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Billet

Jürg Frey: String Quartets dans Trybuna Muzyki Spontanicznej

«Recenzje», Trybuna Muzyki Spontanicznej, 9 mai 2025
mardi 13 mai 2025 Presse

Un compositeur notable de musique contemporaine, un quatuor classique canadien tout aussi notable et cinq compositions datant du siècle dernier, interprétées au début du suivant et aujourd’hui rééditées. Les deux premières durent une douzaine de minutes chacune, les deux suivantes sont des miniatures de quelques dizaines de secondes, tandis que la dernière dure près d’une demi-heure, une épopée de sons qui s’estompent d’une beauté unique.

La première histoire est une sorte de trépidation douloureuse, une berceuse déchirante et sans joie, sous la forme d’une répétition constante construite par des oppositions, tant sur le plan sonore que dramatique. Le récit ondule, adhérant avec détermination à l’idée de minimalisme et parfois de réductionnisme constitutif. Le silence joue ici un rôle important, qui, de temps à autre, fait entrer clandestinement des bribes de mélodies qui s’estompent. La deuxième piste semble s’inspirer de l’esthétique de la musique ancienne, est plus sombre et est certainement la plus classique de l’ensemble de l’album. La narration apparemment simple subit ici une rupture systématique, mais elle ne perd pas la marque d’une exposition moelleuse. Il fait souvent un pas en avant, puis deux en arrière. Il avale de petites portions de mélodie, les mâche et les remet en place. La fin même semble porter une note d’optimisme mystérieux. Parmi les miniatures annotées, la première cherche un fond, la seconde brille d’un post-baroque strident. Le cinquième morceau occupe la moitié de l’album et en constitue définitivement la qualité. Elle coule du fond de la crypte obscure, s’étirant entre les dents serrées, évoquant une procession des morts. C’est d’une beauté indicible, bien que construit avec des méthodes extrêmement réductrices. Une grande omission qui déplace des montagnes. Une vie qui porte depuis longtemps la marque d’une mort irrémédiable. Elle sent la musique ancienne, la bande-son parfaite d’une mort exceptionnellement lente.

… d’une beauté indicible…