Simoneda, reine des esclaves, Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Parachute
Ce collectif entièrement féminin a édité deux disques avec un personnel un peu différent. Un autre album du trio Les Poules regroupe, de fait, trois des quatre membres de l’actuel Wondeur Brass et peut donc presque être considéré comme une troisième réalisation du même groupe.
Il y a toute une histoire fascinante du jazz au féminin qui est de mieux en mieux documentée depuis le début des années soixante-dix, à l’échelle internationale. Montréal possède aussi son histoire du jazz au féminin, de Jane Fair autrefois à Lorraine Desmarais aujourd’hui. Le récent festival international des musiciennes innovatrices en constitue l’un de ses jalons récents les plus prestigieux (orchestré par Wondeur Brass -Productions Super Mémé).
En tant que collectif féminin, ce groupe cependant reste unique dans la métropole actuelle. Il s’agit de Joane Hetu au saxophone, Diane Labrosse aux claviers, Marie Trudeau à la basse électrique et Danielle Palardy Roger à la batterie. Le jazz new wave que pratique Wondeur Brass s’appuie beaucoup sur les textes lui aussi, sur la voix donc, prolongeant peut-être ainsi, à sa manière, les porte-paroles féminins engagés d’antan, de Marie Savard avec Pierre Leduc ou Louise Forestier avec le quatuor de jazz libre du Québec à d’autres grands noms de l’extérieur, tels Brigitte Fontaine, Irène Aebi, Colette Magny et d’autres (pour la séduction moqueuse, la remise en question des valeurs établies, une certaine fascination pour l’interdit, l’expression d’un cri poétique contestataire, ludique, désinvolte)
Tel ce métronome inspiré de Man Ray qui orne la pochette de leur dernier disque, la musique de Wondeur Brass oscille entre la chanson trouble, inquiète, fendue, et une affirmation plus vitale ou extravertie de soi, où, l’humour, un certain dadaïsme post industriel côtoient l’insolite, le plaidoyer, les jeux de mots, un érotisme latent, etc. Ce jazz de fusion électroacoustique un peu gauche parfois, inachevé, désespéré/lucide, exprime donc tout autant un malaise, une difficulté d’être qu’une liberté reconquise dans l’action, via l’improvisation, le jeu libre, spontané.
Le premier album du groupe avec entre autres, la présence d’une tromboniste avait une couleur plus jazz et fort attrayante (cf.
(Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans SOCAN — Le Milieu
On dit du quatuor qu’il est l’avant garde québécoise. Wondeur Brass comptait à ses débuts neuf musiciennes et chanteuses. Au fil du temps leur nombre a diminué passant de neuf à sept puis six, puis cinq. Maintenant elles sont quatre et le quatuor s’appelle désormais Justine. Les quatre acharnées sont Joane Hétu, sax alto, Diane Labrosse, claviers, Danielle Palardy Roger, batterie et Marie Trudeau, basse électrique. On dit d’elles qu’elles sont l’avant-garde québécoise. Tout récemment, sous leur nouveau nom, elles lançaient un quatrième album, Justine (Suite), sur étiquette Ambiances magnétiques.
Justine, c’est d’abord de la musique actuelle. Vaste définition qui englobe les courants de la musique jazz, rock, punk, alternative et musique improvisée. Le changement de nom vient du fait que ne comptant plus qu’une saxophoniste au sein de la formation l’appellation de Wondeur Brass ne convenait plus tellement.
Un chroniqueur a décrit leur cheminement musical de la sorte
Mais jouer n’est qu’une facette du métier, et afin de mieux diffuser la musique actuelle, elles ont fondé leur maison de production, Super-Mémé, et sont membres-productrices de l’étiquette Ambiances magnétiques, qui compte dans son catalogue des artistes comme Jean Derome, René Lussier et André Duchesne.
Avec le disque, Justine a composé un spectacle revampé de fond en comble qui conserve la même énergie à laquelle nous avait habitués Wondeur Brass. Joane, Diane, Danielle et Marie ont choisi de ne pas passer inaperçues.
(Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Le Musicien québécois
Montréal ne serait pas Montréal sans l’effervescence des artisans de la musique actuelle qui sont de mieux en mieux organisés, de plus en plus connus et de plus en plus persuadés que l’originalité attise les muses.
