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  • All Is Bright, But It Is Not Day, Fred Frith in Voir

    “Steak Frith”, Réjean Beaucage, Voir, no. 6:10, December 12, 2002
    Thursday, December 12, 2002 Press

    Improvisateur, compositeur et aujourd’hui professeur, le Britannique Fred Frith est une figure incontournable de la musique actuelle depuis trois décennies. Il débarque chez nous avec une toute nouvelle parution bien québécoise, enregistrée en compagnie de musiciens d’ici pour le compte de l’étiquette Ambiances Magnétiques.

    Fred Frith est certainement l’un des musiciens les mieux connus de la scène de la musique actuelle. A travers des dizaines de collaborations avec la crème des improvisateurs et des artistes parmi les plus créatifs, il a élaboré une impressionnante discographie où Henry Cow, Art Bears, Skeleton Crew et Massacre côtoient Étron Fou Leloublanc, The Residents et John Zorn, entre beaucoup d’autres. Il sera à Montréal ce vendredi 13 pour le lancement du disque All is bright but it is not day; qu’il a enregistré avec Jean Derome, Plerre Tanguay et le préneur de son Myles Boilsen. Le disque paraot chez Ambiances Magnétiques (voir chronique Disques).

    Je l’ai joint à son bureau de Mills College, à Oakland en Californie, où il enseigne la composition, la littérature musicale du 2Oe siècle («et du 21e!») et les techniques d’improvisation. Vraiment, la musique actuelle mène à tout! Mills College est un peu le centre du courant expérimental en musique moderne, explique-t-il. Il y avait Lou Harrison et John Cage dans les années 50, Steve Reich aussi un peu plus tard, et au poste que j’occupe, mon predécesseur était Anthony Braxton, et le sien, terry Riley.» Le moins qu’on puisse dire est que Frith est en bonne compagnie sur cette liste. Parmi ses fonctions, ii dirige le Contemporary Music ensemble de Mills, qui compte 25 musiciens auxquels il apprend ies vertus respectives des musiques écrite et improvisée. «Et tout ce qu’il y a entre les deux, ajoute le guitariste. Parce qu’à mon avis, des deux côtés il y a un mouvement vers un terrain commun. Les musiciens de formation classique veulent de plus en plus connaître l’improvisation parce que c’est de plus en plus fréquemment demandé dans le répertoire contemporain. Ça ne se voit pas encore beaucoup dans les salles de concert, mais la prochaine génération le verra davantage. Et ceux qui sont plutôt dans l’électronique et la récupération ont aussi intérêt à pouvoir traduire leur pensée dans plusieurs contextes musicaux, parce que s’il y a une chose qui est sûre, c’est que pour survivre dans le monde de la musique, il est préférable de ne pas être trop specialisé! Moi, par exemple, je suis performer, compositeur de musiques de concert et de musiques de film, professeur, etc. Ça me permet une vie confortable, parce que je ne voudrais pas avoir à me débattre uniquement avec la compétition féroce qui existe dans le monde des musiques de film, par exemple, mais, aussi, chacune de mes activites informe les autres et les enrichit.»

    On ne reprochera pas à Fred Frith de se confiner dans un seul univers, c’est certain. Son emploi à Mills College ne l’empêche pas de donner régulièrement plusieurs concerts par mois un peu partout en Amérique et en Europe, en solo ou avec les formations les plus diverses. «Mais ça a toujours été comme ça, enchaîne-t-il. En 1974, j’étais avec Henry Cow, je faisais un disque solo de musique improvisée et j’étais soliste au London Philharmonic Orchestra. Ce n’est probablement pas très différent de l’agenda de Jean Derome ou René Lussier. Je crois que j’ai beaucoup d’affinités avec ces deux-là; on s’intéresse à plein de choses différentes et ce n’est pas par obligation, mais par choix.»

    Le plus récent disque laisse une grande place au preneur de son Myles Boisen, qui agissait avec les trois autres improvisateurs comme un quatrième musicien, mélangeant les pistes et sélectionnant ies effets pour un mixage définitif sur deux pistes. Frith a ensuite repris l’enregistrement pour le recomposer (sans pour autant le remixer). «Je pense, depuis le premier moment où je suis entré en, studio avec Henry Cow au début des années 70, que 1’enregistrement est la grande révolution musicale du 20e siècle. Ça a changé la musique pour toujours. Je pense aussi que faire un disque d’improvisation pure est un acte un peu contradictoire, qui dénature autant l’improvisation, vivante par nature, que l’enregistrement, qui est fixe, comme une composition écrite. Si on ne tient pas compte de cette spécificité de l’enregistrement, on renie le médium même. Je m’intéresse de plus en plus à l’utilisation de l’improvisation comme base de la composition.»

