Je suis calme et enragé·e dans Trybuna Muzyki Spontanicznej
Après un album solo et deux quatuors, voici venu le temps d’un grand line-up, ici douze pour être exact, issus de deux formations. Il y a bien sûr aussi un compositeur, inspiré ici par des poèmes très contemporains. Et impossible de ne pas donner les crédits de l’album.
L’œuvre méta-opéra, entièrement monumentale, s’ouvre sur une polyphonie équilibrée mais déjà très expressive, étayée par une narration de cordes en sourdine. L’électronique règne en arrière-plan, créant une tension, posant des questions, inspirant parfois. Ce récit dense et nerveux n’est cependant pas dépourvu d’une note de rêverie mystérieuse. Le deuxième mouvement est d’abord une sorte d’étirement musculaire paresseux — le flux instrumental-vocal semble s’écouler un peu plus haut. Il gagne rapidement en puissance et explose avec la force d’un orchestre de free-jazz. Au premier plan, cependant, se trouve le narrateur, qui distribue les rôles et fait respecter les engagements d’une voix ferme. Le troisième mouvement devient définitivement nerveux
Le début du quatrième poème est tissé de bagatelles instrumentales. La trompette, la flûte et les cordes ont toutes leur rôle à jouer. Ce n’est qu’à la cinquième minute qu’apparaît une meute de chanteurs malicieux qui commence à faire des ravages considérables. C’est l’équipage ivre d’un navire balayé par les vagues qui commence à faire la fête. Le tout ressemble à une improvisation… libre bien définie. Le point culminant est aussi mélodique et post-baroque que râpeux et strident. La cinquième histoire est tantôt une prière, tantôt une méditation étudiée, elle suinte la mélodie et la crasse. Le narrateur joue volontiers son rôle important, bien que tout le monde ici puisse crier, chanter et sentir l’odeur d’un voyage partagé. L’histoire se construit efficacement et se transforme en un carambolage presque free-jazz. Le début du dernier poème est un bourdon — vocal, à cordes et soutenu par des harmoniques anxieuses. L’histoire se transforme assez rapidement en une polyphonie théâtrale et nerveuse, qui reste refroidie dans la couche instrumentale, bien qu’imprégnée de rythmes mystérieux. La méditation berçante rencontre finalement un chœur de fous furieux, réfugiés d’un opéra en flammes. Ce sommet vocal implique une plus grande activité de la part des instrumentistes. Le final de cette interprétation frénétique est libre, expressif, joué avec un ensemble complet, avec des voix qui, sur la dernière ligne droite, semblent céder le terrain à la sphère instrumentale.