Quatre musiciennes de ce milieu viennent de lancer le groupe Justine, qui, sous un prénom presque sage, emprunte un parcours inédit. Ce quatuor féminin regroupe Joane Hétu, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger et Marie Trudeau, qui naviguaient naguère sous le nom de Wondeur Brass. Mais, comme il ne reste plus qu’une saxophoniste parmi elles et que le soutien-gorge n’a plus la valeur symbolique qu’il avait, leur nouveau nom rompt la continuité, pour annoncer une musique déjà plus synthétique, tournée encore plus résolument vers un éclectisme rayonnant.
Ces femmes le disent
Dimension sonore Dimension ludique
Justine, sous certains aspects, relève du fabuleux. Et, lors des spectacles qui ont suivi le lancement du disque, on sentait chez les quatre musiciennes une connivence qui tient d’un conciliabule de fées, réunies là pour conjurer, pour créer une dimension sonore ou ludique qu’elles ont conçue expressément pour qu’elle leur échappe. Il s’agit bien d’un monde sans recettes connues, où le regard est lucide et l’avenir affronté sans détour. On a, pour seul guide, un plaisir à saisir, un plaisir à double tranchant, qui séduit un instant pour aussitôt décontenancer.
La mesure d’une belle démesure
S’il fallait les décrire en groupe, assises dans un salon du Plateau Mont-Royal, on n’aurait jamais la mesure de leur belle démesure, parce qu’elles ont la simplicité des gens qui innovent, sans chercher à se rallier au son radiophonique, et dont la carrière est bâtie sur une grande et singulière part d’incertitude. Mais elles ne forment certainement pas un groupe hétéroclite. La plupart d’entre elles jouent ensemble depuis des lustres.
Danielle Roger, quand elle n’est pas à la batterie, est sans doute la plus intellectuelle du quatuor et articule ses pensées avec facilité, à l’aise dans l’abstraction. En musique, elle parle en rythmes, cherche sans cesse à les briser, à les triturer, à les dérouter, et s’amuse follement à dépenser des centaines de calories sur scène. Son énergie est au moins égale à celle de Joane Hétu, la saxophoniste, qui illustre le mieux l’individualité de chacune d’entre elles et qui a, depuis longtemps, pris le parti de la dissonance. Elle a une voix de prêtresse sombre, une voix de l’inconscient, qui donne des frissons dans L’intelligence du cœur.
Diane Labrosse, aux claviers, a un faible pour l’harmonie, et sa féminité bien assise en fait la voix idéale de tout ce qui est évocateur dans la douceur. Si la voix de Danielle Roger joue avec un comique désopilant la candeur et sait parfois l’étirer jusqu’à frôler l’hystérie, celle de Diane Labrosse a une qualité publique de speakerine officielle ou d’observatrice plus détachée
Attention
Difficile à décortiquer
Le nouveau départ avec Justine s’accompagne d’accessoires de haute technologie, tels que les synthétiseurs dont se servent Joane Hétu et Danielle Roger. Mais comme Wondeur fut naguère composé de musiciennes de rue, le groupe n’a rien perdu de ce qu’il a d’organique et de spontané sur scène.
Justine se trouve actuellement aux confins de la musique populaire, d’où le groupe tire son origine, tout près de la frontière de la musique contemporaine C’est presque un nomands land qu’elles occupent, ces bohémiennes de plus en plus disciplinées. Elles comptent se forcer à prendre des vacances, cet été, et remonter sur scène en automne. D’ici là, on peut entendre le justinien moderne (c’est presque une langue) sur cassette ou sur disque compact et se ventiler les oreilles avec quelque chose d’inédit.
(Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Le Devoir
Justine, vertueuse comme l’héroïne de Sade ou passionnée comme celle de Durrell est désormais le nom des quatre
De nos jours, il faut être un peu vertueux pour oser s’aventurer sur une voie musicale pareille et terriblement passionné pour continuer un tel combat. Justine bâtit un répertoire improvisé ou structuré que l’on entend seulement à la radio communautaire ou bien dans les festivals de musique actuelle ici ou à l’étranger. Autrement dit, les filles de Justine (Joane Hétu, sax alto et synthétiseur
D’autant plus confidentielle que leur dernier album, Justine (Suite) sur l’étiquette Ambiances magnétiques, est diffusé à 2000 exemplaires, cassettes et disques compacts confondus. Aussi bien dire une goutte d’eau infiltrée dans l’industrie du disque.
