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Rebecca Bruton + Jason Doell: a root or mirror, blossom, madder, cracks; together

Quatuor Bozzini, junctQín keyboard collective / Rebecca Bruton, Jason Doell

Une sortie très créative, consciente des tonalités, unique et psychédélique, qui émet des solos de nombreux musiciens qui semblent ne faire qu’un, chaque instant étant captivant et artistique. Take Effect, ÉU

Un enregistrement qui finalement se caractérise aussi par son aspect énigmatique, souligné par son titre. Revue & Corrigée, France

Pour leur première sortie en vinyle sur leur propre étiquette, la Collection QB, le Quatuor Bozzini s’associe au junctQín keyboard collective, basé à Toronto, pour présenter des œuvres de deux des compositeurs parmi les plus intéressants du Canada, Rebecca Bruton et Jason Doell. Ces œuvres complémentaires présentent deux points de vue distincts sur une forme particulière d’expérimentalisme, nourrie d’éclectisme et de curiosité sonore, et poussée à trouver un moyen patiemment déployé de réconcilier cet assortiment de stimuli. Chaque œuvre est amoureusement mise en valeur par un travail musical perspicace et méticuleux. Également disponible en CD et en téléchargement numérique.

CD-R (CQB 2433-2, 2024)

  • Étiquette: Collection QB
  • CQB 2433-2
  • 2024
  • UCC 771028373321
  • Durée totale: 42:40
  • Boîtier sympathique
  • 126 mm × 126 mm × 5 mm
  • 35 g

Sur le web

Vinyle LP (CQB 2433, 2024)

Face A

Face B

  • Étiquette: Collection QB
  • CQB 2433
  • 2024
  • UCC 771028373314
  • Durée totale: 42:40
  • 315 mm × 315 mm × 5 mm
  • 290 g

Téléchargement (CQB 2433_NUM, 2024)

  • Étiquette: Collection QB
  • CQB 2433_NUM
  • 2024
  • UCC 771028373383
  • Durée totale: 67:44
Notes liminaires

Je pense…

Je pense que toute expérience musicale, tout événement musical, peut être psychédélique. La musique en elle-même est un état altéré: elle transforme le temps et l’espace en une situation où les perceptions, les connexions et la conscience fonctionnent avec des sensibilités, des priorités et des résonances affectives différentes. Ou, comme le dit le philosophe français Maurice Merleau-Ponty: «La musique n’est pas dans l’espace visible, mais elle le mine, elle l’investit, elle le déplace, et bientôt ces auditeurs trop bien parés, qui prennent l’air de juges et échangent des mots ou des sourires, sans s’apercevoir que le sol s’ébranle sous eux, sont comme un équipage secoué à la surface d’une tempête.» Je pense que Merleau-Ponty décrit ici une expérience psychédélique: la musique peut déstabiliser, faire trembler l’univers de l’auditeur, le bousculer en minant ou déplaçant sa perception normative, c’est-à-dire en modifiant son état. Et cette différence, ce changement, s’opère ici même, dans le monde présent, perçu comme «réel» (mais altéré). Il s’agit d’une expérience dans tout ce qu’elle a de radicalement immanent, et non une sorte de révélation (au sens de faire connaître quelque chose qui était auparavant secret ou inconnu), ou quoi que ce soit de transcendant (aller au-delà), voire extatique (du grec ekstasis «se tenir en dehors de soi-même»). Cette différence est unique chaque fois que la musique atteint un auditeur. Mais qu’est-ce qui peut empêcher ces changements d’avoir une résonance plus durable? Merleau-Ponty donne un indice: «ces auditeurs trop bien parés, qui prennent l’air de juges et échangent des mots ou des sourires,» ne peuvent ressentir l’effet déstabilisant, bouleversant, de la musique. Même s’ils sont parfois secoués, ils reviennent perpétuellement à la musique avec leurs grands habits avec leur air sérieux. Je lis Merleau-Ponty comme un coup de gueule aux conventions culturelles de la musique classique, et ces conditions préalables qui suggèrent à l’auditeur d’entretenir une relation raffinée (c’est-à-dire «trop habillée») avec la musique, et dont le but serait, dans un certain sens, de rationaliser et d’évaluer. La musique en tant que révélation transcendante n’ose pas se mêler aux aléas de ce bas monde, c’est-à-dire à l’expérience du monde vécu. La musique psychédélique, elle, le fait: la psyché est l’esprit, et delos est le mot grec classique pour «clair, manifeste». Ainsi, la musique psychédélique rend manifeste le fait que, par un changement d’esprit, le monde vécu a le potentiel d’être (ne serait-ce qu’un peu) méconnaissable, étrange, et incroyablement merveilleux. Et la musique psychédélique y parvient non seulement en modifiant la perception de l’espace-temps, mais aussi en sapant et en déplaçant les conventions, les conditions qu’une culture maintient en place pour expliquer et évaluer les tremblements/ effondrements. Je sais que tout cela se prête davantage à la spéculation qu’à l’explication, mais j’espère à tout le moins que cela clarifie toute l’importance et le sérieux que je porte aux propos suivant: Rebecca Bruton et Jason Doell ont réalisé un enregistrement de musique psychédélique, celui que vous avez ici.

