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  • Les 4 ronds sont allumés dans Splendid E-Zine

    «Review», Luke Martin, Splendid E-Zine, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    If you’ve ever wondered what would happen to musical films if you were able to get into the projectionist’s booth and play around with the pacing and speed of the reel, then this is the CD for you. Recorded as part of a 1999 festival, the album features Derome’s bizarre songs, accompanied by Guillame Dostaler and René Lussier — two musos who sound like they’ve escaped from the Tom Waits Camp For Musical Strangeness and gone on the lam to Canada. It’s strangely compelling; there’s fantastic guitar work that brings Marc Ribot’s multi-faceted approach to mind, while carnival synth and a generally fractured approach to backing a singer flesh out the songs. Certainly, Derome’s voice, as powerfully evocative as it is, would be nowhere near as successful without the freakish-sounding tunes it rides. If PJ Harvey went to the circus, she couldn’t get this level of strangeness out. Vocally, recitative is pretty much the way the show goes here. Ah Non! Anna features an intruding robotic voice, while elsewhere, Derome’s voice runs the gamut from teasing to the terrified, while familiar tunes float by in the background — I swear that Ton Grand Nez borrows from The Doors’ Love Her Madly. And somehow, amid the confusion, it works. You don’t need to speak French to enjoy this album; the pacing and the feel of the tunes is such that they’re enjoyable for reasons other than those of lyricism; however, I suspect that you need a better handle on the language than my schoolboy-level to get the full effect of such a nuanced performance. I may be missing the subtleties, but even for a relatively ignorant listener, Les quatre ronds sont allumés has a carny-backed appeal that’s hard to resist.

    … a carny-backed appeal that’s hard to resist.

    Plinc! Plonc! dans Cadence

    «Review», Michael Rosenstein, Cadence, no 28:3, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    Montréal-based reed player Jean Derome and drummer Pierre Tanguay have their fingers in so many projects it is hard to keep track ot them all. They jump from film scores to music for dance programs; from theatrical game pieces to politicized compositions; from Monk tributes to rock-tinged throw-downs. Rather than seeming disjointed or fractured, in their musical world all of these elements jostle up against each other with abandon. This live duet concert captures the two in a set that flows from free Jazz to skewed folk and hits all points in between. Though the playing can be fierce and frenzied, a sense of playful hijinks is never too far away. The title tune alone unfolds with the variety of many whole CDs. Things start out with a torrid burst of tenor flurries over churning drums steeped in the free Jazz tradition, morphs into a skewed duet of birdcalls and hand percussion, slides into a funky, honking R&B vamp and ends up with Derome’s fife dancing a twittering jig over Tanguay’s pattering percussion. In many of Derome’s larger, more tightly composed projects, it is easy to lose track of what a strong reed player he is, but here, his playing is laid bare. He assuredly moves from muscular free blowing to melodic sections full of lilting beauty to antic cavorting with a fluid sense of structural flow. Tanguay is the perfect sparring partner matching Derome’s energy and wit with split-second timing and response. The two can flip free skronk scat duets where their off-the-wall vocals trade percussive riffs like drunken tabla players and then jump to a skewed reading of Monk’s Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are that staggers and struts with a joyful energy. Though it seems like things can fall apart into manic mayhem at any moment, the two always maintain a dramatic animation that propels the improvisations along right up until their final duet on Jew’s Harps. There is no doubt that being at this concert would have been a night of captivating entertainment but the release does a noble job of capturing the proceedings for those of us who couldn’t make it.

    … captivating entertainment…

    Canot-camping, expédition 4 dans La Scena Musicale

    «Critique», Dominique Olivier, La Scena Musicale, no 7:6, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    L’«instrumentiste-compositeur-chef d’orchestre-improvisateur» Jean Derome nous a habitués à des événements musicaux inusités, et, surtout uniques, débordants d’imagination et de surprises. Mettant à profit l’art du compositeur, la personnalité des musiciens qui l’accompagnent dans ses expérimentations, les aléas du hasard et bien d’autres choses encore, Derome, récipiendaire du Prix Opus 2001 «Rayonnement à l’étranger», nous invite cette fois à une expédition (ou plutôt à deux) en canot-camping.

