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René Lussier

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  • Dur Noyau Dur, René Lussier dans Le Devoir

    «L’homme de chantiers; René Lussier est la cheville ouvrière de l’improvisation», Serge Truffaut, Le Devoir, 16 mai 1998
    samedi 16 mai 1998 Presse

    René Lussier est peut-être bien un homme de chantiers. Depuis des lunes, en fait depuis vingt-cinq ans, il construit. Il échafaude, il édifie, il maçonne. Il travaille beaucoup, énormément et toujours avec conviction. Probablement que des chantiers, musicaux s’entend, il est l’architecte. René Lussier est certainement un architecte des sons.

    Signe des temps, à dire vrai de son temps, son agenda de travail est chargé. Tenez, la semaine qui s’achève a commencé par un spectacle, en compagnie de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), au Palais Montcalm. Le lendemain, Lussier lançait un compact intitulé Chronique d’un génocide annoncé. On aura deviné qu’il s’agit là de la musique du film réalisé par Danièle Lacourse et Yvan Patry.

    Les grands explorateurs

    Demain à 13h, demain au Festival international de musique actuelle à Victoriaville, ce guitariste, compositeur, improvisateur se produira en solo. Un peu avant ou un peu après, il lancera deux albums qu’il a réalisés avec le batteur Pierre Tanguay. Les titres? La Vie qui bat? chèvre et La Vie qui bat? chevreuil. Antérieurement à tout cela, mais récemment, il a lancé un album confectionné avec Martin Tétreault aux tables tournantes, pick-up et radio. C’est pas fini.

    Le 29 mai, dans le cadre de l’émission Les Décrocheurs d’étoiles à Radio-Canada, sera diffusé un long collage poésie-musique que Lussier a concocté avec le poète franco-ontarien Patrice Desbiens, qui incidemment fut le sujet de notre entrevue du lundi; du dernier lundi. Puis, le 20 juin, en compagnie de Pierre Tanguay et du chanteur Fred Fortin, ce sera le show Gros Mené. Un show de chansons et rock sauvage. Ensuite, ce sera une série de trois concerts de musique improvisée au Musée d’art contemporain.

    Soyons un instant comptable. Faisons les comptes comme les additions. René Lussier, c’est 20 albums parus sous son nom; 24 participations aux albums des autres; 55 musiques pour des courts métrages ou des documentaires, et enfin six compositions commandées par la SMCQ, Tim Brady, etc. Bref, l’inventaire de ce qu’a accompli ce musicien de 41 ans en impose.

    Ce souci ou cette éthique du travail que Lussier cultive constamment avec humour est probablement la conséquence ou l’antidote à ce constat qui est sien: «Il est évident que le showbiz n’a pas été fait pour notre musique. Chaque note qu’on joue est contre la musique commerciale.»

    Lorsqu’il emploie le «nous», il parle de lui et de Martin Tétreault, de Pierre Tanguay et de Jean Derome, de Robert Marcel Lepage, de Tom Walsh, de Joae Hétu… Bref, il parle de toute la bande qui a formé et tient à bout de bras depuis une vingtaine d’années l’étiquette Ambiances Magnétiques.

    Il parle d’eux, tous ces musiciens montréalais, mais aussi de Fred Frith, de Evan Parker, d’Eugene Chadbourne, de Hans Reichel, de Derek Bailey, de Marilyn Crispell… soit tous ces musiciens ou artistes européens comme américains qui préfèrent explorer des territoires inconnus plutôt que les territoires des lieux communs, des poncifs. Entre eux comme entre ces continents, ils se connaissent et se fréquentent régulièrement.

    Dur noyau duret les autres

    Dur noyau dur, c’est le titre de l’album qu’il vient de signer avec Martin Tétreault. C’est un disque fait de sculptures sonores. C’est Lussier à la guitare électrique et Tétreault aux tables tournantes, pick-up et radio. C’est surtout «le goût de faire une musique ayant une charge électrique. Une chose ayant de la puissance et aucune censure». Dur noyau dur, c’est un long écho musical «à une phrase de Claude Gauvreau: n’ayons pas peur du bizarre échevelé».

    Dur noyau dur, c’est également des titres en dur. C’est Azur, Bouture, Brûlure, Cyanure, Dictature, Emmanchure, Engelure, Enrayure, Fioriture, Froidure, Gravure, Jointure, Luxure, Manufacture, Mercure, Nervure, Obscur, Parjure, Revoyure, Sciure, Sculpture et Sépulture. Dur noyau dur se compose des chapitres de… n’importe quelle vie.

    Il échafaude, il édifie, il maçonne. Il travaille beaucoup, énormément et toujours avec conviction.