Il me semble qu’il n’est pas facile d’affaiblir ou de remplacer les conventions et préalables culturels. On ne peut pas simplement faire quelque chose qui ne fait pas partie du courant: quelque chose d’opposé ou quelque chose d’exotique et étrange, par exemple. Dans ces deux cas, la différence est clairement apparente et reconnaissable dans sa négation et son altérité. Le psychédélisme se produit dans le monde vécu, perçu: vous faites l’expérience de matériaux/événements qui étaient familiers (de famulus «servant», donc des matériaux ou événements qui veilleraient à votre confort) et qui sont maintenant (peut- être subtilement, peut-être inconfortablement) merveilleux, ou même à la fois merveilleux et étranges. Vous pouvez identifier la substance de ce qui se passe, mais vous ne la saisissez plus, vous ne la contrôlez plus, vous ne pouvez plus la comprendre (vous ne pouvez pas tenir bon lorsque vous êtes «bousculé»). Il y a tant de ces choses para-familières qui peuvent être identifiées dans les pièces que Rebecca Bruton et Jason Doell ont écrites pour cet album.

Les deux œuvres sont, de manière générale, diatoniquement modales, et font usage de versions des tonalités majeures et mineures (bien que ces versions soient insidieusement étranges). Écoutée avec l’esprit formé par la culture dans laquelle j’ai grandi, cette musique est touchante, sentimentale et douce (ou, du moins, douce-amère), et l’étrangeté de la musique ne contredit en rien ces sentiments, pas plus qu’elle n’y aspire (je pense…). Cependant, pour moi, l’étrangeté trouble ces sentiments et me permet de me demander quelles autres formes je (et non pas ils) pourrais prendre.

Jason Doell y parvient en écrivant ce qui devrait être une musique simple, d’une clarté déconcertante: une polyphonie tonale lente et sinueuse, se déplaçant impassiblement sur un bourdon. Mais le bourdon n’en est pas un: il glisse continuellement vers le bas, mais seulement d’un demi-ton; les cordes s’accordent avec lui, pas entre elles, et à travers tout cela, le piano est entendu comme le composant le plus désaccordé de la texture (ce qu’il est techniquement, mais c’est une autre histoire). Dans un monde de musique expérimentale rempli de décrets quasi pontificaux sur les systèmes d’accordage, Jason Doell fait de la magie avec un processus désaccordé. Il m’emmène à la périphérie de diverses histoires musicales de la manière la plus simple qui soit, mais avec une résonance complexe (sur le plan du son et de la réflexion).