    Présenté à la Cinquième salle de la Place des Arts et produit par SuperMémé, Canot-camping, Expéditions 5 et 6 nous invite à partager un voyage à l’itinéraire imprévisible et soumis aux intempéries avec 11 musiciens improvisateurs membres de l’Ensemble SuperMusique. Les 13 et 14 mars, Jean Derome et ses accompagnateurs parcourront un «réseau de pièces» appelé Canot-camping et que son créateur accepte (un peu malgré lui) de comparer à une courtepointe aux morceaux de dimensions variables. «Il s’agit en fait de plusieurs pièces reliées. Chacune est appelée par une série de gestes qui annoncent les éléments à venir, les sections libres ou la continuation d’une même action. Chaque fois que j’ai repris Canot-camping, l’itinéraire a été différent. Je fais moi-même du canot dans une immense réserve, le parc de La Vérendrye. Il est impossible de tout visiter en une fois. Dans nos expéditions musicales, le pourcentage d’improvisation est à peu près le même que dans un voyage. Ça permet de ne pas rester pris dans une pièce fermée (à comprendre dans les deux sens du terme…)».

    «Faire quelque chose d’aussi ouvert avec 11 instrumentistes n’est pas de tout repos, souligne Jean Derome. Il est difficile, lorsque la polyphonie devient très complexe, de suivre les mouvements de chaque musicien. Dans un orchestre symphonique, les musiciens sont nombreux à jouer la même ligne. Ici, la grande complexité ne permet pas toujours d’analyser ce que les autres font. La pièce balise un peu le travail et façonne ce qui se passe». Pour ce faire, Derome et ses complices ont conçu un système de signes, inspirés à la fois du langage de l’improvisation et de celui des sourds-muets. Ce système compte maintenant plus de 60 signes. «Nous avons passé bien des répétitions à simplement apprendre les signes. Maintenant, je peux faire des choses assez intéressantes: m’adresser aux musiciens avec des consignes sur le temps, les pulsations, enfin des choses relativement précises. Ça n’est pas encore suffisamment précis à mon goût, mais nous continuons à développer le système pour qu’il s’accorde à nos besoins.»

    Dans ce contexte, Jean Derome assume plus que jamais le rôle de chef d’orchestre, tout en restant un des acteurs sonores importants de l’expédition. «En général, j’essaie de faire des choses qui se passent de chef, parce que j’accepte très difficilement de tourner le dos au public. Dans Canot-camping, je suis un des joueurs, mais je consacre aussi beaucoup de temps à donner les consignes aux autres musiciens.»

    Sa quatrième version est celle qui a le plus fait évoluer Canot-camping (après une première dans le cadre d’une Exposition de musique au Théâtre de la Chapelle, une deuxième, au Festival de musique actuelle de Victoriaville et une troisième, au Festival de jazz d’Ottawa). Canot-camping, Expédition 4, le 100e disque à paraître sous étiquette Ambiances magnétiques, sera lancé dans le cadre des concerts Expéditions 5 et 6. «Nous avons accompli en studio un vrai travail de fond», précise Jean Derome, ce qui a fait considérablement évoluer notre musique. «C’est pour moi une approche beaucoup plus abstraite qu’avec les autres productions que j’ai réalisées: il y a eu une recherche profonde sur les textures, les rythmes, le côté aquatique des sonorités et du déroulement. Après Expédition 4, je voulais abandonner le projet. J’étais donc très content que SuperMémé veuille le produire.» Peu optimiste sur l’avenir de Canot-camping en tournée, Jean Derome, à nouveau très motivé par la nouvelle existence de la pièce, rêve maintenant de poursuivre le projet… sur disque. Alors, à bientôt, peut-être, pour d’autres expéditions sonores.

