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Natasha Barrett

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L’électro savant d’Akousma

Alain Brunet, La Presse, November 28, 2007

Dans son studio de la Petite Patrie, le compositeur Robert Normandeau remet les pendules à l’heure de Réseaux, l’organisme qu’il a fondé en 1991 avec ses collègues Gilles Gobeil et Jean-François Denis et qui présente dès aujourd’hui quatre soirées consécutives de nouvelle musique électroacoustique: l’Anglaise Natasha Barrett, le Portugais Miguel Azguime, le Canadien Laurie Radford et le Québécois Gilles Gobeil.

Cet organisme, qu’on a déjà qualifié de pur et dur, a abandonné son volet acousmatique comme mode dominant, c’est-à-dire la musique élecroacoustique présentée sans intervention humaine en temps réel — sauf quelques spatialisations du compositeur à la console. Désormais, la plus savante des formes de musiques électroniques s’accompagne régulièrement d’instruments joués sur scène et même parfois de compléments multimédias.

Robert Normandeau ne parle pas d’abandon de l’austérité… il préfère évoquer la mutation de la lutherie pour justifier ce passage progressif de l’acousmatique aux musiques mixtes: «Maintenant, on peut se permettre à faibles coûts ce qui n’était pas possible jusqu’à une période relativement récente — plus ou moins cinq ans. Auparavant, cela nécessitait un dispositif extrêmement lourd et très cher. Or, les ordinateurs personnels sont maintenant assez puissants pour admettre les logiciels permettant cette cohabitation avec les instrumentistes. Cela a forcément changé la façon dont on crée l’électroacoustique.»

D’où l’événement Akousma, marqué par un retour en force du compositeur électroacoustique avec l’instrumentiste qui complète en temps réel sa proposition numérisée.

Question de génération, ajoute Normandeau, qui observe le phénomène en tant que professeur à la faculté de musique de l’Université de Montréal: «On voit apparaître de jeunes créateurs qui baignent depuis l’enfance dans l’informatique. Ce langage leur est parfaitement naturel. Et leurs collègues instrumentistes, issus de la même génération, se montrent parfaitement ouverts à la transmission orale de leurs consignes. Ainsi les œuvres revêtent un caractère unique, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas jouées par d’autres instrumentistes que ceux en relation directe avec le compositeur.»

D’envergure internationale, Akousma se veut un «mélange de compositeurs» connus et moins connus de la petite constellation Réseaux — la seule société de diffusion qui présente uniquement les musiques électroacoustiques de concert, doit-on rappeler. Ainsi, œuvres acousmatiques (diffusées sur plus de 20 haut-parleurs par les compositeurs), mixtes (pour instruments et bande), et vidéomusiques (performance multi-technologique) en constitueront le menu.

Bien qu’on y présentera d’autres œuvres, notamment les gagnantes du prix Hugh-Le Caine (du Concours des jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN 2007), chacune des soirées sera dédiée à un créateur: les compositions de l’Anglaise Natasha Barrett (établie en Norvège) seront présentées aujourd’hui, le Portugais Miguel Azguime sera sur place demain, le Canadien Laurie Radford (transplanté en Angleterre) et le Montréalais Gilles Gobeil seront respectivement à la barre vendredi et samedi.

Des exemples de ce qu’ils feront? Miguel Azguime combinera électroacoustique, poésie et percussion en temps réel dans le cadre d’une intervention multimédia. Une partie du travail de Laurie Radford, par ailleurs, impliquera le quatuor à cordes Bozzini. D’autres œuvres incluront des instruments en temps réel. Gilles Gobeil, pour sa part, présentera trois œuvres créées en Allemagne, soit au centre d’art médiatique ZKM.

«De l’électro comme jamais vue», dit le slogan promotionnel.

D’envergure internationale, Akousma se veut un «mélange de compositeurs» connus et moins connus…

Explorer le son

Christophe Huss, Le Devoir, November 27, 2007

Si les quatre soirées d’Akousma (4), qui se tiendront de mercredi à samedi au Monument-National, nous promettent «de l’électro comme jamais vue!», c’est que la vidéo prendra une part non négligeable au cœur de ces concerts de musique acousmatique.

Akousma est organisé par Réseaux des arts médiatiques, une société de concerts de musique électroacoustique fondée en 1991 par Gilles Gobeil, Robert Normandeau et Jean-François Denis. Réseaux définit la musique acousmatique de la manière suivante: «Un son acousmatique désigne un son que l’on entend sans déceler la cause physique qui lui a donné naissance; il devient possible de l’écouter pour lui-même, plutôt que de le cataloguer selon sa cause.»

