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Vitrine du disque

François Tousignant, Le Devoir, 6 avril 2002

Cela semble bref et lapidaire. Ce l’est, et tout à fait conforme à l’image du disque. Sans présentation ostentatoire ni prétention Maxime de la Rochefoucauld revient de New York avec son dernier disque. Pour la chronique, il habitait le studio d’artiste du Québec cet automne. Oui, il a vu les avions emboutir les tours; oui, il les a vues s’effondrer. En fait, l’expérience s’est avérée tellement apeurante pour lui (le studio est tout près de Ground Zero) qu’il semble incapable de tout décrire.

Peu importe: voici la musique, servie avec cet avertissement du compositeur créateur: «Cette musique est jouée par des automates: sculptures musicales acoustiques animées par des fréquences inaudibles. Leurs polyrythmies organiques particulières sont orchestrées de façon à obtenir une musique de type rituel et de transe.» Nous voilà préparés, presque prêts pour l’aventure.

Car il faut décrire un peu l’instrumentarium imaginé par ce curieux artiste. Toutes sortes de trucs, bidules et machins, hétéroclites et aussi originaux que communs, se voient mis en mouvement ou frappés par les vibrations de haut-parleurs qui demeurent dans le spectre de l’infrason. Donc, ce qui devrait «faire sonner» la musique devient l’instrument producteur sonore, générateur de mouvements qui, eux, en curieux et intrigant re virement technologique de sens, font résonner les objets baroques de la fertile imagination de Maxime de la Rochefoucauld.

En spectacle, c’est assez étonnant, visuellement comme acoustiquement. C’est comme une sorte de galerie sonore où l’on se promène au gré des directions auxquelles nous invitent les sons qui, dans l’espace, forcent à fabriquer un itinéraire. Au disque, on pourrait croire perdre quelque chose. Nenni. C’est absolument épatant! D’une esthétique toute autre, c’est un peu comme si on écoutait L’Or du Rhin, de Wagner, à partir d’un son initial qui s’échafauderait en accumulation intrigante.

A mille lieues de tout ce qui retient de la convention, qu’elle soit de type SMCQ, NEM, actualiste, acousmatique ou électroacousticienne, voilà une musique — et un compositeur — qui se démarque de toute tendance; voilà l’œuvre (notez bien: l’œuvre, pas le travail ou la recherche!) d’une oreille aussi originale qu’indépendante, curieuse et sensible, inquisitrice et découvreuse.

Bien sûr, parmi les temps forts du disque s’éparpillent les instants plus bonbon. Surtout quand l’influence orientale se fait plus prégnante (oui, Maxime de la Rochefoucauld tombe sous le coup de la séduction est-asiatique; par contre, ce qui fait éculé chez d’autres redevient tout à coup, chez lui, naïvement enfantin, comme si ses oreilles se transformaient en yeux d’enfant tout ébahi devant la splendeur d’un arbre de Noël bien décoré).

Collection somnambule
… voilà une musique qui se démarque de toute tendance; voilà l’œuvre d’une oreille aussi originale qu’indépendante, curieuse et sensible, inquisitrice et découvreuse.