Au début des années 80, un groupuscule de musiciens travaillait d’arrache-pied en vue de doter le Québec d’une avant-garde musicale qui lui serait propre. Improvisations pures et dures, expérimentations bruitistes, ses créations, sises quelque part entre musique contemporaine et free jazz, en effrayaient plus d’un.
Vingt ans plus tard, la scène de ce qu’on appelle désormais la musique actuelle a considérablement évolué. Se donnant des moyens à la hauteur de leurs ambitions, les Jean Derome, René Lussler, Pierre Tanguay et consorts ont fait connaître leurs musiques bien au-delà du Québec, acquérant au passage une réputation des plus enviables.
Les rouages du genre Le Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) est l’un des moteurs importants du développement de l’avant-garde québécoise. Créé en 1983, il a été — et demeure toujours — une vitrine internationale pour les musiciens, en plus d’être la pierre d’assise du genre grâce à la tradition qu’il a su instaurer. Cela tient beaucoup à la vision du directeur artistique et fondateur du festival, Michel Levasseur, pour qui tradition et avant-garde n’ont rien d’antinomique
Outre le FIMAV, le milieu a su se doter d’infrastructures particulièrement efficaces afin de permettre aux musiciens de diffuser leurs créations malgré leur peu de moyens. C’est ainsi que divers labels comme le vétéran Ambiances magnétiques ou le récent Alien 8 sont nés, que la compagnie de production Supermémé-Supermusique a vu le jour, ainsi que la compagnie de distribution DAME, qui assure la production, la promotion et la diffusion internationale des diverses étiquettes qu’elle chapeaute.
Un public grandissant Avec les années, il semble que la musique actueile effarouche moins les gens. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à s’intéresser au genre et les albums des artistes de l’avant-garde québécoise, qui ne s’écoulaient naguère qu’à l’étranger, se vendent beaucoup mieux au Québec. Même un dialogue s’instaure entre les diverses scènes
Les Québécois s’intèresseraient-ils davantage à l’avant-garde
Cette récupération de l’avant-garde et de divers éléments de la musique actuelle cause bien des maux de têtes à certains artistes qui s’interrogent à savoir s’ils sont en train de se faire dépasser par la présente vague de musique électronique. Crainte non fondée selon Michel Levasseur
Une relève en parfalte santé
En plus de son public qui va grandissant, le milieu de la musique d’avant-garde compte un bassin de musiciens de plus en plus important. Provenant d’horizons aussi divers que le jazz, le postrock ou la musique électronique, ils sont nombreux à suivre les voies tracées par les Robert Marcel Lepage, Diane Labrosse, et Jean Derome et même à collaborer avec eux, qu’il s’agisse d’Alexandre St-Onge, de Dave Kristian ou de la formation Interférence Sardines. La prochaine édition du FIMAV, qui se déroulera du 16 au 20 mai, devrait d’ailleurs en témoigner avec éloquence.
Selon l’auteur-compositeur et guitariste Sam Shalabl (Shalabi effect, Detention), l’une des figures de proue de la relève, l’effervescence que l’on trouve dans le milieu s’explique en partie par l’esprit d’équipe qui y règne
Malgré un creux de vague du côté de la diffusion et des tournées à l’étranger, il apparaît indéniable que la musique actuelle québécoise est en excellente santé et que les conjonctures actuelles laissent présager un avenir des plus prometteurs. Shalabi, qui a quitté l’Île-du-Prince-Édouard il y a dix ans pour s’installer à Montréal ne cache pas son optimisme
