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  • Feu aimant dans PAN M 360

    «Critique», Michel Rondeau, PAN M 360, 1 mars 2020
    mercredi 4 mars 2020 Presse

    Ils sont quatre, que le hasard a fait se rencontrer. Ah! le pouvoir fédérateur de la musique! Il sont d’abord trois, aux claviers, aux synthés, à la boîte à rythmes et à la programmation, il y a Maxime Corbeil-Perron, à la basse Sylvain Gagné et aux guitares Simon Trottier. Depuis des années, en même temps que chacun suit sa voie (Simon fait notamment partie de Timber Timbre), leurs routes à tous trois se sont croisées à plusieurs reprises, l’un jouant avec l’autre, l’autre jouant avec l’un… Puis arrive à Montréal la vocaliste japonaise Maya Kuro. On l’entend dans le duo Rippleganger avec Rainer Wiens, dans la chorale Joker, puis un jour, fortuitement… De la même façon que leurs chemins se sont croisés, tout ce beau monde tisse ensemble des trames savamment texturées où les nappes sonores se chevauchent et pulsent et gonflent avec juste ce qu’il faut de tension pour les maintenir captivantes. Au-dessus il y a la voix de Maya qui plane. On ne comprend rien à ce qu’elle raconte, mais ça ne fait rien, elle est d’une musicalité, si suggestive par son caractère nippon un chouïa fripon qu’elle réussit à évoquer un ailleurs exotique indéfinissable où l’on est transporté. Et où l’on a envie de retourner.

    … tout ce beau monde tisse ensemble des trames savamment texturées où les nappes sonores se chevauchent et pulsent et gonflent avec juste ce qu’il faut de tension pour les maintenir captivantes.

    Solor dans The New York City Jazz Record

    «Review», Steven Loewy, The New York City Jazz Record, 1 mars 2020
    lundi 2 mars 2020 Presse
    Freedman, who has collaborated with a who’s who of free improvisation, from trombonist George Lewis to bassist Joëlle Léandre, focuses here on the singular essence of sound, exploring a wide variety of strategies to transform the rawness of being into a glorious tribute to the limits of musical experience while expressing primordial emotions.

    Feu aimant dans Mes enceintes font défaut

    «Critique», William Paulhus, Mes enceintes font défaut, 21 février 2020
    lundi 24 février 2020 Presse

    La meilleure musique est souvent celle qui nous emporte là où nous n’avions pas prévu aller. Malgré nos attentes, la réalité se trouve parfois à mille lieues de nos appréhensions. La rencontre inespérée entre quatre visages connus de la scène expérimentale montréalaise engendre une étonnante alchimie au sein du nouveau projet Siamois Synthesis. Voici une union dont la nécessité paraît de plus en plus évidente au gré des écoutes.

    Sur Feu aimant, nous errons librement dans des nappes nostalgiques qui nous enveloppent et nous secouent à leur guise. L’imposant bagage du quatuor aurait pu nous faire croire que nous allions avoir droit à quelque chose de survolté par moment, mais la retenue semble être le mot d’ordre et c’est elle qui permet aux compositions d’atteindre un degré de beauté stupéfiant. Prenons par exemple le colossal morceau d’ouverture qui nous donne l’impression d’assister à un mashup entre la guitare de Earth et les albums plus détendus de Boris. C’est justement autour de trois monolithes de près de dix minutes que la structure globale s’édifie, à notre plus grande satisfaction.

    La prodigieuse Maya Kuroki nous semble plus effacée contrairement à la plupart de ses autres projets comme Tamayugé ou Rippleganger, mais cette approche douce et harmonieuse sied parfaitement l’esprit de cette nouvelle formation. Les paroles intelligibles qu’elle nous transmet à la suite du segment frénétique dans Soleil nocturne forment certainement l’un des plus beaux moments musicaux de cette jeune année. Il ne faudrait toutefois pas oublier les trois autres architectes responsable de cette trame sonore aux multiples visages, soit Maxime Corbeil-Perron derrière les machines, Simon Trottier à la guitare et Sylvain Gagné à la basse. Si l’envie vous prend de vérifier si la chimie est aussi palpable lorsque le quatuor se réuni sur scène, le rendez-vous est le 25 février prochain à la Sala Rossa pour le lancement de cet album majestueux!

    La rencontre inespérée entre quatre visages connus de la scène expérimentale montréalaise engendre une étonnante alchimie au sein du nouveau projet Siamois Synthesis. Voici une union dont la nécessité paraît de plus en plus évidente au gré des écoutes.

