More reviews might be found in the pages of this artist’s albums.
Review
Crossing the Atlantic, we arrive in French-speaking Canada and the usually interesting Montréal based label Ambiances Magnétiques. Their most recent release (on the subsidiary Archives Magnétiques 04) is L’oreille enflée by
Quand les femmes se mêlent d’improviation
Kritik
Wondeur Brass: Le jazz au féminin
Ce collectif entièrement féminin a édité deux disques avec un personnel un peu différent. Un autre album du trio Les Poules regroupe, de fait, trois des quatre membres de l’actuel Wondeur Brass et peut donc presque être considéré comme une troisième réalisation du même groupe.
Il y a toute une histoire fascinante du jazz au féminin qui est de mieux en mieux documentée depuis le début des années soixante-dix, à l’échelle internationale. Montréal possède aussi son histoire du jazz au féminin, de Jane Fair autrefois à Lorraine Desmarais aujourd’hui. Le récent festival international des musiciennes innovatrices en constitue l’un de ses jalons récents les plus prestigieux (orchestré par Wondeur Brass -Productions Super Mémé).
En tant que collectif féminin, ce groupe cependant reste unique dans la métropole actuelle. Il s’agit de Joane Hetu au saxophone, Diane Labrosse aux claviers, Marie Trudeau à la basse électrique et Danielle Palardy Roger à la batterie. Le jazz new wave que pratique Wondeur Brass s’appuie beaucoup sur les textes lui aussi, sur la voix donc, prolongeant peut-être ainsi, à sa manière, les porte-paroles féminins engagés d’antan, de Marie Savard avec Pierre Leduc ou Louise Forestier avec le quatuor de jazz libre du Québec à d’autres grands noms de l’extérieur, tels Brigitte Fontaine, Irène Aebi, Colette Magny et d’autres (pour la séduction moqueuse, la remise en question des valeurs établies, une certaine fascination pour l’interdit, l’expression d’un cri poétique contestataire, ludique, désinvolte)
Tel ce métronome inspiré de Man Ray qui orne la pochette de leur dernier disque, la musique de Wondeur Brass oscille entre la chanson trouble, inquiète, fendue, et une affirmation plus vitale ou extravertie de soi, où, l’humour, un certain dadaïsme post industriel côtoient l’insolite, le plaidoyer, les jeux de mots, un érotisme latent, etc. Ce jazz de fusion électroacoustique un peu gauche parfois, inachevé, désespéré/lucide, exprime donc tout autant un malaise, une difficulté d’être qu’une liberté reconquise dans l’action, via l’improvisation, le jeu libre, spontané.
Le premier album du groupe avec entre autres, la présence d’une tromboniste avait une couleur plus jazz et fort attrayante (cf.
Wondeur Brass se rebaptise Justine
On dit du quatuor qu’il est l’avant garde québécoise. Wondeur Brass comptait à ses débuts neuf musiciennes et chanteuses. Au fil du temps leur nombre a diminué passant de neuf à sept puis six, puis cinq. Maintenant elles sont quatre et le quatuor s’appelle désormais Justine. Les quatre acharnées sont Joane Hétu, sax alto, Diane Labrosse, claviers, Danielle Palardy Roger, batterie et Marie Trudeau, basse électrique. On dit d’elles qu’elles sont l’avant-garde québécoise. Tout récemment, sous leur nouveau nom, elles lançaient un quatrième album, Justine (Suite), sur étiquette Ambiances magnétiques.
Justine, c’est d’abord de la musique actuelle. Vaste définition qui englobe les courants de la musique jazz, rock, punk, alternative et musique improvisée. Le changement de nom vient du fait que ne comptant plus qu’une saxophoniste au sein de la formation l’appellation de Wondeur Brass ne convenait plus tellement.
Un chroniqueur a décrit leur cheminement musical de la sorte
Mais jouer n’est qu’une facette du métier, et afin de mieux diffuser la musique actuelle, elles ont fondé leur maison de production, Super-Mémé, et sont membres-productrices de l’étiquette Ambiances magnétiques, qui compte dans son catalogue des artistes comme Jean Derome, René Lussier et André Duchesne.
