Quand il m’arrive de me sentir gavé, saturé de mélodies, d’accords et d’harmonies, pour me rincer les oreilles et me refaire une virginité musicale, j’aime bien, pendant un long moment, simplement prêter attention aux bruits qui m’entourent ou écouter une bonne séance d’improvisation libre. De préférence en salle puisque le partage du
Le calibre des improvisateurs a son importance, et ici, nous sommes servis
Dès les premières notes, nous sommes plongés dans cette ambiance mystérieuse qui distingue souvent les impros libres réussies, avec cette tension, un peu comme dans un suspense, qui est maintenue de bout en bout. Il y a aussi la lenteur parcimonieuse avec laquelle les instrumentistes, sur la corde raide, déroulent leur fil narratif, la variété des timbres et des textures, comme ces trilles caractéristiques du clarinettiste au vocabulaire étendu, avec vrombissements, feulements, craquements, frottements, tintements, sens de la dynamique et de l’organisation spatiale. Jamais rien n’est forcé, bien qu’il y ait parfois certains accents ou éclats sonores ou des moments plus appuyés. Et jusqu’à la résolution finale, il y a toujours cet équilibre des forces en présence qui est maintenu, comme chez les funambules.