Mais le but des musiciennes est d’explorer sans concession un monde sonore syncopé, arythmique ou bien mélodieux, étudié et vibrant. Chacune compose la musique, trouve les thèmes, fait les arrangements et chante.
Revenons au début de la décennie
La suite des choses prit la forme de l’album actuel dans la foulée de Wondeur Brass et compagnie. Une Suite composée de
Le quatuor esquisse des idées musicales, aborde divers sujets, fait mine de se perdre dans les méandres sonores ou sémantiques. Justine ne fait pourtant rien de plus qu’illustrer la vıe dans sa complexité même. L’album annonce la fin de siècle par des titres fracassants
Ça revêt aussi des accents de Meredith Monk (la voix poignante de Diane Labrosse), de Laurie Anderson (le synthétiseur affolé de Danielle Roger), de John Zorn (le saxophone sec de Joane Hétu), de Fred Frith (la basse
Les voix des musiciennes s’emballent aussi de manière rythmique mélodique ou percutante. Des quatre, c’est Diane Labrosse qui possède l’étoffe d’une chanteuse
Justine étonne par sa musique synthétique fort rigoureuse. Quelque temps avant la sortie de leur album, Hétu, Labrosse, Roger et Trudeau ont retravaillé systématiquement le mixage à l’aide de Robert Langlois.
Précisément quand Justine (Suite) amorce sa carrière japonaıse
(Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Radioactivité
Puisque la musique d’aujourd’hui subit inévitablement les rouages d’une véritable industrie, tout ce qui s’éloigne de ses structures est automatiquement taxé d’alternatif, d’avant-gardiste. Ainsi, parce qu’elles se sont toujours éloignées des modes, les quatre filles de Justine n’ont donc jamais reçues de diffusion équitable pour leur matériel. Leur seule issue à toujours été d’aller jouer à l’étranger. Ce qu’elles ont d’ailleurs fait régulièrement pendant les dix ans de l’aventure de Wondeur Brass. Maintenant avec une toute nouvelle entité musicale, et un premier disque sous ce nom, les quatre super-mémés de Justine comptent bien créer une nouvelle brèche dans notre paresse auditive…
D’emblée, Joane Hétu m’avouera qu’elle et ses comparses de Justine n’ont pas l’intention de changer leur démarche musicale pour connaître plus de succès au Québec
Ainsi, la volonté d’explorer de nouvelles avenues musicales est très manifeste chez les quatre filles de Justine. Elles ne s’embarassent nullement de savoir si oui ou non, leur musique peut s’inscrire dans le circuit normal de la diffusion de la chanson québécoise. Elle comprennent très bien que dans leur cas, ce n’est pas ce qu’il faut qu’elles visent. qu’elles n’y parviendront pas tant et aussi longtemps qu’il ne s’opérera pas un changement drastique dans l’environnement sonore du Québec
C’est ce que le public pourra constater cette semaine, alors que Justine effectuera le lancement de son nouvel album au Bar Théâtre Les Loges à Montréal, mardi (29 mai). Par la suite, les quatre musiciennes nous donneront un aperçu de leur nouvelle entité en spectacle, alors qu’elles se produiront sur la même scène les 30 et 31 mai, ainsi que les 1 et 2 juin. Pour ceux et celles qui recherchent l’inusité et qui n’en ont que pour tes innovations, c’est sûrement un spectacle à ne pas rater. Comme pour tous les autres aussi
(Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Montreal Mirror
Never let it be said that the members of Justine aren’t prepared to improvise at the drop of a hat. When it seemed impossible to tape our chat because the erase lugon the cassette tape of awful corporate rock we were taping over had been punched out, keyboardist Diane Labrosse came to the rescue. She produced a band-aid.
The four members of Justine —Labrosse, saxophonist Joane Hetu, bassist Marie Trudeau, and drummer Danielle Palardy Roger — have never been reticent to try something new, either in studio or in concert. In their ten-year slint as Wondeur Brass and its hipper, more impulsive sister, Les Poules, their brazen, fresh collages of mood, style, and song helped set the standard for Québec’s new music movement, musique actuelle.
Now, as Justine, the Montréal quartet have shorn themselves of the “brass” (a lone saxophone remains) and started a new. Justine is about to unveil a new project thal both destroys the peception of a “woman’s group” as an albatross and creates breathtaking new musical possibilities in a brave new genre whose absence of borders can be just as problematic as limitations. Soon Justine will reap the harvest of a year’s work, but be careful. Justine’s musical blossoms are no ordinary flowers—they’re mone like fleurs carnivores.