Dans la pièce de Rebecca Bruton, la mélodie/ harmonie devient psychédélique de par le fait qu’elle est indivisible des textures changeantes de la musique. Cette musique est souvent empreinte d’une virtuosité éphémère, d’une trame sonore complexe et fleurie (parfois opaque, parfois d’une transparence déstabilisante). Mais cette virtuosité n’affirme pas d’effets dramatiques; il y a des gestes, mais ce sont les mouvements de corps sonores, et non les gesticulations quasi significatives de personnages expressifs. Et cette virtuosité peut être mise en scène par des voix sans formation traditionnelle, chantant des harmonies simples et consonantes. Pourtant, ici, je n’ai pas l’impression qu’il s’agit d’une juxtaposition théâtrale, mais plutôt d’une autre façon pour les corps sonores de tisser des textures psychédéliques.

Les deux pièces présentent tant de détails: un piano frappé par six mains (!); des harmoniques de cordes qui claquent et sifflent (parfois ensemble avec des bouches qui sifflent); des sustains de piano complètement fous créés avec des maillets qui roulent; des solos incroyables faits par de nombreux musiciens qui sonnent comme une seule et même personne. On pourrait continuer ainsi; ce n’est que le début d’un almanach des merveilles disponibles ici, le début d’une liste ouverte que seul l’espace m’empêche d’allonger.

Les titres des deux œuvres pourraient être interprétés pour y trouver un sens. Mais je pense qu’ils complètent simplement le son de la musique en poussant la convention du sens vers le psychédélisme. Jason Doell a intitulé sa pièce «to carry dust and breaks through the body» (transporter la poussière et les cassures à travers le corps). Mais dans ses notes d’interprétation, il l’appelle aussi to curry rust and bleaks through the buds et to parry mist and bleeds through the nows. Il dit que c’est «une œuvre née d’une étrange conversation prise dans des toiles qui s’accrochent à des croyances encore continuellement filées. Une image plus simple qui me vient à l’esprit est le bruit du papier plié. Mais en réalité, le devenir partagé que j’ai expérimenté avec Syd (mon BFF) est la plus grande pression imaginable sur ce travail». Rebecca Bruton propose The Faerie Ribbon. Ce titre évoque peut-être de la musique psychédélique rétro (voire un album perdu de l’Incredible String Band). Il est important de se rappeler que les fées sont des êtres magiques radicalement immanents; elles sont de ce monde, mais pas d’une partie facilement accessible aux mortels; elles sont merveilleuses (une merveille du monde), mais pas miraculeuses (transcendantalement divines). Je pense que Rebecca a plié du papier pour en faire une toile, et que Jason y a tissé un ruban de fée.

Martin Arnold [traduction française: Emanuelle Majeau-Bettez, iii-24]

Quelques articles recommandés
La presse en parle

Review

Tom Haugen, Take Effect, 19 septembre 2025

Alissa Cheung, Clemens Merkel, Stéphanie Bozzin and Isabelle Bozzini, i.e. Quatuor Bozzini, come together with Stephanie Chua, Joseph Ferretti, and Elaine Lau, of junctQin Keyboard Collective, for these classically influenced pieces that don’t shy away from avant-garde ideas.

Rebecca Bruton’s The Faerie Ribbon opens with 4 segments, where the unpredictable keys and atmospheric strings unfold with much beauty, curious ambience and even a haunting nature further on.

The back half belongs to Jason Doell’s to carry dust & breaks through the body, where a single 20+ minute track comes with strategic droning, plenty of cinematic qualities and somewhat of an eerie intimacy.

A highly creative outing that’s tonally aware, uniquely psychedelic and emits solos from many players that seem like one, every moment is engaging and artistic.

Une sortie très créative, consciente des tonalités, unique et psychédélique, qui émet des solos de nombreux musiciens qui semblent ne faire qu’un, chaque instant étant captivant et artistique.

Critique

Pierre Durr, Revue & Corrigée, no 143, 1 mars 2025
Un enregistrement qui finalement se caractérise aussi par son aspect énigmatique, souligné par son titre.

