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C’est le retour des granules
Avant de se mettre entre parenthèses, Jack Kerouac a usé sa vie à formuler des idées qui, n’en déplaisent aux comptables ringards de la
Parmi ses bons mots, on se doit de retenir cette dédicace d’un de ses poèmes ou romans
Affirmons-le tout net, l’album intitulé Le retour des granules de Jean Derome et René Lussier s’adresse aux gens qui ne sont pas dupes de ce petit jeu. Peut-être faut-il préciser que ce 33-tours est la suite de Soyez vigilants paru il y a plus d’un an sur l’étiquette Ambiances magnétiques.
Lorsqu’une production musicale est habillée avec un certain souci d’integrité et de surprise, comme c’est ici le cas, la critique, par convention ou par paresse, se contente généralement des poncifs du style
Plutôt que de se contenter d’expressions cuisinées dans les fours micro-ondes de la facilité, on se doit de parler ici de musique qui, tout simplement, n’est pas indifférente à ce qu’il est convenu d’appeller le monde.
Voici un album plein de sensibilité et de révolte, de clins d’oeils et de sourires. Voici un album qui possède méme la qualité de ses défauts. Voici un album où, c’est devenu tellement rare, des artistes prennent des risques.
Au moment où l’on nous casse les pieds avec le groupe Uzeb qui a décidé de produire sa musique pubère à trois au lieu de quatre, au moment où les actions et autres obligations expriment leur
A bien des égards. le disque de Derome et Lussier fait état d’une démarche analogue à celle de l’Art Ensemble of Chicago ou de Don Cherry. Comme ces merveilleux iconoclastes, nos deux compères tissent une toile avec tous les styles qui se rattachent à cet arbre dont les branches ont été sculptées par Duke Ellington et les musiques ethniques, par Nino Rotta et les fanfares, par Fred Frith et les instruments les plus hétéroclites. Et-par… le blues,
Ceux qui ont suivi ces deux musiciens vont trouver cela bien étrange, ce lien avec le blues. S’il est vrai qu’on n’entend pas de ces rythmes célébrés par Muddy Waters ou Willie Dixon, il reste que le blues compris comme regard sensible sur les autres est présent.
La pièce-titre de l’album, soit Le retour des granules,
On trouve même un Gloire au seigneur où il est dit
Hommes-orchestre
Avec Le retour des granules, Derome et Lussier triturent la musique… un duo à voir, avant qu’il ne se propulse en orbite.
Tumulte musical en vue
Ensemble, Derome et Lussier concoctent une musique bigarrée où se bousculent le rock psychédélique, le jazz, la musiqne contemporaine, l’improvisation et le folklore. En 86, ils lançaient leur premier vinyle ensemble
Aujourd’hui, c’est à grands coups de saxos, flûtes traversières, claviers, jouets, appeaux, bandes sonores, batterie électronique, voix et gimbarde -pour Derome-, et de guitare électrique, basse, percussions, voix et “plaque de gigueux électrifiée” — pour Lussier-, qu’ils plongent dans Le Retour Des Granules.
C’est le titre de leur nouveau spectacle et de leur projet. Un titre qui indique une façon toute particulière de faire de la musique
On joue maintenant plusieurs instruments, plusieurs pistes à la fois. On s’est habitué à entendre notre musique mêlée à toutes sortes de fonds sonores. On a donc décidé d’intégrer dans notre musique des sons qui la situent dans différents contextes
Le résultat est étonnant
On prend un vif plaisir voir ces musiciens utiliser leur instruments tantôt avec une virtuosité presque classique, tantôt en les trafquant de façon iconoclaste. Avec eux, tous les bruits peuvent devenir un événement.