La musique électroacoustique, concrète ou acousmatique, selon les termes divers utilisés, doit beaucoup au Français Pierre Schaeffer, son inventeur, à son compatriote Pierre Henry, qui a le plus «popularisé» le genre et, bien sûr, au Québec, à Francis Dhomont, auquel la précédente édition d’Akousma avait rendu hommage. On signalera d’ailleurs qu’un DVD consacré à Pierre Henry, L’Art des sons, est paru chez Juxtapositions (distribution Naxos) il y a une semaine.

Le but de Réseaux est de faire de Montréal la capitale nord-américaine de l’électroacoustique. À l’occasion d’Akousma, vingt haut-parleurs relaieront les créations conçues préalablement en studio. La soirée d’ouverture sera consacrée à l’anglo-norvégienne Natasha Barrett (Angleterre, Norvège). Jeudi, le Portugais Miguel Azguime livrera une «performance multitechnologique» mêlant audio et vidéo avec, sur deux écrans, un traitement électronique des images et du son en temps réel, additionné d’une spatialisation sonore et vocale.

Vendredi Laurie Radford dialoguera avec le Quatuor Bozzini (Québec) dans «Les ponts de l’espace», la soirée de clôture de samedi dressant un portrait de Gilles Gobeil intitulé «Exploration des grands espaces». Tous les concerts sont précédés d’un avant-programme, avec, notamment, des œuvres primées de jeunes compositeurs.

Parallèlement, des cours de maître, ateliers et conférences ouverts gratuitement au public, auront lieu avec Miguel Azguime, Natasha Barrett et Laurie Radford jeudi 29 novembre à 13h à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

Le but de Réseaux est de faire de Montréal la capitale nord-américaine de l’électroacoustique.

Sounds Around: Field Recordings in Electroacoustics

David Turgeon, electrocd.com, June 1, 2003

Field recordings have always fascinated electroacoustic composers, ever since Pierre Schaeffer’s Cinq études de bruits (1948), featuring processed train sounds. With R Murray Schafer’s Vancouver Soundscape 1973 (1972-73), these everyday sounds are articulated around a discourse which will be termed “sound ecology,” whereby sounds keep their original meaning, and no longer serve as anecdotic content to be used and abused at the composer’s whim. Jonty Harrison synthesises these two approaches in his short text {cnotice:imed_0052-0001/About Évidence matérielle/cnotice}.

Actually, every composer seems to have their own unique approach towards field recordings. If sound ecology has seen the burgeoning of microphone artists such as Claude Schryer and of course Hildegard Westerkamp and her famous {cpiste:imed_9631-1.3/Kits Beach Soundwalk/cpiste} (1989), sound travels such as French duo Kristoff K Roll’s CD Corazón Road (1993) are, in this respect, closer to the art of documentary film. Meanwhile, Brooklyn-based composer Jon Hudak starts off with an extremely minimalist palette so as to seek out the “essence” of sounds, which, to the listener, translate into soft, dreamy soundscapes. A student of the aforementioned Jonty Harrison, Natasha Barrett conceives beautiful landscapes of sounds with very discreet field recordings, that retain an aesthetic likeness to the acousmatic tradition.

Many young composers settle into this landscape (of sound…) and their work is of such interest to us, it would be a shame not to let them be heard. We shall first mention the California-based V. V. (real name Ven Voisey), who organises his found sounds into an architecture reminescent of “old school” musique concrète—doing so, he uncovers a previously unheard aesthetic affinity between Schaeffer and Merzbow… With Relisten, Austrian composer Bernhard Gal guides us through his carefully selected episodes of “found musics” (that is, musical structures that preexist within the environment.) Finally, because of its numerous ideas and its incredible pacing, the surprising flume ridge.halifax.lisbon (2001) from Montréal composer Cal Crawford will undoubtedly seduce listeners looking for unheard acousmatic grounds.

Two small treats to end with. First, the pretty Aenviron: one mini-CDR is a simple thread of five pure field recordings (with no processing!). After all, if there is such a thing as cinema for the ear, why shouldn’t there be a photo album for the ear! And to close the loop, may we also suggest to make a stop at Lionel Marchetti’s recent mini-CD with the evocative title, Train de nuit (Noord 3-683) (1998-99). This work for one loudspeaker, dedicated (couldn’t you guess?) to Pierre Schaeffer, remind us again of the ever renewed importance of environmental sources in feeding the electroacoustic ocean.

Translated from French.