    Quatuor Bozzini dans La Scena Musicale

    «Voyages Dublin-Montréal», Dominique Olivier, La Scena Musicale, no 7:6, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    Les Concerts M, très actifs ces temps-ci, offrent en mars un événement-échange très stimulant avec des musiciens d’Irlande. Les concerts Voyages Dublin-Montréal seront présentés du 12 au 16 mars à la Salle Oscar-Peterson de l’Université Concordia. Au programme, il y aura quatre concerts (dont un électroacoustique, en collaboration avec Réseaux), une vingtaine de compositeurs, plus de 25 œuvres, dont une dizaine de créations et plusieurs premières montréalaises, 6 conférences… Le 13, le Quatuor Bozzini interprétera des pièces des Montréalais Scott Godin, Jean-François Laporte et Jean Lesage et des Dublinois Gerald Barry, Raymond Deane et Barbara Ellison; le 14, le concert électro nous fera à son tour voyager entre les deux villes, avec des œuvres des Montréalais Robert Normandeau et René Lussier (sa Chronique irlandaise) et des Irlandais Roger Doyle et Conor Curran. L’Ensemble Crash, de Dublin, rendra la pareille au Quatuor Bozzini en jouant les Montréalais Michel Frigon, Michel Gonneville et Marie Pelletier avec, également, des œuvres de compositeurs dublinois. Cette semaine d’activités se terminera par un concert conjoint de l’Ensemble Bradyworks (l’autre entité des Concerts M, avec le Quatuor Bozzini) et Vox 21 (de Dublin), où l’on entendra des pièces de Frédéric Roverselli, Ana Sokolović, Tim Brady et Ben Dwyer. Les liens qui unissent les deux villes sont de plusieurs ordres, que l’on pense à la situation politique, économique, aux problèmes d’identité culturelle et à la présence de compositeurs pionniers. Ce programme d’échanges institué par les Concerts M se poursuivra donc et amènera nos musiciens en Irlande à l’automne 2003, pour la reprise de l’événement. On ne peut qu’applaudir l’initiative de cette société de concerts qui donne un nouveau souffle au milieu de la musique contemporaine par son énergie, par l’audace de ses projets et par son ouverture à des répertoires variés.

    Joane Hétu, Ambiances Magnétiques dans SOCAN — Paroles & Musique

    «D’un avant garde à l’autre», Nicolas Houle, SOCAN — Paroles & Musique, no 9:1, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    Au début des années 80, un groupuscule de musiciens travaillait d’arrache-pied en vue de doter le Québec d’une avant-garde musicale qui lui serait propre. Improvisations pures et dures, expérimentations bruitistes, ses créations, sises quelque part entre musique contemporaine et free jazz, en effrayaient plus d’un.

    Vingt ans plus tard, la scène de ce qu’on appelle désormais la musique actuelle a considérablement évolué. Se donnant des moyens à la hauteur de leurs ambitions, les Jean Derome, René Lussler, Pierre Tanguay et consorts ont fait connaître leurs musiques bien au-delà du Québec, acquérant au passage une réputation des plus enviables.

    Les rouages du genre Le Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) est l’un des moteurs importants du développement de l’avant-garde québécoise. Créé en 1983, il a été — et demeure toujours — une vitrine internationale pour les musiciens, en plus d’être la pierre d’assise du genre grâce à la tradition qu’il a su instaurer. Cela tient beaucoup à la vision du directeur artistique et fondateur du festival, Michel Levasseur, pour qui tradition et avant-garde n’ont rien d’antinomique: «Je ne crois pas au rejet de la tradition ou des anciennes valeurs, on construit toujours à partir de quelque chose, explique-t-il. À Victo, on a cette préoccupation-là depuis les débuts, on a commencé par inviter les anciens comme Sun Ra et Terry Riley pour ensuite établir un lien avec des musiciens de tous les pays.»

    Outre le FIMAV, le milieu a su se doter d’infrastructures particulièrement efficaces afin de permettre aux musiciens de diffuser leurs créations malgré leur peu de moyens. C’est ainsi que divers labels comme le vétéran Ambiances magnétiques ou le récent Alien 8 sont nés, que la compagnie de production Supermémé-Supermusique a vu le jour, ainsi que la compagnie de distribution DAME, qui assure la production, la promotion et la diffusion internationale des diverses étiquettes qu’elle chapeaute.

    «Je soutiens autant les bons coups que les mauvais coups, indique la musicienne Joane Hétu, qui est à la tête de DAME depuis sa création, ii y a 10 ans. Mon but n’est pas mercantile, je bâtis une collection de disques. La dernière parution m’intéresse, mais je garde actif dans mon catalogue celui que l’artiste a sorti il y a 10 ans, car si je ne le fais pas, c’est fini et on passe ça dans le broyeur de l’oubli. Et comme c’est de l’avant-garde, il faut voir ça à long terme: le disque que je sors présentement, je n’en vendrai presque pas. Je vais en vendre dans trois ou cinq ans.»

