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  • L’univers électroacoustique de Jean-François Denis

    Benoit Poirier, SOCAN — Paroles & Musique, no 16:1, 1 mars 2009

    C’est lors de ses études à l’Université Concordia, au début des années 80, que Jean-François Denis s’est initié à la musique électroacoustique et a découvert la grande liberté qu’elle permet. Pour le musicien, producteur et éditeur, qui avait appris la guitare classique très jeune et fait ses classes au sein d’un groupe rock progressif, ce fut une révélation. «Ce qui est fantastique avec l’électroacoustique est que l’on est en concert, dans la création d’une œuvre que personne n’a entendue auparavant, c’est qu’à peu près tout peut se produire. C’est la liberté totale! Il y a cette possibilité.»

    Ont suivi une maîtrise (en Californie) dans ce créneau musical, puis un poste de professeur, à Concordia. «Dans mon bureau, il y avait une magnétothèque assez imposante: plus de 700 titres. Là-dedans, il y avait des chefs-d’œuvre qui méritaient d’être entendus plus qu’une fois en concert ou à la radio! De là est née la volonté de rendre la musique électroacoustique accessible.»

    Ce courant musical n’est pas nouveau. Soixante années d’exploration ont donné fruit à un impressionnant patrimoine. De quoi certainement ravir un pionnier comme le compositeur français Pierre Henry, à qui l’on doit la célèbre pièce Psyché Rock [co-composé avec Michel Colombier en 1967], popularisée par Maurice Béjart et Costa-Gavras, en 1967. Cette musique dite concrète, comme on la nommait à l’époque, a d’ailleurs fait des petits. «Aujourd’hui, note Jean-François Denis, quand on écoute de la musique électronique, qui est un genre musical cousin, si on enlève certains paramètres comme la pulsion, on retrouve, chez les créateurs, des approches très similaires à celles de la musique électroacoustique.» Mais cette musique, qu’il compare au monde de la poésie, suscite l’engouement d’un nombre relativement restreint de personnes. «Historiquement, je pense qu’il y a toujours un décalage dans la musique par rapport à son temps.» Les inconditionnels sont principalement concentrés en Europe (Angleterre, Scandinavie, France, Belgique et Allemagne), ainsi qu’au Québec. Il y a également quelques îlots aux États-Unis et au Japon.

    Pour être en mesure de rejoindre ces mélomanes, Denis fondait, à la fin des années 80, la maison d’édition YMX Média et la compagnie de disques empreintes DIGITALes. Celle-ci n’est pas la première à avoir vu le jour dans ce secteur pointu, mais sa pérennité et son catalogue, probablement le plus vaste du genre, la démarquent: 584 œuvres réparties sur 98 disques, dont le tout dernier paraissait en novembre 2008. «Avec l’approche d’édition musicale d’une part, et, d’un autre côté, la production de disques, d’avoir ces deux structures-là séparées, mais liées, c’est assez unique.»

    D’autres entités sont venues par la suite se greffer à l’entreprise: les disques SONARt, l’étiquette web No Type et le portail electroCD.com. Alors, qu’à leurs débuts, son équipe et lui faisaient la promotion des catalogues imprimés par la poste — «C’était presque moyenâgeux.» — ils ont fait figure de précurseurs en étant parmi les premiers, soit dès 1995, à se doter d’une vitrine sur Internet. De même, alors que les créateurs devaient jadis trimbaler tout un arsenal, ils se présentent aujourd’hui sur scène avec, sous le bras, leur portable. Et une foule de sonorités en tête.

    Au fil des ans, Jean-François Denis a siégé à plusieurs conseils d’administration, tels que la Communauté électroacoustique canadienne, le Centre de musique canadienne, section Québec et Réseaux des arts médiatiques, dont il est aussi l’un des fondateurs. Il a mérité plusieurs bourses et prix, dont celui de la Ligue canadienne des compositeurs, en 1994, pour son engagement exceptionnel à l’égard des compositeurs canadiens.

    En plus de composer et de donner des prestations, il a d’autres projets en chantier. Celui, entre autres, d’amener les secteurs télévisuel et cinématographique à s’intéresser de plus près à la musique électroacoustique. À plus court terme, Jean-François Denis est actuellement à finaliser la programmation d’une grande fête, en collaboration avec l’ensemble des diffuseurs de musique électroacoustique. L’événement, qui se déroulera tout au long de 2010 à travers l’Occident, soulignera le 20e anniversaire des éditions YMX Média et de son étiquette phare, empreintes DIGITALes. L’idée première, souligne-t-il, est de faire circuler encore plus, avec l’argument des 20 ans, la musique électroacoustique afin de mieux faire connaître ses créateurs.

    Ce qui est fantastique avec l’électroacoustique […] c’est qu’à peu près tout peut se produire. C’est la liberté totale!

    Pourquoi faites-vous des disques?

    Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 76, 1 juin 2008

    […]

    Jean-François Denis
    Label empreintes DIGITALes

    En 1990, lorsque j’ai fondé empreintes DIGITALes, le disque compact était alors “nouveau” et était une très bon média pour “déplacer” jusqu’à 75 minutes de musique (qualité du son, solidité du médium, poids et volume réduits). Par contre il restait clair dans mon esprit que ce support physique serait éventuellement remplacé, à son tour.

    Internet existait déjà depuis plusieurs années à ce moment (courriel, échange de fichiers…), mais sa popularité n’a réellement commencé qu’après 1995, en s’accélérant jusqu’à nos jours. En parallèle l’accès à Internet s’est aussi grandement développé (disponibilité, vitesse, coût). Idem pour les ordinateurs personnels. Inventé au tout début des années 1990, le “mp3”, quoiqu’un recul dans l’évolution constante de la qualité sonore, a rapidement bénéficié du développement de cet accès, alors à basse vitesse, grâce à la “légèreté” des fichiers ainsi codés. Il a permis le phénomène de la démartérialisation de la musique.

    Pourquoi faire des disques? Parce que le disque est un album, un recueil de pièces choisies et ordonnées (par les créateurs, par le producteur). Le disque est aussi un document visuel et éditorial, avec information, illustrations, photographies. Le disque laisse un trace palpable, réelle.

    Par contre… Aujourd’hui la distribution du disque se transforme: de la boutique à la table de vente au concert; de la boutique à la vente par correspondance. Ce déplacement cause la fermeture des boutiques, et fait perdre l’habitude d’achat de disques. Le moyen d’écouter la musique se transfrome aussi: les lecteurs portables des disques compacts (ou de cassettes) sont remplacés par des lecteurs numériques. À la maison l’ordinateur se branche de plus en plus à la chaîne hi-fi.

    À terme… À court terme, pour les amateurs de musiques de son (dont l’électroacoustique), la qualité sonore du “mp3” n’est pas suffisante. On sait qu’un prochain format “haute définition”, quel qu’il soit, comblera cette lacune. Aussi, à moyen terme, le disque et sa distribution seront (presqu’)entièrement démartérialisées. Les habitudes de “fréquentation”, de l’expérience de la musique sont autres. Mais le besoin d’une direction éditoriale, d’un choix artistique, restera. Les “maisons de disques”, sous ce vocale ou un autre, auront encore longtemps un rôle à jouer: faire découvrir la création musicale.

    […]

    … faire découvrir la création musicale.

    Kritik

    Thomas Beck, Odradek, no 4, 1 septembre 2005

    Territorial Imperatives: Canada’s boldest and brightest labels…

    Tobias C van Veen, e/i magazine, no 4, 1 juin 2005

    […] The minimum one can say of empreintes DIGITALes is that it is a prolific label for electroacoustic music as well as provocative experiments in conceptual sound. A few recent releases graft the varied interests of academic and acousmatic music together via the intriguing work of, say, John Oswald. His Aparanthesi is the work of a single note that is gradually inflected along its pitch and combined with various tuned field recordings. [aparanthesi A] is an A note tuned to 440 Hz, which is the broadcast signal stations play when off-air. [aparanthesi B] is a compressed stereo image of the 8 channel performance created for 2000’s Rien à voir electroacoustic festival in Montréal. It is tuned to 480 Hz, the North American electrical standard, so it is in-tune with the hum of lighting and electrical grids. It is also a sonic impression of a complex and involved performance that uprooted the audience from the seats to the atrium and back again. We might call the album a conceptual play between electroacoustc and microsound, audience and chair, sitting and standing, tuning and silence, and for these reasons, the listening experience is very unlike the genre’s contemporaries. Roxanne Turcotte, for example, produces a melange of disjunctive sound, voice and phone recordings, environmental atmospheres and world beat rhythms on Libellune, which features work dating back to 1985. Its complexity at times is interesting, for as a survey of her œuvre it mirrors the development of Montréal electroacoustic in its infatuation with voice and, like R Murray Schafer, the natural world. That said, it remains well within the by now well-established parameters of academic composition. Paul Dolden’s work trammels from New Music composition to electroacoustic, employing repetiton and choral arrangements in a fashion not unlike that of Philip Glass, albeit with a drive toward melodrama and punch over satyagraha, throwing in all elements including the kitchen throughout L’ivresse de la vitesse 1 and 2. Like Turcotte, this work too spans from the ‘80s to the ‘90s, and so much of its feel is like listening to a beloved but aging record from that era, its metallic drums and neon wildness only appearing just a tad navel-gazing with age. Dolden is somewhat overwhelming; [L’ivresse de la vitesse] is a nightmare collage at its start that quickly gets into squeaky territory. For this, the remedy of Seuil de silences is welcome. Although from the same era, its breathing space offers more time for reflection, arrangement and thought, even if the disharmonius creeps back into the picture and becomes an ultimate ode to piano-bashing. […]

    … a prolific label for electroacoustic music as well as provocative experiments in conceptual sound.
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