    Le retour des Granules, Jean Derome, Les Granules, René Lussier dans La Presse

    «Les granules de Lussier et Derome», Alain Brunet, La Presse, 8 novembre 1997
    samedi 8 novembre 1997 Presse

    On les voit partout. Sur les petites scènes des musiques insituabies, Derome et Lussier sont omniprésents par les temps qui courent. La communauté des improvisaleurs-compositeurs iconoclastes est pourtant restreinte à Montréal, mais elle lance pourtant disque par dessus disque, elle s’immisce progressivement sur la scène internationale. offrant un produit vraisemblablement concurrentiel a toute tentative nord-americaine ou européenne du méme genre. Le dernier chapitre? Le retour des Granules!

    À l’intérieur de la pochette de ce douzieme produit Ambiiances Magnétiques (en moins de quatre ans; voilà ce qu’on appelle un label indépendant tout à fait dynamique!), il y a un texte qui décortique avec talent les proprietés du sable (signé Jacques Brosse. tiré de son livre intitule L’ordre des-choses). Le sable. pour faire le lien avec le concept de granules, les granules pour parler de ces petites particules qui s’immiscent dans la grande mécanique, la grande mécanique pour parler evidemment de l’ordre en place dans le monde musical.

    Bienfaisantes ou malfaisantes granules? À vous de choisir. Le lien devient évident: peu de moyens pour bousculer l’ordre sonore, mais quelques granules qui foutent le bordel dans le conformisme musical. Derome et Lussier y chantent même des textes qui font état de leurs visions du monde. Visions pour le moins critiques, qui ramènent la perspective d’un chant engagé. Démodé? Alors U2 est démode, Springsteen, Sting, Anne Clark, Rivard le sont aussi.

    Au lancement du disque mardi dernier, j’ai pu voir un échantillon significatif de ce que Derome et Lussier peuvent faire valoir en direct. en temps reel. Percussions et guitare pour Lussier, saxophone, flûte et claviers pour Derome, chant et multiples cossins supplémentaires pour les deux. Des multi-instrumentistes qui reproduisent une bonne portion de ce qu’on peut entendre sur disque.

    Surprenant. car Le retour des granules est foncièrement un travail de studio, où les pistes d’instruments se superposent intelligemment. Un disque où la recherche des rythmes, des textures et des orchestrations s’avère tres dense. Pour le moins unique. Les cris se mélent aux lampées d’instruments à vent des synthés et de la guitare. Les montages électroacoustiques surgissent, virevoltent au gré de textes parfois ironiques. parfois corrosifs.

    «Le problème qui se pose. c’est de jouer en temps réel ce qu’on a révé en studio. On se ramasse les deux dans le local et on essaie de reconstituer ce qu’on a réalisé en 24 pistes», de souligner Jean Derome, pour qui ce travail devient celui d’hommes-orchestres. Et René Lussier de renchérir: «On est des hommes-orchestres qui ne fonctionnent pas foncièrement par les mémoires de l’instrumentation électronique mais bien à la mitaine. C’est plus mécanique que synthètique». «Pour reproduire vraiment le disque sur scène, ça prendrait 15 musiciens, 4 flûtes, 5 saxes, etc. Mais la somme d’énergie que ça represente pour le peu de diffusion et le peu de possibilités de jouer dans ce cadre, c’est infaisable pour le moment. Ce que certains musiciens plus connus peuvent faire, on ne peut encore le faire, car notre marché n’est pas encore suffisamment développé», rajoute Derome, qui aimerait évidemment se permettre les possibilités du faste orchestral. Mais le concept d’un duo carrément orchestral, compact, serré, semble aussi seduisant.

    Voilà donc le volume 2 de cette collaboration des plus fructueuses, dont le premier volet est paru l’an dernier, intitulé Soyez vigilants, restez vivants. Voilà d’excellentes Granules, mon disque favori sur Ambiances magnétiques.

    Ayaya Moses, Fred Frith, René Lussier dans Revue & Corrigée

    «Critique», SPO, Revue & Corrigée, no 33, 1 septembre 1997
    lundi 1 septembre 1997 Presse

    Quatuors de cordes, de saxes, de percussions… et maintenant de guitares électriques! Ce disque n’est pas la premiere tentative mais elle fera date, soyez-en sûrs. Au début du siècle, Edgar Varèse déclarait que le violon n’exprime plus notre époque, en 1997 serait-ce la guitare électrique qui a pris le relais? of course. Ici ça s’entend!

