Sans doute, Joëlle Léandre n’a-t-elle pas assez de partenaires illustres, il faut encore qu’elle en révèle: Quentin Sirjacq, ici, jeune pianiste de ses étudiants, avec lequel elle enregistrait récemment Out of Nowhere. Son improvisation, Léandre l’estime alors auprès d’un apprenti en discrétion: suite d’accords pas loin d’être imperceptibles (Ruin) et progressions faussement hésitantes, qui révèlent le goût de Sirjacq pour quelques maîtres classiques (Morton Feldman, plusieurs fois; Erik Satie, sur Hallucinations). Un art de la mesure — quand le pianiste ne se laisse pas emporter par un lyrisme plus entendu — auquel la contrebassiste oppose un archet grainçant, une récréation percussive (Fragment 2) ou un romantisme noir (The Call). De lignes de fuite (Léandre) en points de chute ou de suspension (Sirjacq), Out of Nowhere fait alors son lot de l’instant, autour duquel il pourra longtemps tourner.