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Serge Arcuri

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Décès du compositeur Serge Arcuri

Christophe Huss, Le Devoir, June 28, 2024

Le Centre de musique canadienne au Québec (CMC) a annoncé jeudi dans l’après-midi la mort du compositeur Serge Arcuri des suites d’une longue maladie. Serge Arcuri venait d’avoir 70 ans le 10 juin dernier.

L’un des grands compositeurs vivants du Québec ne parachèvera donc pas son Requiem, dont resteront éternellement les regrets et la lumière de ce Lux æterna à six voix, filmé en décembre 2020 par l’Ensemble Mirabilia mené par Myriam Leblanc, et que l’on trouve sur YouTube.

Ces sept minutes disent beaucoup de la subtile richesse de la poésie sonore de Serge Arcuri, auquel ses amis musiciens avaient rendu hommage au CMC [au Québec] le 1er mai dernier lors d’un concert intime que Le Devoir avait commenté en évoquant La grande solitude de Serge Arcuri.

Il faut évidemment enrichir l’éventuelle découverte, sur YouTube, du compositeur par l’écoute de la monographie Migrations, parue en CD chez Atma en 2011. Ce disque nous avait fait écrire alors: «Serge Arcuri possède donc ce qui fait l’essence d’un grand compositeur: un langage et un monde. En cela, il a l’étoffe de devenir notre Einojuhani Rautavaara ou notre Pēteris Vasks… en plus écorché.»

Amers regrets

Rien n’est venu contrecarrer cette impression, mais rien non plus n’est venu la renforcer, puisque la plus grande difficulté pour un compositeur est de se faire entendre. On aurait pu avoir un espoir avec Les mouvements de l’âme, pour violon et orchestre, partition créée en 2013 par Andrew Wan et l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) sous la direction de Jacques Lacombe. Mais la commande était celle d’une pièce pour violon de format convenu (le 10-15 minutes protocolaire formaté); beaucoup mieux que rien, beaucoup moins qu’un vrai concerto pour violon, même s’il est décrit ainsi.

La liste des œuvres d’Arcuri, rendue disponible par le CMC, montre que le legs du compositeur n’est pas pléthorique. Il comprend de nombreux essais de confluence entre la musique instrumentale acoustique et l’électronique ou des sons enregistrés, très peu de pièces orchestrales (Agrégats de 1979 et Amers de 1986, puis Les pierres du soleil des aurores à la nuit de 2007). Lors du concert de mai, nous avions été très impressionnés par les Fragments, pour piano seul, choisis par Louise Bessette

Élève de Gilles Tremblay au Conservatoire, Serge Arcuri avait remporté en 1981 le Prix Ernest-MacMillan de la CAPAC (SOCAN) pour Agrégats. Outre Migrations, le CD Atma de 2011, une autre monographie était parue en 1993 chez Empreintes digitales sous le titre Les méandres du rêve. Plus de deux œuvres sur trois de Serge Arcuri ne sont pas accessibles.

Dans un portrait, Le sondeur d’âme, tissé par Le Devoir en 2013, Serge Arcuri, qui a aussi composé pour le théâtre, le cinéma et la télévision, révélait son admiration pour György Ligeti, Anton Webern et Edgard Varèse. Ce trio-là résume bien des choses et la présence de Webern, maître du raffinement sonore dans une complexe simplicité, y est capitale.

Dans l’article, écrit alors par le philosophe Michel Seymour, on lisait: «Il n’a pas de poste au Conservatoire ou à l’université, mais ne se sent pas pour autant ostracisé. Le milieu québécois de la musique est selon lui trop petit pour donner lieu à des querelles de clocher.» On ne saura jamais si la question était: «Si vous aviez un poste, pensez-vous que vous seriez joué à l’aune de votre talent?»! Mais, comme on le lisait plus loin: «Arcuri roule sa bosse depuis trois décennies et plus rien ne le surprend. […] Sans être désillusionné, mais sans se faire d’illusions, il a avec les années appris à “composer” avec cette réalité difficile.»

Cruel destin. Le manque est d’autant plus grand que nous ne savons pas ce que nous avons manqué et pourquoi!

… nous ne savons pas ce que nous avons manqué…

Mr. Sandman

Andrew Jones, Montreal Mirror, no. 9:29, December 16, 1993

SONGWRITERS LOVINGLY CALL their dreams muses — a vocabulary to translate the compositional process. Hip artists, such as Brian Eno and Suzanne Vega, have gone so far as to say they have even heard entire songs handed down to them while they slept.

Dreams have long fascinated composer Serge Arcuri. Yet he could never quite bring their surreal, unearthly power to the stage with orchesiral instruments that were hundreds of years old. “Dreams, like myths, express themselves in a symbolic language, communication both obscure and universal,” Arcuri writes in the liner notes to his debut CD for empreintes DIGITALes, Les méandres du rêve. “At the heart of the night, brandished against this apparent death that is sleep, the dream world is more a product of senses and seduction than one of speech.”

The breakthrough for the 39-year-old native of Beauharnois was hearing electroacoustic music. This oft-misunderstood branch ofthe musical tree was born in 1949 when Pierre Schaeffer started using a tape recorder to bulk erase the musical past and record over it the music of the future, “musique concrète.” Forged and sculpted in the multi-track recording studio with both live and synthetic sound sources, electroacoustic music has always been headphone fodder, music for our personal headspace. Like dreams, electroacoustic music offers a hot-wired short cut to the subconscious, the topology of sounds triggering something different in every listener, a soundtrack to films and visuals limited only by our imaginations.

“I like the ease with which electroacoustic music can transport yourself into many different acoustic surroundings,” says Arcuri. “That’s much more diffcult to do in a concert hall. But on the other hand, I don’t like excluding instruments. I like to have a mix of electroacoustics and live instruments, so the work is somewhere between reality of the concert stage and the ‘inouïe’.”

Arcuri studied with Yves Daoust at Conservatoire de Musique de Montréal, and has an impressive list of commissioned works to his name from the SMCQ, ACREQ, CBC and The Vancouver New Music Society. It’s not difficult to understand why: Arcuri’s work avoids the studied aridity of most “musique concrète.” It’s dazzling, texturally ravishing, and propulsive, recalling the recent pop-oriented work of John Adams on Hoodoo Zephyr — only minus the minimalist pulse.

Les méandres du rêve (Dreams’ Meanders) was a long-term project begun in 1982 with Arcuri’s first electroacoustic piece Errances. Arcuri tried to keep a diary of dreams and incorporate them into the pieces as they were written, but found his dreams weren’t up to the quality of the project, so he decided to stick to themes rather than specifics. Indeed, most of the pieces here work on a visceral rather than literal level. Murmure, for example, revisits tribal myths about the origins of life and the big bang through processed and sampled breath sounds.

La porte des sables, for oboe, English horn, MIDI percussion and tape, is inspired by the fables of Moroccan writer Tahar Ben Jelloun’s novel The Sand Child. The music, while bereft of the quarter tones that permeate most Arabic music, evokes the serene, still mood of the desert through the arabesques of the horn playing. “Reading Jalloun opened my ears,” says Arcuri. “The idea of each door leading you deeper into myth, deeper into the unconscious.”

Arcuri has had the good fortune to work with intuitive and passionate soloists such as oboist Lawrence Cherney, harpist Erica Goodman, French homplayer Francis Ouellet and percussionist Trevor Tureski. “More and more instrumentalists are interested in working with electroacoustics,” Arcuri explains. “After all, these pieces were written to be included in someone’s repertory and to be easily played. I like to have open rhythm sections for the player to roam. I don’t like to be a metronome.”