    Sons doux, ténus, presque silencieux, mais aussi rageurs, rapides et frénétiques nous palpitent aux oreilles dans les compositions collectives, individuelles ou d’autres musiciens. Frith, Didkovsky, Stewart et Lussier sont grands! La variété sonore est telle qu’une seule écoute ne suffira pas: les pieces sont courtes, ramassées, d’une grande densité et vont bien au-delà des improvisations (certes sympathiques) entendues le plus souvent. Oubliez également le disque Quartets (1994) de Frith, sa pièce ici est bien plus forte. A écouter!

    Ce disque… fera date, soyez-en sûrs.

    Chants et danses du monde inanimé, Robert Marcel Lepage, René Lussier dans Cadence

    «Review», Chris Kelsey, Cadence, no 23:5, 1 mai 1997
    jeudi 1 mai 1997 Presse

    The most interesting thing about this CD of mostly free improvisation is the opportunity it affords us to monitor the artists’ progress from 1984, when the first seven tracks were recorded, to 1996, when cuts 8 through 16 were laid down. In ’84, both Lussier and Lepage were well on their way to developing their own voices, though both were still manifestly groping. Lussier’s style was a mechanistic abstract-expressionism; his timbres were harsh, his lines jagged, his melodies and hammonies of little consequence given his extreme textural freedom. By ’96, the guitarist has his materials under control. The rough edges are leH that way purposely; they are no longer perceived as accidents. Lussier’s increased skills have given his work a more humane cast- ironic, perhaps, given this album’s stated intent, which is as a parody of our mechanized consumer society. Lepage’s development is similar. Where in ’84 he was searching — playing two saxes simultaneously, manipulating his tone and articulating in an extreme and sometimes clumsy manner — by’96 his chops are together. The harshness is leavened by a control that wasn’t there twelve years earlier. The mature Lepage concentrates on clarinet, upon which he has a comprehensive technique; hence, his lines are informed by a melodic sense that was far less pronounced on the earlier date. The duo benefits from the individual evolution of the piayers. Where, in the first recordings, the improvising moves in a more parallel direction — the players’limitations prohibit a more integrated, interactive perfommance — the later tracks are far more well-coordinated. The’84 cuts were made by a pair of talented students; the recent tracks by mature fine artists. Consequently, we have one-half of a very fine album — enough, I think, for me to recommend it.

    Chants et danses du monde inanimé, René Lussier dans Octopus

    «Critique», AR, Octopus, no 6, 1 avril 1997
    mardi 1 avril 1997 Presse

    Même accompagné, ce dernier excelle. En compagnie de Robert Marcel Lepage, il forme un duo — clarinette, saxophone et guitare — d’une «espece en voie d’exception», celle des folkloristes urbains. Echappant au conditionnement culturel, privilégiant le ludique et l’aléatoire, nos deux compères artisans «artbrutistes» se livrent à un étrange rituel mécaniste où des danses singulières aux titres énigmatiques sont â un train d’enfer les unes aux autres emboîtées. Le moins que l’on puisse dire est que René Lussier (il a entre autre enregistré avec Fred Frith, Jean Derome, Chris Cutler et son Trésor de la Langue reste une inépuisable source d’émerveillement) ne se prend pas au sérieux, préférant ne pas définir sa musique à l’humour décapant. Ou plutôt non. S’il devait la décrire, nul doute qu’il parlerait de «nouille-age woolworth best électroencaustique». Autant dire que ce pataphysicien mériterait d’être decoré de l’Ordre de la Grand Gidouille

    Fin du travail (version 1), Robert Marcel Lepage, René Lussier dans Octopus

    «Critique», AR, Octopus, no 6, 1 avril 1997
    mardi 1 avril 1997 Presse

    Vous rêvez de découvrir un compositeur mélant dérision, inventivité et sens de l’orchestration. Vous êtes prêt a passer une petite annonce utopique pour trouver quelqu’un répondant à ce profil rare: un inclassable aux idées larges et au style unique. Vous alliez même engager un chasseur de têtes… êcoutez donc René Lussier. Il campe, sur la photo du livret CD, assis sur un banc à côté de son vélo, prêt â partir. Son sourire est malicieux et plein de sympathie. Fin du travail, c’est le titre de son premier album. C’est incroyable comme ses compositions faites de séquences et d’orchestres forment un monde cohérent, en dépit du nombre exponentiel d’idées qui traversent ce disque. Vous aimez Hugues le Bars, Albert Marcoeur, vous attendiez un renouveau chez Comelade, vous aimeriez que la musique contemporaine fuse en éclats de rire. Ecoutez René Lussier qui campe â côté de son vélo!

    C’est incroyable comme ses compositions faites de séquences et d’orchestres forment un monde cohérent, en dépit du nombre exponentiel d’idées qui traversent ce disque.
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