Callas: La diva et le vinyle, Robert Marcel Lepage, Martin Tétreault in Le Devoir
Les viniers et les plats de croustilles étaient vides, les chandelles s’épuisaient aussi, il fallait se résigner. La soirée Callas que la Cinémathèque de Montréal avait programmée le 9 juin serait reportée (au 26 juin que je vous conseille) pour cause de panne d’électricité dans le quartier. Le climat vaguement surréaliste des lieux se prêtait bien, toutefois, au lancement par la Phonothèque québécoise du disque Callas, la Diva et le Vinyle, tissage sonore indescriptible du clarinettiste Robert Marcel Lepage et de son compère Martin Tétreault qui se définit comme
Tout en demeurant fort accessibles au commun des mortels, les soirées de ce genre relèvent certes de la culture plus
Les deux films ont été tournés en une seule soirée dans un studio de télévision à Paris, et programmés sur la chaîne franco-allemande Arte en septembre 1997, pour le vingtième anniversaire de la mort de Maria Callas.
Le montage, typiquement français, est plus cérébral que la conversation, souvent passionnante et où s’accumulent mille enseignements. La caméra ne connaît que deux ou trois mouvements, le cadrage est tout croche, certains invités disparaissent derrière une sorte d’écran transparent qui se veut artistique mais ne réussit qu’à être encombrant. Le pari est toutefois tenu, celui de nous amener à
Et de là, on peut entreprendre d’autres voyages. Sur le plateau, par exemple, on retrouve Réal La Rochelle, le président de la Phonothèque québécoise dont je vous entretenais la semaine dernière, sans doute l’expert entre tous de la discographie de Callas. Étudiant en cinéma à Paris au début des années 60, M. LaRochelle avait eu le culot de lui écrire, tout bonnement aux soins du Covent Garden de Londres, pour requérir le privilège d’assister à un de ses enregistrements en studio, d’autant qu’il lui était impossible de se procurer les billets pour ses prestations publiques. Et il s’était retrouvé quelques mois plus tard salle Wagram, à Paris, à observer son travail en Tosca, ce qui déclencha chez lui un peu comme chez Werner Schroeter une vocation Callas qui l’a mené entre autres à son doctorat et à des publications importantes dont Callas, la Diva et le Vinyle, la POPularisation de l’opéra dans l’industrie du disque, paru en 1988 chez Triptyque, titre repris en partie par le disque de Tétreault et Lepage dont il signe d’ailleurs la présentation. Et plus récemment, mouture revue et augmentée de ce premier ouvrage, les éditions Christian Bourgois ont publié de lui, à Paris, Callas, l’opéra du disque, une merveille de travail savant rédigé de façon très personnelle. Vous y découvrirez, à travers la cantatrice, l’histoire de l’industrie du disque classique durant la deuxième moitié du siècle, un monde que les ventes de la Callas continuent de dominer vingt ans après sa mort. À la différence de tant de gens de culture, Réal LaRochelle ne regarde pas de haut
Si vous habitiez en France, ce mélange d’enseignement et de divertissement de haut niveau vous aurait été accessible en direct de votre fauteuil, par les bons offices de la chaîne Arte qui, le 17 septembre dernier, mettait en ondes pas moins de quatre heures d’émissions regroupées sous le titre Thema Callas, dont certains films présentés récemment dans le cadre de notre vaillant Festival international de films sur l’art (FIFA). La
Vous aurez lu quelque part que notre Société Radio-Canada, celle qui s’enorgueillit de préférer le gouret aux livres, celle qui a mis au point le style Snyder et n’a pas connu de plus grand chagrin que son émigration à Télé-Métropole, celle qui entre en indicible jouissance devant les cotes de sa
Mais les regrets de M. Pivot, si nous pouvions un jour les éprouver, seraient un luxe. Car les dirigeants d’Arte, distinction majeure, ne sont pas les mêmes qui ont dégradé la télévision française. Ce qui nous menace, si la SRC obtient le mandat de créer un Arte canadien, c’est d’hériter d’un travesti, où la cote d’écoute continuera à tenir lieu de cerveau, car sa dictature est acceptée chez nous avec enthousiasme, conviction et fierté. L’idée derrière Arte est plutôt celle d’une rébellion continue contre les idées audio-visuelles reçues et d’une foi en l’intelligence et la curiosité des spectateurs. Il faudrait plutôt la confier, de façon autonome, à des gens capables de comprendre que quatre heures d’émissions sur Callas n’épuisent pas le sujet ni l’être humain qui les regarde, et désireux eux-mêmes d’en savoir plus. Ça se trouve, entres autres à la Cinémathèque.

