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Marianne Trudel

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    Review

    Stanley Péan, Voir, June 18, 2009

    Né de la volonté d’une poignée de jazzmen montréalais de se doter d’une meilleure plateforme pour la création musicale d’ici, L’Off Festival de jazz de Montréal célèbre son 10e anniversaire.

    «Je suis très fier et d’autant plus fébrile de présenter ce 10e festival, déclarait le contrebassiste Christophe Papadimitriou, président du conseil d’administration de L’Off en conférence de presse. C’est un tournant, mais nous continuons le travail amorcé il y a 10 ans.» Papadimitriou entendait par là l’initiative de ces musiciens montréalais qui avaient décidé de lancer, en marge du Festival international de jazz de Montréal, un événement plus axé sur le jazz d’ici. «C’était notre déclaration d’indépendance!» clame l’iconoclaste claviériste Pierre St-Jak, l’un de ces pionniers. «C’était carrément un statement politique!» surenchérit le contrebassiste Normand Guilbeault, qui s’était toujours affiché comme le plus virulent critique de l’»autre» festival, à qui ses confrères et lui reprochaient de ne pas soutenir suffisamment et adéquatement les créateurs locaux. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis et l’on conviendra volontiers que les deux manifestations, présentées désormais successivement plutôt que simultanément, sont devenues moins antagonistes que complémentaires.

    Pour bien marquer ce 10e anniversaire, les programmateurs ont d’abord choisi de lever leur chapeau à quatre de ces pionniers. «Il me semble que ça allait de soi!» de s’esclaffer le vibraphoniste Jean Vanasse, dans un accès de fausse modestie, quand même flatté par cette attention. En effet, outre St-Jak, Guilbeault et Vanasse, on aura le plaisir de retrouver dans un contexte jazz le trompettiste Ivanhoe Jolicœur qui a pas mal tourné avec les Cowboys Fringants ces dernières années. Dans le cadre de la série Hommage aux fondateurs, leurs formations respectives se produiront sur l’une ou l’autre des scènes de L’Off (Le Lion d’Or, Le Cheval Blanc, Le Dièse Onze). Ne manque évidemment à cette série que feu le claviériste François Marcaurelle, emporté par le cancer en mars 2006. «C’est vrai que François nous manque», de déplorer Jean Vanasse, sur une note plus grave. «C’était un artiste, un être humain extraordinaire et généreux, qui avait vraiment à cœur le sort du jazz d’ici.» Cela dit, l’esprit de Marcaurelle plane encore sur la manifestation qu’il a contribué à mettre sur pied puisque le prix décerné annuellement à un artiste ou un groupe s’étant particulièrement distingué porte son nom.

    Outre ces fondateurs, les jazzophiles auront le plaisir de (re)découvrir la crème de la crème de notre jazz d’ici, du combo du guitariste Stephen Johnston à celui du saxophoniste Frank Lozano, en passant par le groupe rock-prog Miriodor et l’excellente pianiste Marianne Trudel en conciliabule avec l’harmoniciste Lévy Bourbonnais. Malgré la volonté manifeste de mettre en valeur les talents d’ici, L’Off Festival a toujours été ouvert au dialogue avec des artistes venus d’ailleurs, ainsi qu’en témoigne la présence au programme d’invités de marque parmi lesquels Vincent Courtois, Marie-Fatima Rudolf, Rainer Wiens et la formation vocale Webe3.

    «On y prend des risques», affirme fièrement Christophe Papadimitriou à propos de L’Off. Et cette programmation, marquée au double sceau de l’audace et de la constance, l’illustre assez éloquemment.

    … the crème de la crème of home-grown jazz, […] [among them] the excellent pianist Marianne Trudel joins forces with harmonicist Lévy Bourbonnais.

    Review

    Nicolas Houle, Le Soleil, September 15, 2008

    La pianiste Marianne Trudel et l’harmoniciste Lévy Bourbonnais se sont chargés de chauffer la salle pour Oliver Jones. Mettant de l’avant des pièces impressionnistes, souvent aériennes et saupoudrées de mélancolie, les deux artistes ont joué davantage sur les atmosphères et les combinaisons harmoniques que sur les soli spectaculaires pour rendre leur répertoire. Du coup, il a été possible d’apprécier le mariage singulier du piano et de l’harmonica, ainsi que ses possibilités. Les spectateurs, conquis, ont réservé une ovation chaleureuse à la pianiste originaire de Saint-Michel-de-Bellechasse et à son complice.