    Un public grandissant Avec les années, il semble que la musique actueile effarouche moins les gens. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à s’intéresser au genre et les albums des artistes de l’avant-garde québécoise, qui ne s’écoulaient naguère qu’à l’étranger, se vendent beaucoup mieux au Québec. Même un dialogue s’instaure entre les diverses scènes: on a récemment vu le guitariste Bernard Falalse (Minodor, Klaxon Gueule) travailler auprès de Marie-Jo Thério, tandis que René Lussier faisait paraître son album Tombola Rasa sur une étiquette grand public (La Tribu).

    Les Québécois s’intèresseraient-ils davantage à l’avant-garde? «C’est indéniable, croit Joane Hétu. Les choses que l’on pouvait faire dans les années 80 et qui pouvaient passer pour des choses incroyables comme mettre une cymbale à l’envers ou mettre une voix dans un mégaphone, on retrouve ça partout dans la pop d’aujourd’hui. L’oreille bouge, les gens bougent et les gens s’habituent à ces sonorités là. L’avant-garde est toujours récupérée.»

    Cette récupération de l’avant-garde et de divers éléments de la musique actuelle cause bien des maux de têtes à certains artistes qui s’interrogent à savoir s’ils sont en train de se faire dépasser par la présente vague de musique électronique. Crainte non fondée selon Michel Levasseur: «Il y a présentement une tendance à valoriser la nouvelle technologie qui, d’après moi, est erronée, explique-t-il. Car en bout de ligne on parle de musique et de sons, et pour moi la source sonore n’est pas si importante que ça. On peut atteindre l’extase du son par n’importe quelle sorte de moyen, que ce soit par une instrumentation dite conventionnelle ou non.

    Une relève en parfalte santé

    En plus de son public qui va grandissant, le milieu de la musique d’avant-garde compte un bassin de musiciens de plus en plus important. Provenant d’horizons aussi divers que le jazz, le postrock ou la musique électronique, ils sont nombreux à suivre les voies tracées par les Robert Marcel Lepage, Diane Labrosse, et Jean Derome et même à collaborer avec eux, qu’il s’agisse d’Alexandre St-Onge, de Dave Kristian ou de la formation Interférence Sardines. La prochaine édition du FIMAV, qui se déroulera du 16 au 20 mai, devrait d’ailleurs en témoigner avec éloquence.

    Selon l’auteur-compositeur et guitariste Sam Shalabl (Shalabi effect, Detention), l’une des figures de proue de la relève, l’effervescence que l’on trouve dans le milieu s’explique en partie par l’esprit d’équipe qui y règne: «Le dialogue entre les différentes générations de musiciens est excellent et ce qu’il y a de nouveau, c’est l’éclatement du cloisonnement de la langue et de la culture. Les scènes anglophone et francophone ne se mélangeaient pas avant et depuis quatre-cinq ans ça semble vraiment changer.»

    Malgré un creux de vague du côté de la diffusion et des tournées à l’étranger, il apparaît indéniable que la musique actuelle québécoise est en excellente santé et que les conjonctures actuelles laissent présager un avenir des plus prometteurs. Shalabi, qui a quitté l’Île-du-Prince-Édouard il y a dix ans pour s’installer à Montréal ne cache pas son optimisme: «Quand je suis arrivé à Montréal, il ne semblait pas y avoir tellement de musiciens et de gens qui s’intéressaient à cette musique, mais depuis, il y a vraiment eu un boom. Je crois que ça va continuer à être en santé, car beaucoup de ces jeunes musiciens apportent quelque chose de neuf à cette scène et à cette pratique musicale. Je crois que ça n’ira que mieux, peut être pas sur le plan monétaire, mais sur le plan créatif, assurément!»

