Francs avec Résistances, une création électrisante réunissant 20 musiciens (pour la plupart des amis et complices de l’étiquette Ambiances Magnétiques, cofondée il y a une trentaine d’années par Derome, Joane Hétu et René Lussier, naviguant entre improvisation et composition, sous la houlette du chef. Inspiré de Canot Camping, un autre projet pour grand ensemble, ce spectacle, malgré son ampleur, semblait être destiné à demeurer unique, comme c’est souvent le cas avec les événements de musique actuelle.

    «Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!» lance Derome avec un petit rire jaune. C’est un autre avantage de cette année de célébrations: faire revivre des trucs qui n’ont existé qu’une seule fois, revisiter des pièces qui n’avaient pas dit leur dernier mot!»

    Multi-instrumentiste, Derome est surtout associé au saxophone, son instrument de prédilection depuis maintenant plusieurs années «J’ai passé la première moitié de ma vie de musicien en jouant surtout de la flûte et la deuxième en jouant surtout du saxophone. Si on me demande ce que je suis, je réponds généralement «musicien» ou saxophoniste.»

    Même s’il semble faire corps avec son instrument, Jean Derome lui est souvent infidèle: en concert, il n’est pas rare de le voir empoigner l’un des nombreux appeaux de chasse qu’il collectionne depuis des années, un instrument jouet ou simplement un objet quelconque dont il apprécie la sonorité. On l’a même déjà vu faire un solo de sac de chips dans un show de danse… «Quand j’ai découvert les appeaux et sifflets, j’ai pu étendre mon langage musical. Je sais que pour le public, il y a quelque chose de presque comique à me voir jouer de ces objets bizarres, mais pour moi, ils sont simplement un moyen de faire sortir les sons que j’ai en tête.»

    S’il gagne sa vie en multipliant les compositions de commande pour le cinéma, le théâtre, la danse et la télé (il n’hésite pas à se qualifier de working musician), Jean Derome demeure un explorateur dans l’âme, prêt à se lancer à corps perdu dans l’inconnu. Il continue de pratiquer un art exigeant et résolument anti-commercial, destiné à un public avide de surprises. Par le passé, Jean Derome a déjà décrit sa pratique comme un véritable sacerdoce. Sa carrière ne serait-elle qu’un long parcours du combattant?

    «C’est peut-être un combat, mais je ne me suis jamais battu contre des gens. Contre moi-même, peut-être, contre la tentation de devenir aigri ou blasé. Des fois je me dis que je pourrais prendre ma retraite, mais ça ne dure jamais longtemps parce que plein de nouveaux projets débarquent et je suis incapable de dire non. Un pommier, ça fait des pommes. Un musicien, ça fait de la musique. C’est pas plus compliqué que ça!»

    C’est une musique parfaite pour moi [en parlant de musique actuelle], car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome . C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.

    Simon Martin: Hommage à Leduc, Borduas et Riopelle dans Voir

    «Critique», Réjean Beaucage, Voir, 6 janvier 2016
    mercredi 6 janvier 2016 Presse

    Simon Martin est un jeune compositeur de musique d’art (terme qu’il préfère à «musique de concert» ou «musique contemporaine», entre autres). Les trois pièces recueillies ici sont le fruit de réflexions sur des œuvres de grands peintres québécois: Ozias Leduc (L’heure mauve, 1921), Paul-Émile Borduas (le texte Projections libérantes, 1949) et Jean-Paul Riopelle (la série des Icebergs, 1977). Elles sont interprétées avec brio, respectivement par le Trio de guitares contemporain, le quatuor de saxophones Quasar et le Quatuor Bozzini. Il s’agit d’invitations à la contemplation dans lesquelles, comme l’explique le compositeur, le sonore a préséance sur le musical. Inspirant. Le programme sera repris intégralement par ces mêmes interprètes le 20 mai prochain au Festival des musiques de création, à Jonquière.

    Il s’agit d’invitations à la contemplation dans lesquelles, comme l’explique le compositeur, le sonore a préséance sur le musical. Inspirant.

    Rêves de béton dans Vital

    «Review», Frans De Waard, Vital, no 1007, 1 janvier 2016
    vendredi 1 janvier 2016 Presse

    From Canada hails Galerie Stratique, also known as Charles-Emile Beullac, and this is fourth release, in fifteen years. He calls himself a sound hunter and his music is all about applying concrete sounds to electronics, and perhaps vice versa. There is a small booklet inside ‘Dreams of Concrete’, as the title translates, in which he explains his influences, a list of stuff (which includes gongs, clay bells, metal bowls filled with some water, but also a Commodore 64, drum machines, effect pedals and roll paper towels. To Galerie Stratique everything is music. There are twenty-one pieces on the first CD, which is the main thing in this package. On the other disc, ‘Archives Volume 1’, there is a bunch of ambient lullabies from his earlier days, that weren’t good enough for his previous releases, but now, polished and refined, are. What I like about the first disc is the simply approach Galerie Stratique has going per piece. Twenty-one songs in forty minutes that equals, say, two minutes average per track. That makes that all of this is short and to the point.