Review

Nick Ostrum, Free Jazz Blog, 13 février 2025

Quatuor Bozzini, a string quartet featuring Alissa Cheung, Clemens Merkel, and siblings Stéphanie and Isabelle Bozzini, have been at the forefront of Canada’s new music scene for over two-and-a-half decades, now. Here, they are joined by the junctQín keyboard collective, a somewhat younger but well established and distinguished piano trio — that’s three pianos — consisting of Stephanie Chua, Joseph Ferretti, and Elaine Lau in a series of realizations of composer Rebecca Buton’s Faerie Ribbon and Jason Deoll’s to carry dust & breaks through the body. These and the album title, a root or mirror, blossom, madder, cracks; together, are evocative, but in their opacity and undefined suggestiveness. And maybe that is a fitting way to lead into the review proper. The music is suggestively enigmatic.

Burton’s The Fairie Ribbon consists of four parts of glittery, romantic music that borders on the hymnic. At the same time — and maybe linked to that religious idea of calm, sacred space — it evokes an uneven saunter through a forest pathway with strings enveloping birdsongs just well enough to add an impressionistic mystery. As with any proper forest tale, it plays with light and dark, sometimes seeming more foreboding than carefree. (Leo Orenstein comes to mind in this blend of elements.) Long pauses separate the sections within each part, of which there are four. These mark transitions and escalations, but also mimic the detours and distractions of a light hike, where one stops to view a vista here, or a strange, colorful bird in a tree there, or an odd outcropping one may or may not want to risk exploring. After a quick glance, one returns to their thoughts, meandering along with the hiker’s uncertain path. The listener’s mind and attention is set wandering in a similar fashion, until, in the final part, the piece climaxes in a majestic moment of clarity.

The second half, loosely speaking, of a root or mirror consists of a realization of a composition from Jason Doell. This one is somewhat darker than The Fairie Ribbon and relies on long doubled tones and slow progressions to achieve a sort of grandiosity. Slow melodies waft around a couple central dramatic leitmotifs. The melodies, meticulously excavated from what could otherwise have been a morass of chords, are heavy and plodding, almost menacing in their unison. But the piece shows its real power in the persistence of the drones, the heavy key strikes, the constant loop back to the foundational melody, the anticipation those elements engender. To carry dust is a strong piece, more linear than the itinerant Fairie Ribbon.

In this release, we see two related but diverging faces of the many-sided dice of contemporary composition, inspired by various strands of the postwar new music, but avoiding the stark minimalist or cacophonist extremes. Composers Burton and Deoll are not alone in this pursuit, of course. However, they pursue it with a rare degree of skill and confidence. As do the Bozzini and junctiQin ensembles.

The music is suggestively enigmatic.

Review

Andrew Timar, The WholeNote, 1 janvier 2025
Could Bruton — and Doell — be evoking the power of music to catch us unaware, acting as a transformative agent of the musical medium and listeners alike?

Review

David Reed, The Intelligencer, 10 décembre 2024

Quartuor Bozzini is a respected string quartet, known for their love of contemporary music. The junctQín keyboard collective is a trio of pianists working for six-hand piano (meaning all three pianists are playing the same piano together).

The two entities have merged for this latest release, celebrating and interpreting the music of Rebecca Bruton and Jason Doell.

Bruton’s The Faerie Ribbon is a four-part suite. Part One is a percolating tapestry at the beginning, dissolving into moments of stark minimalism, and gradually rebuilding.

Humming and whistling augment the gentler second part and the third part features only piano with extended silences. Part Four is a dense closing movement.

Doell’s to carry dust & breaks through the body is a curious twenty-minute journey that finds the strings gradually detuning by a semitone over the course of the work, while the piano stays in tune. The resulting dissonance is uncomfortable (which is the point).

Those who are unfamiliar with modern classical music may find this record challenging, but I would encourage the effort to try something new. A wise friend once said “we need to be comfortable with being uncomfortable.”

