Comme mon père était potier, j’ai su très tôt ce que «tessons» voulait dire. Vivre entouré de poteries, c’est risquer l’amour de choses fugitives. C’est s’apprivoiser à de fidèles amis tout en n’oubliant pas qu’ils sont fragiles et peuvent se casser à tout moment. C’est garder en tête qu’il vaut mieux vivre entouré d’œuvres d’art que de les mettre sous clé. Quand Joane Hétu m’a demandé le titre de la pièce que j’étais en train de composer pour le concert Démantibulé·es, le mot m’est revenu spontanément. Ma pièce Tessons mêle trois matières contrastées: Le Fil représente la vie qui pousse obstinément comme une racine; cette vie qui recommencera toujours, avec ou sans nous. Le Texte représente le temps qui passe: une longue énumération de mots reliés à «tessons», mots qui tombent inexorablement comme le supplice de la goutte d’eau. Les Éclats me font penser à une grosse pile de vaisselle qui éclate comme le rire de la mort.
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Création
- 4 mai 2022, Démantibulé·es, Espace bleu — Édifice Wilder — Espace danse, Montréal (Québec)