    A few bangs here and there, feeding them through a modular set-up and play around with these sparse elements for two minutes is sometimes really enough. To be concise is not easy, but Galerie Stratique does things very well. Each piece is made with quite some imagination, and also the variation is well considered on this album. An excellent mixture of electronic tunes, melodic, witty at times, and a majority of more abstract pieces, that quirky, sad, uplifting, alien and sometimes tedious. With such a variety that is likely to happen.

    The bonus disc contains also forty-one minutes, but then ten pieces, so here all is a bit longer and we are promised more ambient like music. That’s what we get indeed. Lots of synthesizers, a bit of drum machines and it seems there is a lot less of electronic processing of acoustic sound material. There is a more minimal approach towards composition here, with synth washes being an obvious connection, but it’s not exclusively like that. Galerie Stratique also plays out some harshertones and tunes such as in the fifth piece (no titles for the pieces on this bonus disc). When he employs a rhythm, I must say I am a little less interested, but luckily those tracks are kept to a minimum. In general this is all a bit different than the first CD, and even while there is a bit of variation in these pieces, I am also inclined to think it’s perhaps a bit superfluous, but surely fans would disagree with me.

    To be concise is not easy, but Galerie Stratique does things very well.

    String Quartet No. 3; Unhörbare Zeit dans Fluid Radio

    «Review», Nathan Thomas, Fluid Radio, 1 janvier 2016
    vendredi 1 janvier 2016 Presse

    It begins, I suppose, with a title. For his third string quartet, Swiss composer Jürg Frey combines elements immediately recognisable to anyone who’s been following his work over the past decade or two with ones that might initially surprise, even if they too seem strangely familiar. So there’s the opening slow homophonic chords separated by long pauses, followed by a very quiet shimmering as the Quatuor Bozzini gently scratch their bows across their strings. So far, so Frey. But the chords sometimes fall into patterns that draw on cadences and sequences so common to Western classical music that they could have been lifted from a piece by Beethoven or Schubert — a tendency perhaps often latent in Frey’s music, but never so explicit (as far as I’ve heard) than here. Then there’s the gorgeous, swooning, long descent by a violin, like a falling ray of light, that gets passed on to the viola. Has the music of the Wandelweiser group’s most Romantic composer ever been more Romantic than this?

    That title, though. Can it be possible today to write a string quartet without trying to work through a relationship to the history of the form and, by extension, pretty much the whole of Western orchestral music? Those familiar cadences and patterns strain for weightlessness — the ahistorical presence of light and volume. They don’t quite make it. Yet the shortfall, the gap between the certainty and inevitability they aim for and the precarity they land in, would itself seem part of the work, a negative space in which time runs backwards. I’m thinking of Rachel Whiteread’s House (1993), a concrete cast of the inside of a Victorian terraced house, with the imprint of doors, windows, and fireplaces left visible: architecture gaining historical consciousness. Could a string quartet become similarly self-aware? Listen to those chords: they are not random, certain among them repeat, so obviously that even I can hear it. They recall not just each other, but also a certain way of belonging together in time, a belonging that is itself a reference to another age of possibilities. These sounds remember, even as they strive for instantaneity. They desire both remembering and fading into silence, two times at once. For how much longer will anyone be able to write string quartets, anyway?

    The second piece on the Bozzini recording, Unhörbare zeit, adds two percussionists to the ensemble, and emphasises the string quartet’s Romantic leanings with its contrastingly more open and exploratory style. There’s lots of shimmering, rumbling constellations of sound, an indistinct haziness that beguiles the ear. A call-and-response section of sorts is followed by high-pitched, almost screeching chords, then more gently, a sort of tip-toeing around. The work ends with a repeated two-chord dirge followed by a third, tense chord. Compared with the string quartet, Unhörbare zeit doesn’t shower the listener with beautiful melodies or overt Romantic references, nor does it wrestle with its relationship to the ghosts of music past; perhaps this results in a less challenging listen, though nonetheless an absorbing one.

    There’s lots of shimmering, rumbling constellations of sound, an indistinct haziness that beguiles the ear.
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