… percolating tapestry at the beginning, dissolving into moments of stark minimalism, and gradually rebuilding.

Review

David Kettle, The Strad, 25 octobre 2024

The Montréal-based Bozzini Quartet has long been a persuasive new music advocate, and this first vinyl release on its own label amounts to a quiet, quirky celebration of its country’s music and musicians. It’s a collaboration with the Toronto-based junctQín keyboard collective (here, three players at a single piano keyboard), and showcases two thoroughly distinctive Canadian composers.

Rocky Mountains-based Rebecca Bruton mines folk-music sensibilities in her expansive The Faerie Ribbon, which unfolds like a series of brief vignettes observing similar material from contrasting perspectives. She conjures some uncannily beautiful sonorities using harmonies spread right across the piano’s range, plus an orchestral-style richness of double-stopped strings, and there’s a Reichian opulence to the piece’s closing sections, with reedy sustained string harmonies against chiming piano figures. The Bozzini plays with elegance and strong definition throughout, with singing, whistling and humming adding another magical dimension.

By contrast, Canadian composer Jason Doell explores a fascinating and very simple idea in his to carry dust & breaks through the body. An apparently unchanging electronic drone slides lower by a semitone across the course of his piece. The string players adjust their tuning to it as the work progresses, while the pianists, naturally, can’t. The result is a compelling contemplation of sameness and difference, of out-of-tune-ness and dissonance (where does one end and the other begin?), delivered with wit and insight through slow-moving, subtle gestures and not-quite repetitions. The Bozzini’s account is magisterial, often cool and detached, but bristling with engagement, and supple in its shaping of Doell’s sometimes enigmatic phrases. It’s a rewarding release, captured in close, warm sound.

… magisterial…

Kritik

Frank P Eckert, Groove, 24 septembre 2024

Das Montréaler Streichquartett um die Bozzini-Schwestern Isabelle und Stéphanie hat sich von Beginn an herausgenommen, über die Ränder der Neuen Musik hinweg zu agieren. Zu ihren Interpretationen gehören eben nicht nur Alvin Lucier und John Cage, sondern ebenso elektronische Komponistinnen wie Èliane Radigue oder Sarah Davachi.

Trifft das Quatuor Bozzini auf das ähnlich freigeistige junctQín keyboard collective, ist musikalisches Um-die-Ecke-Denken garantiert. Für a root or mirror, blossom, madder, cracks; together (Collection QB, 28. August) haben sie sich dieser Abenteuerlust entsprechende langformatige Stücke von Rebecca Bruton und Jason Doell ausgesucht, ebenfalls Grenzgänger:innen zu Ambient und elektronischer Pop-Avantgarde. Wo sich Brutons „The Faerie Ribbon” an der Schnittstelle von Freak Folk und Neuer Kammermusik bewegt, spielt Doells „to carry dust & breaks through the body” auf rein akustische Weise mit elektronischen Drone-ENekten, mit minimalen Verschiebungen in direkter Nachbarschaft etwa zu seinen digital manipulierten Pianostücken auf dem experimentellen Ambient/Pop-Label Whited Sepulchre.

… la pensée musicale hors des sentiers battus est garantie.

Critique

Frédéric Cardin, PAN M 360, 1 septembre 2024

Il y a de ces albums qui semblent porter la marque d’un niveau supérieur d’exécution et d’importance créative. C’est le cas de ce tout nouvel opus du magistral Quatuor Bozzini, de Montréal, accompagné ici de l’ensemble piano six-mains (oui, six!) JunctQin (prononcer Junction), de Toronto. Vous me direz peut-être que c’est souvent le cas avec les Bozzini. Bien sûr. Mais concentrons-nous sur cette proposition exceptionnelle, bâtie sur l’exécution de deux œuvres canadiennes: The Faerie Ribbon, de Rebecca Bruton, et to carry dust & breaks through the body de Jason Doell.