Avec le disque, Justine a composé un spectacle revampé de fond en comble qui conserve la même énergie à laquelle nous avait habitués Wondeur Brass. Joane, Diane, Danielle et Marie ont choisi de ne pas passer inaperçues.
Justine: un conciliabule de fées
Montréal ne serait pas Montréal sans l’effervescence des artisans de la musique actuelle qui sont de mieux en mieux organisés, de plus en plus connus et de plus en plus persuadés que l’originalité attise les muses.
Quatre musiciennes de ce milieu viennent de lancer le groupe Justine, qui, sous un prénom presque sage, emprunte un parcours inédit. Ce quatuor féminin regroupe Joane Hétu, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger et Marie Trudeau, qui naviguaient naguère sous le nom de Wondeur Brass. Mais, comme il ne reste plus qu’une saxophoniste parmi elles et que le soutien-gorge n’a plus la valeur symbolique qu’il avait, leur nouveau nom rompt la continuité, pour annoncer une musique déjà plus synthétique, tournée encore plus résolument vers un éclectisme rayonnant.
Ces femmes le disent
Dimension sonore Dimension ludique
Justine, sous certains aspects, relève du fabuleux. Et, lors des spectacles qui ont suivi le lancement du disque, on sentait chez les quatre musiciennes une connivence qui tient d’un conciliabule de fées, réunies là pour conjurer, pour créer une dimension sonore ou ludique qu’elles ont conçue expressément pour qu’elle leur échappe. Il s’agit bien d’un monde sans recettes connues, où le regard est lucide et l’avenir affronté sans détour. On a, pour seul guide, un plaisir à saisir, un plaisir à double tranchant, qui séduit un instant pour aussitôt décontenancer.
La mesure d’une belle démesure
S’il fallait les décrire en groupe, assises dans un salon du Plateau Mont-Royal, on n’aurait jamais la mesure de leur belle démesure, parce qu’elles ont la simplicité des gens qui innovent, sans chercher à se rallier au son radiophonique, et dont la carrière est bâtie sur une grande et singulière part d’incertitude. Mais elles ne forment certainement pas un groupe hétéroclite. La plupart d’entre elles jouent ensemble depuis des lustres.
Danielle Roger, quand elle n’est pas à la batterie, est sans doute la plus intellectuelle du quatuor et articule ses pensées avec facilité, à l’aise dans l’abstraction. En musique, elle parle en rythmes, cherche sans cesse à les briser, à les triturer, à les dérouter, et s’amuse follement à dépenser des centaines de calories sur scène. Son énergie est au moins égale à celle de Joane Hétu, la saxophoniste, qui illustre le mieux l’individualité de chacune d’entre elles et qui a, depuis longtemps, pris le parti de la dissonance. Elle a une voix de prêtresse sombre, une voix de l’inconscient, qui donne des frissons dans L’intelligence du cœur.
Diane Labrosse, aux claviers, a un faible pour l’harmonie, et sa féminité bien assise en fait la voix idéale de tout ce qui est évocateur dans la douceur. Si la voix de Danielle Roger joue avec un comique désopilant la candeur et sait parfois l’étirer jusqu’à frôler l’hystérie, celle de Diane Labrosse a une qualité publique de speakerine officielle ou d’observatrice plus détachée
Attention
Difficile à décortiquer
Le nouveau départ avec Justine s’accompagne d’accessoires de haute technologie, tels que les synthétiseurs dont se servent Joane Hétu et Danielle Roger. Mais comme Wondeur fut naguère composé de musiciennes de rue, le groupe n’a rien perdu de ce qu’il a d’organique et de spontané sur scène.
Justine se trouve actuellement aux confins de la musique populaire, d’où le groupe tire son origine, tout près de la frontière de la musique contemporaine C’est presque un nomands land qu’elles occupent, ces bohémiennes de plus en plus disciplinées. Elles comptent se forcer à prendre des vacances, cet été, et remonter sur scène en automne. D’ici là, on peut entendre le justinien moderne (c’est presque une langue) sur cassette ou sur disque compact et se ventiler les oreilles avec quelque chose d’inédit.
