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Critique

Manu Holterbach, Revue & Corrigée, no 44, 1 juin 2000

“Le matériau de départ de ce disque consiste en un ensemble de prises de son de ma bouche, et documente aussi le fait d’avoir un micro dans ma bouche alors que je dormais devant ma maison”. Il n’y a pas plus d’informations sur ce disque, ni titre, ni date, ni rien. La discrétion aussi semble être le matériau de départ. Et c’est un très beau disque qui en est le résultat. Alexandre St-Onge mâche une musique de scintillements, de craquements. Sa bouche doit être remplie d’étincelles électroniques, ou de verre pilé pétillant. Là où on cherche où se trouve la langue, la glotte dans ces stases crépitantes, là où le souffle reprends ses droits, la où les dents deviennent enfin un clavier à la Lewis Caroll. Alexandre St-ONGE nous raconte avec Une mâchoire et deux trous que c’est dans la bouche que commence la poésie, et dans le réel microscopique qu’elle se loge.

Alexandre St-Onge semble venir de Suisse, mais sa proximité poétique avec ces excellents californiens, explorateurs délicats de l’infime sonore: Loren Chasse, Brandon LaBelle et Steve Roden, est troublante et bienvenue.

Une mâchoire et deux trous