Éliane Radigue fait également partie des fondateurs du mouvement musical que l’on nomme souvent minimalisme, bien que tous les compositeurs ne soient pas d’accord avec cette étiquette. Elle a commencé par l’électronique, mais depuis quelques années, elle se consacre presque entièrement à la composition pour instruments acoustiques. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur trois pièces récentes, interprétées par les musiciens pour lesquels elles ont été écrites. Le Quatuor Bozzini a publié un enregistrement d’”Occam Delta XV” sur son propre label; l’Ensemble Dedalus a enregistré “Occam Hepta I” et Ryoko Akama joue “Occam XX” au synthétiseur. Ce deuxième album a été publié par Montaigne Noire.
Plus encore que les autres compositeurs que nous comptons dans ce mouvement, Radigue semble s’intéresser à l’essence du son. La musique de La Monte Young s’en rapproche le plus. Il se peut donc que dans ce ’Occam Delta XV’, qui totalise plus d’une heure de musique, nous trouvions remarquablement peu de variations. Radigue se préoccupe davantage de la cohérence du son entre les différents instruments du quatuor à cordes. Parfois, ces sons sont un peu plus éloignés les uns des autres et une stratification apparaît, mais il y a aussi régulièrement un bourdonnement assez régulier. Il s’agit donc d’une musique qui manque de progression, ce qui est d’ailleurs le cas de beaucoup de musique dans ce mouvement, mais Radigue va un peu plus loin que beaucoup d’autres. Cependant, cela ne signifie pas que la musique est statique; il y a beaucoup de choses qui se passent pour ceux qui ont l’oreille. D’ailleurs, le fait que cet album contienne deux enregistrements de l’œuvre, qui, malgré ce manque de variété, sonnent très différemment, en est la preuve.