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Aboiteaux

Jean Derome

Aboiteaux

  • Jean Derome
  • Année de composition: 2021
  • Durée: 19:00
  • Commande: Productions SuperMusique avec l’aide du Programme d’aide aux commandes d’œuvres de la Fondation SOCAN

«Nous sommes des êtres de passage, des nomades continuellement sur la route. Nous défrichons à mesure nos propres chemins qui sont souvent tortueux, fragiles, improbables comme des ponts de glace, des sentiers battus, des passages à vide, des ravages, des abattures.»

Toute œuvre d’art pose une énigme et c’est ainsi qu’on la reconnaît.

Mes œuvres surgissent de manière inexplicable: des questions posées aux oreilles. J’avance à tâtons sur un chemin inconnu pour, au bout du voyage, découvrir que j’emprunte toujours le même sentier. Chemin faisant, je finis par accepter mes «naïves» esquisses, surpris chaque fois de réaliser que je n’avais qu’à accueillir humblement ce qui sourdait de moi et à garder confiance que ce filon ténu allait me mener quelque part.

Pour Aboiteaux, un thème de 12 sons a surgi et, plutôt que de chercher à mettre en valeur à tout prix, les brillants et inventifs solistes rassemblés dans ce merveilleux Ensemble SuperMusique, je n’ai voulu utiliser que cette série de notes afin de générer une vingtaine de chorals de 2 à 9 voix (un choral est une composition où tous scandent un même rythme, chaque voix égale se fondant dans un tout). Ces chorals sont alternés avec trois danses.

Le mot «aboiteau» s’est imposé au sortir d’un rêve. Ce n’est pas tant sa référence à l’hydraulique qui m’a inspiré, car j’ai déjà touché à ces notions dans Canot-camping et Résistances, mais plutôt le souvenir de ce maigre sentier qui serpente le long du fleuve Saint-Laurent entre Saint-André-de-Kamouraska et La Pocatière. J’ai pensé aux chemins improbables que nous empruntons, à la précarité de notre passage sur terre, à notre évanescence.

J’ai composé Aboiteaux durant l’hiver 2020-21, en plein confinement covidien, isolé dans un chalet des Laurentides qui offrait une vue magnifique sur un lac enneigé et une jolie montagne. De tout l’hiver, je n’ai vu aucune trace dans la neige sauf mes propres traces de ski laissées pendant une, un peu trop audacieuse, traversée du lac. Comme beaucoup de gens, j’ai été stupéfié, ou même, pétrifié par la pandémie et l’annulation de tous les événements culturels. Je me suis senti enchaîné, privé de ce contact revigorant et stimulant avec mes amis musiciens et avec le public. Mon travail sans communauté perdait tout son sens.

Je rêvais à des échappatoires, à des chemins fragiles, comme mes propres traces laissées dans la neige. Je me suis mis à penser à ma communauté: ceux qui ont besoin de musique pour vivre. Une communauté réunie enfin, qui chante d’une même voix tout en cherchant le chemin pour s’en sortir.

Ensemble: voilà le mot-clé.

[xi-23]

Création

  • 23 mai 2021, FIMAV 2021: Le fleuve, Salle A — Colisée Desjardins, Victoriaville (Québec)
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