Quatre parutions en un an, ça méritait d’être souligné. Surtout pour un artiste aussi étrange et avant-gardiste que Martin Tétreault, ce manipulateur de tables tournantes qui utilisait la friture de vinyle comme base rythmique bien avant que le trip-hop n’en fasse une mode. Tétreault n’est pas un DJ au sens conventionnel du terme, bien que son approche s’apparente à celle de ceux qu’on appelle les «turntablists». À quelques rares exceptions (son travail sur Callas avec Lepage) près, Tétreault n’est pas un adepte de la citation musicale: ses pick-ups antiques grincent, mordent et pincent comment autant d’instruments bruitistes. Les machines et les disques sont soumis à des manipulations extremes où l’aléatoire semble tenir une place de choix, mais Tétreault est visiblement le seul maitre à bord. Sur son disque en solo, paru sur l’étiquette belge Lowlands, Tétreault a su montrer toute l’étendue de sa sensibilité et de sa vision artistique dans ce paysage sonore digne d’un film de science fiction soviétique, Tétreauit emprunte aussi bien à Pierre Henry qu’aux rythmes africains et tisse une toile musicale carrément hypnotique.