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Billet

Je suis calme et enragé·e dans Trybuna Muzyki Spontanicznej

«Recenzje», Trybuna Muzyki Spontanicznej, 9 mai 2025
mardi 13 mai 2025 Presse

Après un album solo et deux quatuors, voici venu le temps d’un grand line-up, ici douze pour être exact, issus de deux formations. Il y a bien sûr aussi un compositeur, inspiré ici par des poèmes très contemporains. Et impossible de ne pas donner les crédits de l’album. Je suis calme et enragé·e est une pièce transdisciplinaire qui commence par ces mots de Roxane Desjardins. Ce projet ambitieux que vulnérable et donnant à entendre six tableaux sonores — partitions musicales visuelles composées par Nour Symon — pour autant de poèmes explorant des positions de détresse et de vertige par rapport à l’Histoire, à l’ampleur de l’humanité, aux désastres écologiques qui se profilent.

L’œuvre méta-opéra, entièrement monumentale, s’ouvre sur une polyphonie équilibrée mais déjà très expressive, étayée par une narration de cordes en sourdine. L’électronique règne en arrière-plan, créant une tension, posant des questions, inspirant parfois. Ce récit dense et nerveux n’est cependant pas dépourvu d’une note de rêverie mystérieuse. Le deuxième mouvement est d’abord une sorte d’étirement musculaire paresseux — le flux instrumental-vocal semble s’écouler un peu plus haut. Il gagne rapidement en puissance et explose avec la force d’un orchestre de free-jazz. Au premier plan, cependant, se trouve le narrateur, qui distribue les rôles et fait respecter les engagements d’une voix ferme. Le troisième mouvement devient définitivement nerveux: cris, salves instrumentales, rythmes brisés et tordus, hauts d’opéra et bas décadents.

Le début du quatrième poème est tissé de bagatelles instrumentales. La trompette, la flûte et les cordes ont toutes leur rôle à jouer. Ce n’est qu’à la cinquième minute qu’apparaît une meute de chanteurs malicieux qui commence à faire des ravages considérables. C’est l’équipage ivre d’un navire balayé par les vagues qui commence à faire la fête. Le tout ressemble à une improvisation… libre bien définie. Le point culminant est aussi mélodique et post-baroque que râpeux et strident. La cinquième histoire est tantôt une prière, tantôt une méditation étudiée, elle suinte la mélodie et la crasse. Le narrateur joue volontiers son rôle important, bien que tout le monde ici puisse crier, chanter et sentir l’odeur d’un voyage partagé. L’histoire se construit efficacement et se transforme en un carambolage presque free-jazz. Le début du dernier poème est un bourdon — vocal, à cordes et soutenu par des harmoniques anxieuses. L’histoire se transforme assez rapidement en une polyphonie théâtrale et nerveuse, qui reste refroidie dans la couche instrumentale, bien qu’imprégnée de rythmes mystérieux. La méditation berçante rencontre finalement un chœur de fous furieux, réfugiés d’un opéra en flammes. Ce sommet vocal implique une plus grande activité de la part des instrumentistes. Le final de cette interprétation frénétique est libre, expressif, joué avec un ensemble complet, avec des voix qui, sur la dernière ligne droite, semblent céder le terrain à la sphère instrumentale.

… entièrement monumentale… récit dense et nerveux…