    Quelques fictions dans Néomémoire

    «Critique», Normand Babin, Néomémoire, 12 février 2020
    lundi 17 février 2020 Presse

    Gabriel Dharmoo pratique l’humour en musique depuis un certain temps. Dans ce tout nouvel enregistrement, il présente sept pièces écrites entre 2009 et 2019, toutes pièces pour voix, toutes surfant à la frontière entre réalité et fiction, là où le compositeur se sent le plus à l’aise… Quand on connait un peu son parcours, on sait qu’il a étudié les musiques traditionnelles de plusieurs pays asiatiques et sud-asiatiques. Il a aussi appris des techniques vocales complexes comme celle du chant de gorge. Évidemment, il a aussi une vaste culture en musique occidentale classique que tout compositeur se doit d’avoir. Fort de toute cette richesse, de cet immense savoir, il compose des parodies, des pastiches qui sont si près de ce qu’on imagine parfois être la réalité, qu’on se surprend à cligner des… oreilles, tellement l’impression d’authenticité est frappante.

    Gabriel Dharmoo combine quelques techniques, quelques caractéristiques de certaines traditions musicales et en fait un habile mélange, créant ainsi une fausse nouvelle tradition. Prenons Vaai Irandu, la dernière piste de l’album, qui devrait peut-être être écoutée en premier tellement cette musique est séduisante. On semble entendre une basse statique, grave, nous donnant l’impression d’un chant tibétain, d’un ‘om’ de méditation. Mais la mélodie qui s’y rajoute explose et devient semblable à celle de la danse kathak, la musique dhrupad, une mélodie enlevée, vivante et virevoltante. Le très beau contraste entre les deux parties rend cette musique irrésistible. Avec une énergie toute différente, Notre meute, une des pièces les plus souvent jouées du compositeur, interprétée ici par son groupe vocal Phth (arrangez-vous pour le prononcer) emprunte à tellement de sources, recréé tellement de traditions, vraies ou fausses, que l’auditeur est véritablement dépaysé, dans le sens d’être dépourvu d’un pays, si cela se peut. Ça commence par ce qui semble un appel à la prière ou au rassemblement, un chant de muezzin remixé. Au cours des brèves 12 minutes que dure la pièce, on y entendra des chants funèbres, des pleurs, des chants grégoriens, du beat box, du chant gitan ou peut-être arménien, qui sait? du vent, du chant à bouche fermée. Quand je dis qu’on y entend, il faudrait plutôt dire qu’on y ressent, qu’on a l’étrange impression d’avoir déjà entendu tout ça mais toujours par petits bouts, dans d’autres contextes. Un peu comme si il s’agissait d’une collection de citations vocales. Ravigotante musique, on y entend aussi un opéra de poche, un drame s’y passe. Parce qu’après tout, il y a souvent dans la musique vocale, presque toujours en fait, une histoire, un récit. Comme ce récit est en langue inventée, chacun peut à loisir interpréter à sa guise les détails de l’histoire racontée.

    Alors qu’il pastiche des traditions imaginées, Gabriel Dharmoo fait aussi partie d’une certaine tradition: celle des poètes et compositeurs qui ont inventés des langues, forgés des mots nouveaux. Dans cette lignée, on compte aussi Claude Gauvreau et Claude Vivier qui ont, chacun à leur façon, créé une œuvre fleurie où la langue est inventée et poétique. Gabriel Dharmoo amène le concept un peu plus loin en nous faisant croire que cette langue existe vraiment. Tellement bien calquée sur de véritables langages qu’elle devient crédible. Pour rendre cette œuvre de façon aussi convaincante, qui de mieux que le compositeur lui-même pour l’interpréter. Il est à l’avant plan ou en solo dans toutes les pièces de l’album. Il est même son propre duettiste dans l’amusant Duo de Moogeon. En tout l’interprétation est impeccable et vive avec une prise de son qui rend bien l’intense présence des voix. Parce qu’il y croit profondément, chaque son, chaque note, chaque syllabe nous convainc. Que ce soit le bruit de la pluie, du vent, que ce soit un chant funèbre, on y croit sans retenue et on écoute avec fascination. Le compositeur pratiquerait donc l’humour en musique, mais quand allons nous rire? Après. Seulement lorsqu’on se rendra compte qu’il nous a bien eu. Et à tout coup, il nous aura.

    Pour rendre cette œuvre de façon aussi convaincante, qui de mieux que le compositeur lui-même pour l’interpréter. […] En tout l’interprétation est impeccable et vive avec une prise de son qui rend bien l’intense présence des voix.
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