    The audience was wholly won over, reserving an enthusiatic ovation for the pianist [Marianne Trudel] and her collaborator [Lévy Bourbonnais].

    Marianne Trudel: musicienne avec un M gros comme ça

    Alain Brunet, La Presse, June 21, 2008

    Cette femme ne manque pas d’énergie, c’est le moins qu’on puisse dire: 30 ans, pianiste, improvisatrice, compositrice, arrangeuse, leader d’orchestre de toutes tailles, le don d’ubiquité. Impliquée à fond dans l’Off Festival de jazz de Montréal, et ce depuis quatre ans, Marianne Trudel respire et exhale toutes les fréquences qui viennent à ses oreilles.

    «Pianiste? Compositrice? Arrangeuse? Leader? C’est la même chose pour moi. Je suis musicienne avec un M.»

    Un M gros comme ça, est-on tenté d’ajouter, à la voir aller. Lorsqu’elle était enfant, à Saint-Michel de Bellechasse, sa gardienne jouait de la musique traditionnelle au piano. Elle a été éblouie. Très tôt dans son existence, Marianne Trudel a associé la musique au bonheur pur. À 5 ans, elle a demandé à ses parents d’apprendre le piano. Voyez où elle est rendue.

    Après avoir fait le conservatoire à Québec, elle a été frappée d’une mononucléose au moment où se déroulaient les auditions montréalaises en interprétation classique. Elle pouvait alors se rabattre sur le programme de jazz au cégep Saint-Laurent, elle a décidé d’essayer. Et alors… elle est “tombée en amour” avec ce genre musical qu’elle chérit toujours.

    Puis un bac en jazz à McGill, puis une maîtrise en ethnomusicologie à l’UdeM, bientôt un doctorat en composition sous la direction du compositeur Denis Gougeon. Et l’on ne compte pas plusieurs tournées canadiennes effectuées au cours des dernières années, deux CD, deux participations à l’Off cette semaine (5e Route bleue et Cantouque), plusieurs directions d’ensemble et un nouveau projet en septuor, présenté ce soir au Lion d’or. L’automne dernier, on l’a même vue accompagner avec brio la grande chanteuse irakienne Farida Mohamed Ali au Festival du monde arabe… À croire que sa crinière crépue est branchée en permanence sur le 220!

    «Ce projet en septuor, explique-t-elle puisqu’il faut parler de ce soir, consiste à réunir des artistes avec qui j’ai travaillé de façon sporadique et qui, je crois, travailleraient bien ensemble. C’est vraiment une combinaison de personnalités musicales et humaines. Plus improvisé que celui-ci, mon projet précédent en quintette comportait une section rythmique et deux saxophones. Alors que cette fois, j’avais vraiment envie de cuivres: cor (Jocelyn Veilleux), trompette (Lina Allemano, de Toronto), trombone (Jean-Olivier Bégin, Québécois qui vit à New York), voix (Anne Shaefer, de Victoria), contrebasse (Normand Guilbeault), batterie (Jim Doxas) et piano.»

    Pour décrire ce septuor qu’elle ne qualifie pas tout à fait de jazz (ou off jazz), Marianne Trudel se creuse les méninges.

    «J’ai du mal avec les étiquettes. Il y a une place pour l’improvisation, mais cette musique est très écrite et comporte beaucoup d’influences issues de la musique classique, autant dans l’harmonie que dans les mélodies. J’aime particulièrement Chopin, Brahms, Mahler, Richard Strauss, la fin du XIXe et le début du XXe. J’utilise davantage le mot jazz parce que j’aime l’improvisation dont le jazz est la porte d’entrée. En autant qu’il y ait une part pour l’impro, je suis heureuse.»

    «Cela dit, je ne me sens pas exactement une pianiste de jazz. Pour moi, la musique exige une approche globale. Par exemple, j’aime les effets modernes d’orchestration dans les grands ensembles — en ce sens, Maria Schneider et Gil Evans sont parmi mes compositeurs préférés. Et j’écoute beaucoup de chansons; pour moi, la mélodie vient en premier et structure tout.»