By any other name
“When we started working on this new music, this new project, we knew that we were going to produce it under a new name.” says Labrosse. “We wanted to have a whole new repertoire of fresh air, liberated from the old Wondeur Brass. “
We’re sitting in a casse-croute around the corner from Justine’s east-end practice space, a cramped basement studio shared with Jean Derome, Pierre Tanguay, and “Serge l’Accordéoniste,” a mysterious figure no one ever sees. Outside, Masson street serves as a drag sirip— a praclise space for bikers.
But a rose by any other name is just a flower. Just how different will Justine he from the old Wondeur Brass
“Musically we wanted to integrate more electronics,”says keyboardist Labrosse. “It’s almost a cross between what Wondeur Brass used to do and what Les Poules did. Wonder Brass went into the studio very much prepared, very much structured, and Les Poules did a lot of improvising. So we wrote the music—themes, arrangements. And then we went in the studio. We recorded some material, changed it around and shaped it more through improvising. So it’s a bit of a blend. And that’s what makes our new sound. “
“We used the studio and the recordig process—montage, cuting, and editing— as if it was another musical instrument,” says drummer Roger, as another Harley rips up the street. “We literalIy transformed our sound in the studio. It was the first time it took close to a whole year to record an album. It gave us time to reflect and to let the music become much, much more intricate. Not that the other albums aren’t intricate, but Justine is more so. “
Roger admits that dwindling finances curlailed this luxurious fine-tuning. “It’s always a question of money, and we had to decide it was finished. But this record is just one step in the direction of this music, and we are still continuing that direction,” says Roger. “In Les Poules we were always in the process of re-evaluating the evolution of our music. So, yes the record is done, but our music is far from finished. “
Listening to Justine is like getting a free ticket to an old amusement park once run by Carla Bley, ravaged by Alben Ayler, and rebuilt by John Zorn. Every kind of music ever made by humankind is in here, plundered, sifted, gutted, rearranged, then stitched and carefully glued into place.
The funhouse starts with Le monstre, an odd Noh-style cabaret with a strong sense of dynamics. The tunes that follow pulse with a moody, see-saw organ or twitch with herkyjerky calliopes reminiscent of Bley. Most have swift, abrupt changes in mood, tempo, and musical style, going from rippling keyboard runs to free saxophone squalls. Some songs, like the double blast of J’ai perdu le temps and J’ai perdu le sommeil, throw away the boundaries altogether.
“It is going a step further,” says Labrosse. We usually switch around our music very fast, but this time we’re pushing it even further. But then again, we’ve never produced anything that’s easy to listen to, that you can put on and have dinner at the same time.
“We based ourselves from the beginning on the classical suite, which has different movements. And we wanted to build the record this way, with different movements within the tracks. The whole record isn’t one piece as such, unless you look at it as one piece with very different moods and colours and textures.”
The sound of the female voice figures prominently on Justine, but not just in song. Justine uses its four voices percussively, rhythmically, and melodically. On L’Intelligence du coeur, massed or disembodied radio voices seep through the savage, free jazz keyboard bluns. Elsewhere they shriek, whisper, caress, laugh, and yelp. “We always said that we were not authentic golden voices with pristine range,” says Labrosse. “We’ve always integrated the voice as another instrument. This is why everyone sings
Justine also enlisted the aid of New York’s resident electric harpist, Zeena Parkins, as well as Tenko Ueno, the Japanese queen of onomatopoeic jazz and member of Mizutama Shobodan —The Polka Dot Fire Brigade. ‘ We found definite similarities in the energy, and in their way of working,” says Labrosse. We all seem to have a craft in sounds,” adds Roger.
Musical gender
The stunning complexity of the new release may free Justine from the strictures irilposed by a society that emphasizes genderover musicianship. “That’s changed primarily in our own minds,” says Labrosse. “At some point you stop focusing on gender, and in the last years we focused on the fact that we are musicians. Of course the rest of us comes along, like everyone’s personality comes into your work. That in itself is a fresh perspective. We don’t need to spell it out. “
Roger concurs. “More and more our collaborations, whether within Justine or with others, are approached on a musical level, and everyone has to pull their weight. “
As for the mysterious new name, it doesn’t come from anywhere in panicular. Roger does offer this explanation


