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Billet

Dream of Heat dans Sonograma Magazine

«Crítica», Núria Serra, Sonograma Magazine, 28 février 2026
samedi 28 mars 2026 Presse

Certaines œuvres cherchent à remplir l’espace, d’autres à l’écouter. Dream of Heat («Rêve de chaleur»), un cycle de six pièces, appartient clairement à cette dernière catégorie: c’est une œuvre née du silence, de la distance et du besoin de communiquer par le son lorsque le contact physique est limité. Le duo formé par Ida Toninato et Jennifer Thiessen, déjà bien établi après des années de complicité musicale, fait ici un pas décisif vers un langage plus large et plus ambigu que dans leurs œuvres précédentes.

Toninato a construit une grande partie de son identité artistique en travaillant avec des espaces réverbérants et la dimension presque rituelle de l’acte d’écoute. Dans ses projets précédents, souvent enregistrés dans des cadres architecturaux distinctifs, le son n’est pas seulement un matériau musical, mais une présence physique. Cette sensibilité est clairement perceptible dans Dream of Heat: chaque souffle du saxophone semble mesuré, chaque résonance porte un poids émotionnel. Thiessen, quant à elle, vient d’un univers qui combine musique contemporaine, improvisation et répertoire historique pour alto et viole d’amour. Son écriture et son jeu ont une qualité narrative, façonnée par une texture et une direction expressives. Ici, l’alto devient un fil qui assemble les couches sonores avec une délicatesse constante.

L’album est né de la rencontre de ces deux artistes et, en partie, de l’échange de «cartes postales sonores» pendant le confinement hivernal de 2021. C’est là qu’intervient la figure de Jason Sharp. Ses synthétiseurs élargissent le champ harmonique et spatial du duo. L’électronique agit comme un brouillard: elle brouille les contours, relie les couches et crée de la profondeur. Grâce à cela, l’album fait un bond en avant par rapport au caractère plus strictement acoustique de leur premier opus.

De même, la voix est un autre élément clé. Les interventions parlées et chantées — en français et en anglais — transforment les morceaux en une sorte de chanson abstraite. Ce dispositif apporte fragilité et intimité.

Les œuvres s’articulent autour du cycle hivernal de la mort et de la renaissance. Ce qui nous est présenté est une métaphore traduite en processus sonores. Des sons qui s’évanouissent, d’autres qui réapparaissent transformés, des couches qui germent lentement dans une mer de résonances et d’ombres harmoniques, où chaque vibration semble laisser une trace et un souvenir.

La musique se déploie comme un processus presque géologique, dans lequel chaque couche sonore révèle une petite mutation de ce que nous avons déjà entendu, mais jamais exactement la même chose. C’est dans ce jeu de persistances et de disparitions que Dream of Heat trouve sa force poétique.

La musique se déploie comme un processus presque géologique, dans lequel chaque couche sonore révèle une petite mutation de ce que nous avons déjà entendu, mais jamais exactement la même chose. C’est dans ce jeu de persistances et de disparitions que Dream of Heat trouve sa force poétique.