Les artistes Martin Bureau, Erick d’Orion et Jean-François Dugas utiliseront la façade de l’église Saint-Roch comme écran pour composer en direct une projection architecturale. Le Soleil les a rencontrés dans la nuit d’hier, alors qu’ils faisaient les premiers essais au grand air. Puisque ces dernières semaines, ils peaufinaient leurs images sur une maquette de six pieds de haut dans un petit studio de montage, ils avaient bien hâte de voir le résultat.
«On a vu un peu ce qui avait été fait dans le temps des Fêtes, et on savait qu’il fallait créer des images très contrastées. Il a aussi fallu tenir compte de la surface, qui est assez ingrate», indique Jean-François Dugas, en charge du volet vidéo de La kyrielle des chiens. Une kyrielle désigne à la fois un chant liturgique et un exercice de style littéraire où chaque vers débute par la syllabe qui terminait le vers précédent (comme dans La ballade des pendus de François Villon et la comptine Trois petits chats). Quant aux chiens, Saint-Roch est leur patron.
Le thème de la catastrophe
D’une image et d’un son à l’autre, le trio arrimera trois anniversaires qui ont modifié l’architecture urbaine et l’expérience humaine. «On rappellera les 10 ans du Sommet des Amériques, de la destruction du toit du mail Saint-Roch et on évoquera les attentats du 11 septembre», souligne Erick d’Orion, qui s’occupe de la création sonore. Initiateur du projet, le peintre et dessinateur Martin Bureau s’intéresse depuis longtemps au thème de la catastrophe dans ses œuvres. «Paul Virilio n’est jamais bien loin», indique l’artiste, pour qui les écrits de ce penseur de la fin du monde sont une source d’inspiration constante. Il a utilisé pour la première fois une tablette graphique pour réaliser ses dessins, qui auront un look très «crayonné». Jean-François Dugas a puisé dans ses images d’archives (et dans celles de Patrick Boivin de Phylactère Cola, qui donnera une conférence à Méduse samedi) pour compléter le volet visuel. Avions, étoiles, satellites, chiens, explosions, caméra de surveillance, pompe à pétrole, grues et images de foule défileront sur la façade de l’église. Quelques images de jeux vidéo ont aussi été utilisées. Partant de la vision et du matériel des trois artistes, Lumenistudio, une compagnie de Québec créée par Dominique Grenier, a rendu la projection architecturale concrète. La firme a notamment travaillé sur le Moulin à images et sur la projection de Spider-Man sur l’édifice Beenox. La kyrielle des chiens permettra de dégager le thème de la compétition de ce troisième Bivouac. Pendant 48 heures, dans le campement créatif de la place de l’Université-du-Québec, les concepteurs inscrits créeront des jeux vidéo, des courts-métrages d’animation ou des peintures d’environnements numériques (concept art). Le public pourra tester les créations dimanche après-midi.