    Improvisations pures et dures, expérimentations bruitistes…

    Ensemble SuperMusique (ESM) dans La Scena Musicale

    «Canot-Camping», Dominique Olivier, La Scena Musicale, no 7:6, 1 mars 2002
    vendredi 1 mars 2002 Presse

    L’«instrumentiste-compositeur-chef d’orchestre-improvisateur» Jean Derome nous a habitués à des événements musicaux inusités, et, surtout uniques, débordants d’imagination et de surprises. Mettant à profit l’art du compositeur, la personnalité des musiciens qui l’accompagnent dans ses expérimentations, les aléas du hasard et bien d’autres choses encore, Derome, récipiendaire du Prix Opus 2001 «Rayonnement à l’étranger», nous invite cette fois à une expédition (ou plutôt à deux) en canot-camping.

    Présenté à la Cinquième salle de la Place des Arts et produit par SuperMémé, Canot-camping, Expéditions 5 et 6 nous invite à partager un voyage à l’itinéraire imprévisible et soumis aux intempéries avec musiciens improvisateurs membres de l’Ensemble SuperMusique. Les 13 et 14 mars, Jean Derome et ses accompagnateurs parcourront un «réseau de pièces» appelé Canot-camping et que son créateur accepte (un peu malgré lui) de comparer à une courtepointe aux morceaux de dimensions variables. «Il s’agit en fait de plusieurs pièces reliées. Chacune est appelée par une série de gestes qui annoncent les éléments à venir, les sections libres ou la continuation d’une même action. Chaque fois que j’ai repris Canot-camping, l’itinéraire a été différent. Je fais moi-même du canot dans une immense réserve, le parc de La Vérendrye. Il est impossible de tout visiter en une fois. Dans nos expéditions musicales, le pourcentage d’improvisation est à peu près le même que dans un voyage. Ça permet de ne pas rester pris dans une pièce fermée (à comprendre dans les deux sens du terme…)».

    «Faire quelque chose d’aussi ouvert avec 11 instrumentistes n’est pas de tout repos, souligne Jean Derome. Il est difficile, lorsque la polyphonie devient très complexe, de suivre les mouveménts de chaque musicien. Dans un orchestre symphonique, les musiciens sont nombreux à jouer la même ligne. Ici, la grande complexité ne permet pas toujours d’analyser ce que les autres font. La pièce balise un peu le travail et façonne ce qui se passe». Pour ce faire, Derome et ses complices ont conçu un système de signes, inspirés à la fois du langage de l’improvisation et de celui des sourds-muets. Ce système compte maintenant plus de 60 signes. «Nous avons passé bien des répétitions à simplement apprendre les signes. Maintenant, je peux faire des choses assez intéressantes: m’adresser aux musiciens avec des consignes sur le temps, les pulsations, enfin des choses relativement précises. Ça n’est pas encore suffisamment précis à mon goût, mais nous continuons à développer le système pour qu’il s’accorde à nos besoins.»

    Dans ce contexte, Jean Derome assume plus que jamais le rôle de chef d’orchestre, tout en restant un des acteurs sonores importants de l’expédition. «En général, j’essaie de faire des choses qui se passent de chef, parce que j’accepte très difficilement de tourner le dos au public. Dans Canot-camping, je suis un des joueurs, mais je consacre aussi beaucoup de temps à donner les consignes aux autres musiciens.»

    Sa quatrième version est celle qui a le plus fait évoluer Canot-camping (après une première dans le cadre d’une Exposition de musique au Théâtre de la Chapelle, une deuxième, au Festival de musique actuelle de Victoriaville et une troisième, au Festival de jazz d’Ottawa). Canot-camping, Expédition 4, le 100e disque à paraître sous étiquette Ambiances Magnétiques, sera lancé dans le cadre des concerts Expéditions 5 et 6. «Nous avons accompli en studio un vrai travail de fond», précise Jean Derome, ce qui a fait considérablement évoluer notre musique. «C’est pour moi une approche beaucoup plus abstraite qu’avec les autres productions que j’ai réalisées: il y a eu une recherche profonde sur les textures, les rythmes, le côté aquatique des sonorités et du déroulement. Après Expédition 4, je voulais abandonner le projet. J’étais donc très content que SuperMémé veuille le produire.» Peu optimiste sur l’avenir de Canot-camping en tournée, Jean Derome, à nouveau très motivé par la nouvelle existence de la pièce, rêve maintenant de poursuivre le projet… sur disque. Alors, à bientôt, peut-être, pour d’autres expéditions sonores.

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