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Camping sauvage

Catherine Perrey, Ici Montréal, 13 avril 2000

Ça se présente un peu comme la couverture d’Astérix et Cléopâtre,avec une énumération époustouflante: 26 musiciens, 3 danseurs, 5 lecteurs, 14 projets musicaux, 1 expositions, 1 rencontre, 17 répétions publiques, 2 ateliers et 8 concerts. Ouf! En entrevue Jean Derome et moi nous sommes penchés sur le programme général comme si nous étions en train de consulter une carte géographique, pour nous repérer dans cette jungle luxuriante.«Dans la perspective d’Une exposition de musique, il s’agit de montrer des œuvres qui n’ont pas, entre autres, fait l’objet de disques, et de les présenter dans l’esprit d’une rétrospective, pour voir où elles sont rendues et leur redonner une nouvelle vie.

Et puis, il y a également les ensembles qui existent déjà, mais qui vont poursuivre leur démarche, précise Derome. C’est une vraie résidense d’artiste; je vais essayer un tas d’affaires pendant deux semaines et j’ai le luxe incroyable d’avoir des musiciens presqu’à temps plein à ma disposition». Et comment! Malgré une discographie comportant 15 enregistrements, Jean Derome ne représentera rien de figé sur ces galetes. Les Dangereux Zhoms, par exemple, son populaire ensemble dédié à l’exploration des œuvres extraites de ses carnets de voyage, travailleront uniquement du matériel inédit pendant quatre répétions publiques- et gratuites- en journée, et présenteront le fruit de leur labeur pendant deux soirs différents. Tout un chacun pourra ainsi assister à la genèse des œuvres. Il y aura également les cinq répétitions publiques et le concert du Grand ensemble canot-camping, un orchestre de 11 musiciens improvisateurs qui constitue la matrice d’une bonne partie des sous-ensembles présentés tout au long de cette folle quinzaine: «Les 11 musiciens sont employés à toutes sortes d’autres tâches. Un lien va se créer entre tous les concerts, comme par exemple, l’dée de nature.»

L’impro. c’est du sport

En effet, Derome, qui est également féru de littératures (comme en témoigne son disque Hommage à George Perec), proposera une soirée Littérature et musique où cinq lecteurs accompagnés de cinq improvisateurs déclameront des textes de Ferron, Caneti, Brosse… et dont le thème principal est la nature. D’autres projets sont étonnants, parce que Jean Derome quitte son saxophone et ses appeaux pour se transformer en pianiste, avec Nathalie Derome et en batteur au sein d’un quatuor de tambombours, ce qui est totalement inédit (en public) pour ce travailleur de sax. «Je me domme un concert, je me fais cette confiance-là alors que je joue très mal du piano et que je suis très nerveux. L’idée primordiale, c’est de toujours renverser l’aspect «performatif» et de se laisser la chance de faire des choses», précise le musicien. Quant à l’improvisation, elle est la cheville ouvrière de la vie musicale de Derome (voir le superbe texte sur l’improvisation dans le programme), qui ajoute:«En improvisation libre, il y a une ouverture incroyable à tout ce qui se passe.On se sent à la fois complètement libre de prendre n’importe quelle décision.»Et de conclure: «Pour moi, la musique, c’est la forme supérieure de pensée. C’est incroyable, lorsque quelqu’un me parle, j’entends parfois des réponses en musique. Ça n’arrive parce qu’on senrait vite dans une voie de non-communication!»

Jean Derome [Photo: Jean-Claude Désinor, Montréal (Québec), août 2009]
Jean Derome