    The least that can be said about this ubiquitous thirty something woman pianist, composer arranger and multiple band leader is that she is has a seemingly endless supply of energy to burn.

    Marianne Trudel: zone libre

    Sarah Lévesque, SOCAN — Paroles & Musique, March 21, 2008

    Marianne n’a rien de l’image clichée que l’on se fait de la compositrice jazz. Elle est jeune, électrique comme ses cheveux, contemporaine comme son jeu de piano. À peine trente ans, elle compte déjà deux albums qu’elle produit de façon indépendante, sans étiquette de disque. Un premier en piano solo intitulé Espaces libres et un deuxième enregistré principalement au Lion d’Or en mode quintette, Sands of Time. Deux preuves concrètes de la vitalité de la demoiselle qui ne perçoit pas de frontières à la musique. «Je suis avant tout une musicienne et non une pianiste jazz. Avant l’âge de 17 ans, je n’avais jamais touché au jazz. Et je suis allée vers cette musique car j’aimais l’improvisation, son aspect spontané. Point à la ligne. Aujourd’hui, c’est pourtant un mot délicat puisque ça réfère, pour plusieurs, à quelque chose de stiff, issu d’une autre époque, comme s’il s’agissait d’une musique morte. Alors que pour moi, c’est très vivant tout ça.»

    Celle qui amadoue le piano à l’âge de cinq ans révèle par son parcours cet esprit tout-terrain qui s’aventure sans peur, ni limite de genre. Comme si chaque expérience lui permettait de révéler une nouvelle partie de son jeu de piano, de ses envies de compositrice. En plus d’avoir étudié la musique jazz à l’Université McGill et l’ethnomusicologie à l’Université de Montréal, elle n’hésite pas à plonger dans la musique argentine auprès de Juan Carlos Cáceres, à entreprendre un séminaire sur la musique d’orchestre symphonique à Los Angeles ou encore d’auditionner comme pianiste pour Charles Aznavour. Agile, elle obtient le mandat d’accompagner le chanteur de La Bohème dans sa tournée québécoise en 2002, une expérience phare où elle prend quelques notes. «Il m’a appris à embrasser la scène. Aussi, je serais incapable de ne faire que de la composition. J’ai un besoin fondamental de la scène.»

    Si Marianne Trudel et ses compositions inspirent une vision de la musique unifiée (et non sectorisée), c’est sans doute en raison du vecteur improvisation. À l’amont de toutes compositions n’existe-t-il pas avant tout une improvisation inspirée, épuré, rassemblé? «C’est un peu le débat autour de l’œuf et de la poule […] Pour moi, mes compositions m’habitent en premier au piano. Je ne compose pas à la table, bien que j’écrive ensuite. Et on dit dans le milieu qu’une composition est une improvisation lente. Selon moi, les deux vont de paires. Je donne parfois des ateliers à des jeunes musiciens qui ne font pas d’improvisation et je trouve ça très important de leur enlever les partitions pour qu’ils réalisent qu’ils ont la musique à l’intérieur d’eux.»

    Montréal, une ville jazz?

    En matière de jazz, Montréal vit depuis longtemps son propre petit paradoxe. Bien que le Festival International de Jazz de Montréal attire des foules en raison de sa solide réputation, la scène jazz montréalaise peine pourtant à obtenir presse à l’année longue et par conséquent, à fidéliser un public. Aussi, Marianne Trudel s’organise, prépare des tournées canadiennes, européennes. Tisser des liens avec d’autres musiciens est aussi une façon de se créer un réseau, d’animer son art.

    […]

    Mais ce serait mal connaître Marianne Trudel que de croire à un quelconque découragement. Tout au contraire, il faut la voir ouvrir grand les yeux, remonter ses manches devant ces nouveaux défis, que ce soit comme interprète ou comme compositrice de jazz, de musique contemporaine ou même de chanson qu’elle amadoue tout dernièrement avec le jeune auteur compositeur interprète Éric Bélanger. La vie n’est-elle pas un beau grand voyage?

    Marianne is nothing like the cliched image we could have of a young jazz composer. She is young, electric like her hair, contemporary like her piano technique.
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