    Lors du concert du 13, c’est Bernard Grenon qui prendra la relève de Myles Boisen pour un «mixage extrême» du trio Frith-Derome-Tanguay. Si vous n’y avez jamais réfléchi, vous comprendrez très bien tout le pouvoir qu’a entre les mains le type un peu effacé assis derrière la console dans le fond de la salle… Je demande à Frith quel genre de consignes se donne le trio avant de se lancer dans une improvisation: «Des consignes? Avec des musiciens comme Jean et Pierre, on n’a pas besoin de consignes, ce sont des maitres.» Vous en êtes un autre, professeur.

    All Is Bright, But It Is Not Day in Ici Montréal

    “Frith alors!”, François Couture, Ici Montréal, December 12, 2002
    Thursday, December 12, 2002 Press

    Le guitariste Fred Frith fait une rare visite à Montréal, le temps d’une rencontre, de deux concerts et du lancement de l’album All Is Bfight, But It Is not Day en compagnie de Jean Derome et de Pierre Tanguay.

    Pilier de la musique actuelle internationale, rénovateur ds la guitare électrique depuis la parution du premier disque de Henry Cow en 1973, Fred Frith est un compositeur et improvisateur dont la renommée n’est dépassée que par celle de John Zorn. Au cours des 30 dernières années, il a gravé plusieurs classiques, dont Gravity (1980), Step across the Border (1990) et Stone, Brick, Glass, Wood, Wire (1999).

    Frith entretient une relation privilégiée avec le Festival international de musique actuelle de Victoriaville, mais ses passages à Montréal se font rares. «Je ne me rappelle plus à quand remonte ma demière visite. Je suis assez souvent à Victo, mais Montréa… peut-être avec le quatuor de guitares à New Music America, en 1989? Non, je suis sûr qu’il y a eu quelque chose depuis, mais je l’ai oublié!> Cela dit, Frith comme Jean Derome depuis ses premiers contacts avec la scène montréclaise, au milleu des annéss 80. Interviewé d’Oakland (Californie) où il enseigne la composition au Mills Colleges, il explique la naissance de ce nouveau trio: «Jean m’a contacté parce qu’il venait avec Pierre Tanguay à Vancouver, pour me demander s’il y avait une possibilité de jouer à Mills. On en était trés content car […] justement j’étais en train de parler du Qébec dans mon séminaire sur la musique et l’identité culturelle. Ils ont fait un concert avec mon ensemble d’étudiants, c’était fabuleux. Et puis nous avons joué en trio dans un petit club à Oakland le jour suivant. Je voulais profiter de leur présence pour enregistrer quelque chose, mais cela me semblait plus intéressant d’explorer un autre genre d’expérience que l’improvisation pure.»

    Cette expérience consistait à laisser à l’ingénieur assis au pupitre de mixage la possibilité de traiter ies improvisations en temps réel par des manipulations par ordinateur. Frith a utilisé le même concept pour le disque Digitol Wildlife de son trio Maybe Monday, paru l’an demier. Dans les deux cas, l’ingénieur Myles Boisen est devenu un membre du groupe à part entière: all improvisait et nous étions ses instruments», confirme le guitariste.

    All Is Bright, But It Is not Day a été enregistré en février 2001. Depuis, le trio ne s’est produit qu’une seule fois, au festival de Guelph (Ontario), en septembre. Boisen ne fera pas partie du voyage, mais pour le concert du 13 à la Sala Rossa, le trio sera complété par Bernard Grenon à la prise de son et aux manipulations. Le concert du 14 prendra une tout autre allure. Dans l’ambiance intime du Va-et-Vient, Frith, Derome et Tanguay seront laissés à eux-mêmes, sons électronique, voire carrément détranchés: «Je jouerai de la guitare acoustique. Au point de vue approche, ce sera très différent.»

    À l’ecoute du disque, on constate que ce trio n’a pas peur de s’amuser. Les appeaux, jouets et petits objets de Derome ainsi que les crocs-en-jambe rythmiques de Tanguoy peuvent parfois pousser l’improvisotion jusqu’au ludisme enfantin (voir leur duo Plinc! Plonc! paru l’an dernier). Y a-t-il encore une place pour la joie de vivre et l’humour dans les musiques créatives en 2002? «Ah, l’humour, soupire Fred Frith. L’artiste Richard Long à dit quelque chose que j’aime beaucoup: «Je ne crois pas que l’on puisse séparer l’enfance de l’âge adulte. Je crois que l’on demeure la même personne tout au long de notre vie. Avoir de l’humour ne veut pas dire que notre musique ne peut pas être «sérieuse» ou «profonde». Cela veut seulement dire que l’on ne se prend pas au sérieux!»

