À la sortie de ce concert, en mai 2010, nous savions tous que nous venions de vivre un moment magique, d’une force inouïe. Puis le temps fait son œuvre et on commence à douter; on revoit l’artiste dans des prestations subséquentes, et on doute encore. Arrive enfin Anuraaqtuq et oui, c’était bien vrai, c’était vraiment un moment magique, que ce disque a merveilleusement préservé. Anuraaqtuq est le premier disque documentant le Tanya Tagaq trio tel qu’il œuvre depuis 2009. Avec le batteur Jean Martin et le violoniste Jesse Zubot, la chanteuse inuit s’éloigne de sa pop métissée pour plonger tête première dans l’improvisation libre ultra-émotive. Elle crie, hurle, jappe et jouit, transmuant les émotions les plus ataviques en un chant sidérant. Et ce soir là, elle a atteint un sommet inégalé de son art, devant un public qui, contrairement à son habitude à elle, buvait tout cela et en redemandait. Une communion comme j’en ai rarement vu et entendu dans ma vie, mais qui, lorsque j’en suis témoin, se produisent au FIMAV et nulle part ailleurs.