Les clarinettes ont-elles un escalier de secours? dans Décibels
Personnage discret, mais musicien perspicace, depuis plus de vingt ans, le clarinettiste Robert Marcel Lepage explore tout un monde à partir de cet instrument à vent hors du commun. À travers sa musique, il nous convie à une véritable apologie de la sympathique clarinette, qui a déjà eu le privilège d’être à la tête des gros orchestres de jazz de la belle époque du swing. Il a été bien négligé depuis ce temps béni. Supplanté par le saxe soprano dans son registre de sonorités, il demeure cependant toujours synonyme de jeu et d’énergie. C’est du moins ainsi qu’on l’entend entre les doigts de Robert Marcel Lepage. Depuis Chants et danses du monde inanimé qu’il a concocté avec René Lussier en ’84, ou l’inoubliable La traversée de la mémoire morte en ’87 et de nombreux autres titres tout aussi remarquables les uns que les autres, comme Adieu Léonardo en ’92, Les choses dernières en ’95 et La Plante humaine en ’96, Lepage ne cesse de nous séduire avec ses mélodies et ses airs issus de son imaginaire fertile. Tous ces titres sont disponibles sur Ambiances Magnétiques et représentent des moments musicaux uniques et irrésistibles. Le talent de Lepage réside entre autres dans sa capacité de rendre légère, subtile et expressive toute note sortie de l’embouchure de sa clarinette.
Chez lui, la performance se définit en termes de vivacité, d’humour et de style. La clarinette a quelque chose proche de la candeur et de la fraîcheur de l’enfance. Lepage sait bien faire profiter du bonheur de cette sonorité ronde et joyeuse, particulièrement avec les pièces regroupées sur ce nouveau CD, dont le titre évoque une boutade qui exprime bien le rapport ambigu et dynamique qui existe entre lui et cet instrument, mal-aimé certes, mais surtout franchement surréaliste, quand on le compare aux autres instruments plus communs de la musique populaire.
De nos jours, la clarinette est beaucoup associée à la musique klezmer, qui jouit d’une popularité universelle. Il va sans dire que Lepage exploite cette esprit avec beaucoup de variété à travers des pièces qui nuancent les influences du Moyen-Orient, de la Grèce ou de la Roumanie. Son voyage ne s’arrête toutefois pas là, puisqu’il exploite tout autant les élans de la valse musette, les accents de l’espace celtique ou même l’univers de la fanfare. Le périple auquel il nous convie est fascinant