    Cette musique explore des textures douces-amères…

    All Is Bright, But It Is Not Day in Voir

    “Critique”, Réjean Beaucage, Voir, no. 6:10, December 12, 2002
    Thursday, December 12, 2002 Press

    Si on les connaît un peu, on sait que Fred Frith, Jean Derome et Pierre Tanguay sont capables de déployer une assez vaste quantité de sons étranges. Le guitariste, le saxophoniste et le percussionniste ne s’en tiennent pas souvent qu’à ces seuls instruments et aiment utiliser de nombreux gadgets qu’ils triturent par des techniques connues d’eux seuls. Si en plus le preneur de son, en l’occurrence Myles Boisen, se met de la partie pour maquiller les sons et les balader d’un haut-parleur à l’autre, improvisant en direct avec le trio comme matière première, le résultat est assez surprenant. Enregistré directement sur deux pistes, il combine la spontané de l’improvisation instrumentale avec un travail sur la texture sonore proche de l’électroacoustique. À expérimenter en concert à la Sala Rossa le l3 décembre.

    … on sait que Fred Frith, Jean Derome et Pierre Tanguay sont capables de déployer une assez vaste quantité de sons étranges.

    Prairie orange in Ici Montréal

    “Guide CD”, François Couture, Ici Montréal, December 12, 2002
    Thursday, December 12, 2002 Press

    Rares sont ceux qui croyaient voir un jour un nouveou disque des Poules, 16 ans après leurs premiers coquètements. Depuis, nos chers volatiles ont connu plusieurs aventures, ensemble et séparément, au sein des différents projets d’Ambiances Magnétiques. Il faut donc comprendre que le nouveau poussin piaille de façon bien différente. On nous présente neuf improvisations en demi-teintes, prolongement du travail de Diane Labrosse avec Martin Tétreault dans Parasites et de la Musique d’hiver de Joane Hétu. Cette musique explore des textures douces-amères sans sombrer dans le réductionnisme européen. Et les vocalisations de Hétu restent l’un des trésors les plus déstabilisants de la musique actuelle d’ici.

    Cette musique explore des textures douces-amères…

    Océan pour la suite in Revue & Corrigée

    “Disques”, Pierre Durr, Revue & Corrigée, no. 54, December 1, 2002
    Sunday, December 1, 2002 Press

    Le second montre une préoccupation plus écologiste à travers une douzaine de titres (vagues, plage, plancton, dépollution, bestiaire marin…), proposés en duo avec Martin Tétreault, Alexandre St-Onge ou la saxophoniste Maryse Poulin.

    Au-delà de ces thématiques, l’auditeur découvre surtout une musicienne defricheuse, dont le jeu de guitare fait, parfois mais inévitablement, penser à Fred Frith — pour les parties les plus expérimentales — ou à Eugène Chadbourne. Son partenariat avec Jon Asencio montre surtout 3 ses diverses approches de son instrument, tandis que ses duos sur le second enregistrement mettent l’accent surtout sur les confrontations sonores plus ou moins bruitistes avec ses acolytes, en particulier avec Martin Tétreault. À découvrir.

    À découvrir.

    Océan à vendre / For Sale in Revue & Corrigée

    “Disques”, Pierre Durr, Revue & Corrigée, no. 54, December 1, 2002
    Sunday, December 1, 2002 Press

    L’édition presque simultanée de ces deux enregistrements nous permet de découvrir — en tout cas, nous, auditeurs du vieux monde — une musicienne québécoise, guitariste rompue aux techniques de la guitare sur table, mais aussi chanteuse et manipulatrice d’instruments électroniques.

    Sylvie Chenard travaille en fait depuis plus de dix ans dans des domaines multidisciplinaires. Elle est poétesse (Chansons et chroniques de la baleine, éditions Triptyque, 1994), musicienne engagée, aussi bien dans le féminisme (CD Manifeste, en duo avec Hélène Boissinot, réalisé en hommage aux femmes rebelles d’hier et d’aujourd’hui), que la défense d’autres opprimés (du pain et des roses, titre céeé en 1995 dans le cadre d’une marche québécoise contre la pauvreté). Militante contre l’extermination des baleines, contre la disparition des cultures et des langues indigènes, elle crée une structure, les projets de la baleine, pour monter ses spectacles, éditer ses créations sonores, parmi lesquelles on note un triple CD Hybride, incluant des duos d’improvisation, de recherches musicales, avec la participation de poètes, de bardes, de déclarations politiques, de mentions des droits de l’homme, etc. Le musée des survivantes, autre réalisation est une célébration de la vie, ses joies, ses peines, ses colères, les cultures perdues, L’univers des machines…

    Océan à vendre et Océan pour la suite évoquent, chacun un aspect du militantisme de la dame. Le premier dénonce, à travers dix-huit titres, la dérive commerciale du monde actuel (Cerveau à vendre, Amour à vendre, Nuit à vendre,Liberté à vendre…). Réalisé en duo avec Jon Asencio (basse, échantillonnage), il a été conçu dans le cadre d’un événement anarchiste Social self aid.

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