Si les deux pièces sont à tout point de vue expérimentales, elles n’en demeurent pas moins douces et feutrées. La plus accessible des deux est celle de Rebecca Bruton, une compositrice de Calgary. Celle-ci nous invite dans son univers scintillant avec des gestes pointillistes qui illuminent agréablement l’espace. En plus du piano six-mains et des cordes, il est demandé aux interprètes de chantonner doucement ici et là. Le résultat est d’une grande beauté, certes contemporaine, mais accessible grâce à une «centralité tonale» oscillante, inspirante plutôt que directive. La syntaxe discursive de l’œuvre est divisée en épisodes texturaux facilement identifiables: ça débute dans le foisonnement volubile pour se retrouver plus loin dans un monologue mécanique et monotone avant une sorte de synthèse des deux, dans un contrepoint chargé dont la récitation en formules répétitives rappelle Morton Feldman. Mais ce qu’il faut principalement retenir c’est la beauté envoûtante et sophistiquée de The Faerie Ribbon. Les remarquables contrastes de textures, de toucher et de résonances imposées aux interprètes sont entièrement maîtrisées par les sept musiciens, particulièrement les Bozzini, qui doivent redoubler d’efforts pour bien rendre toutes les nuances presque ultrasoniques de la partition.

Deuxième (et seule autre) pièce au programme: to carry dust & breaks through the body, sans majuscule, de Jason Doell. Je reviens encore à Feldman pour la comparaison, cette fois de façon plus appuyée. Des accords de pianos tempérés sont déposés sur des glissandi descendants répétitifs. La différence avec le compositeur étasunien bien connu est que Doell fait couler très subtilement ses accords de cordes dans des interstices microtonaux. Cela crée une impression d’étrangeté et d’instabilité très finement perceptible grâce à laquelle on finit par se demander si ce sont les cordes qui sont décalées, ou le piano! C’est brillant et, encore une fois, étrangement séduisant.

La méticulosité de l’interprétation est excellente et les Bozzini, avec leurs amis de JunctQin, accomplissent de petits miracles de douceur et de clarté infinitésimale.

À ne manquer sous aucun prétexte si vous aimez le meilleur de la musique d’aujourd’hui.

À ne manquer sous aucun prétexte si vous aimez le meilleur de la musique d’aujourd’hui.

The Best Contemporary Classical Music on Bandcamp, August 2024

Peter Margasak, Bandcamp Daily, 29 août 2024

In his sharply observed liner note essay, Canadian composer Martin Arnold refers to the two pieces on this beguiling album—written by Rebecca Bruton and Jason Doell — as “psychedelic,” which is not a description one expects for contemporary classical music. “It seems to me that undermining/displacing cultural conventions/pre-conditionings is not a straightforward task. You can’t just do something that’s not them: something the opposite or something exotically strange, for example.” Indeed, both works undercut a familiarity with weird, disorienting elements. In Bruton’s Faerie Rhythm, it’s the composer’s own folk-ish, wordless singing and shy whistling that feels deliciously alien, limning elegantly proportioned lines and shapes articulated by Montréal’s endlessly adventurous and adaptable Quatuor Bozzini. All of that sits alongside the work of Toronto keyboard trio junctQín, which sticks exclusively to acoustic piano here. The relative activity of the two outer sections of the piece involved all the musicians, but the two middle parts strip things down to a sparse solo piano passage, which is soon enhanced by solo piano, joining to refashion the outer parts in a solemn, melancholy reverie of unabashed beauty and deceptive simplicity. Doell’s undeniably trippy “to carry dust & breaks through the body” get a lot of its warped qualities from the deceptive fake drone that emerges as the strings steadily pitch down half a step throughout the piece while the piano maintains the same tuning, which makes it seem as if the keyboard is losing it. The interplay between the work’s tender melodic thrust and the increasingly sour harmonic confusion provides its unalloyed power.

… both works undercut a familiarity with weird, disorienting elements.
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