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  • (Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Radioactivité

    «Justine: contrer la paresse auditive», Radioactivité, 28 mai 1990
    lundi 28 mai 1990 Presse

    Puisque la musique d’aujourd’hui subit inévitablement les rouages d’une véritable industrie, tout ce qui s’éloigne de ses structures est automatiquement taxé d’alternatif, d’avant-gardiste. Ainsi, parce qu’elles se sont toujours éloignées des modes, les quatre filles de Justine n’ont donc jamais reçues de diffusion équitable pour leur matériel. Leur seule issue à toujours été d’aller jouer à l’étranger. Ce qu’elles ont d’ailleurs fait régulièrement pendant les dix ans de l’aventure de Wondeur Brass. Maintenant avec une toute nouvelle entité musicale, et un premier disque sous ce nom, les quatre super-mémés de Justine comptent bien créer une nouvelle brèche dans notre paresse auditive…

    D’emblée, Joane Hétu m’avouera qu’elle et ses comparses de Justine n’ont pas l’intention de changer leur démarche musicale pour connaître plus de succès au Québec; «On ne se considère pas commerciales du tout, on se sent davantage près de la recherche… On cherche à contrer une certaine paresse auditive… C’est un peu comme la première fois qu’on a vu un Picasso, on s’est demandé ce que s’était. Mais avec les années, on a appris à aimer ça… Ou comme le Festival International de Jazz; au début, ça faisait peur. Mais avec les années, ça devient une musique plus écoutable! Il faut juste faire l’effort d’écouter… Je n’ai jamais compris pourquoi on associait automatiquement la musique à une industrie, alors que quand on parle de théâtre, on pense tout de suite à un art…??? «S’inscrivant directement dans le courant de la musique actuelle, Justine est né de l’expérience de plus de dix ans du collectif Wondeur Brass. C’est la continuité de fond, le résultat des trois ou quatre dernières années du défunt groupe de fille. «Avec Justine on souligne la démarche musicale des trois ou quatre dernières années de Wondeur Brass… au moment ou on a décidé d’intégrer l’électronique. Puis, il faut bien dire qu’au début de Wondeur Brass, les cuivres étaient beaucoup plus présents. À cet époque, le nom collait mieux à la formation… Pendant 10 ans, en opérant ensemble on a subi 5 formations différentes ce qui a évidemment provoqué des changements d’orientation presqu’à chaque fois. On en était rendues à avoir plus de difficulté à s’associer au principe de base de Wondeur Brass qui était au départ celui d’une fanfare… Mais on a beaucoup appris avec les Wondeur Brass, même si c’était plus léger comme engagement musical… On a tout simplement voulut faire peau neuve au Québec, réactualiser notre démarche et reconquérir un nouveau public. Lancer un nouvel appel «explique la saxophoniste.

    Ainsi, la volonté d’explorer de nouvelles avenues musicales est très manifeste chez les quatre filles de Justine. Elles ne s’embarassent nullement de savoir si oui ou non, leur musique peut s’inscrire dans le circuit normal de la diffusion de la chanson québécoise. Elle comprennent très bien que dans leur cas, ce n’est pas ce qu’il faut qu’elles visent. qu’elles n’y parviendront pas tant et aussi longtemps qu’il ne s’opérera pas un changement drastique dans l’environnement sonore du Québec; «On s’inscrit définitivement dans le courant de la musique actuelle… mais dans 80% du temps, ça nous oblige à jouer ailleurs Au Québec, on agit encore en colonisés; quand on arrive ailleurs, on a une couleur différente qui justement, les ravit. Ce n’est pas ce qu’ils ont l’habitude de voir, et c’est ça qui les stimule. Au Québec, on est plutôt mal à l’aise avec ça. Il n’existe pas encore de fierté par rapport à notre authenticité… Nous, ce qu’on cherche c’est quelque chose qui se marie bien à toutes les cultures… Nous faisons une musique vivante, qui se permet toutes les folies que les quatre musiciennes peuvent avoir à ce moment là. Notre musique n’est jamais statique, on se permet régulièrement des moments d’improvisation, on joue beaucoup avec l’indéterminé comme dans une montagne russe…». Comme elles le soulignent elles-mêmes dans leur communiqué; «Justine, c’est une musique hybride. Une musique ouverte el pluraliste où prédominent la cohabitation des paradoxes. De la gigue au numérique, du tango au bruitisme.» Après une telle description, que peut-on rajouter sinon que la musique de Justine vit d’elle même, et, à ce niveau, les textes deviennent sonores, presqu’une musique en soi: «Je n’ai pas l’impression qu’on tient un discours concret par rapport à une thématique quelle qu’elle soit… Les textes de nos chansons sont choisis pour leur qualité sonore. Notre musique parle vraiment d’elle-même. Ce n’est pas nécessaire de souligner le tout au trait rouge…» soutient Joane. Il est vrai que l’attitude même de la formation est suffisamment claire et sans ambiguïté, et que ça constitue justement une des forces de Justine On a qu’à les regarder aller, à écouter leur musique, pour comprendre toute la motivation qui les anime. Leur démarche ne peut certes pas être taxée de conformiste, ni de statique. La continuité de fond se ressent à tous les niveaux; de la formation, à la musique sans oublier les textes. Justine, C’est un tout!

    C’est ce que le public pourra constater cette semaine, alors que Justine effectuera le lancement de son nouvel album au Bar Théâtre Les Loges à Montréal, mardi (29 mai). Par la suite, les quatre musiciennes nous donneront un aperçu de leur nouvelle entité en spectacle, alors qu’elles se produiront sur la même scène les 30 et 31 mai, ainsi que les 1 et 2 juin. Pour ceux et celles qui recherchent l’inusité et qui n’en ont que pour tes innovations, c’est sûrement un spectacle à ne pas rater. Comme pour tous les autres aussi! C’est une question de paresse auditive à contrer!!! On doit faire de la place dans notre environnement musical, pour la nouvelle chanson française d’ici…

    Pour ceux et celles qui recherchent l’inusité et qui n’en ont que pour tes innovations…

    (Suite), Joane Hétu, Justine, Diane Labrosse, Danielle Palardy Roger, Marie Trudeau dans Montreal Mirror

    «Fleurs carnivores: Justine’s musical flights of fancy kill two albatrosses with one stone», Andrew Jones, Montreal Mirror, 24 mai 1990
    jeudi 24 mai 1990 Presse

    Never let it be said that the members of Justine aren’t prepared to improvise at the drop of a hat. When it seemed impossible to tape our chat because the erase lugon the cassette tape of awful corporate rock we were taping over had been punched out, keyboardist Diane Labrosse came to the rescue. She produced a band-aid.

    The four members of Justine —Labrosse, saxophonist Joane Hetu, bassist Marie Trudeau, and drummer Danielle Palardy Roger — have never been reticent to try something new, either in studio or in concert. In their ten-year slint as Wondeur Brass and its hipper, more impulsive sister, Les Poules, their brazen, fresh collages of mood, style, and song helped set the standard for Québec’s new music movement, musique actuelle.

    Now, as Justine, the Montréal quartet have shorn themselves of the “brass” (a lone saxophone remains) and started a new. Justine is about to unveil a new project thal both destroys the peception of a “woman’s group” as an albatross and creates breathtaking new musical possibilities in a brave new genre whose absence of borders can be just as problematic as limitations. Soon Justine will reap the harvest of a year’s work, but be careful. Justine’s musical blossoms are no ordinary flowers—they’re mone like fleurs carnivores.

    By any other name

    “When we started working on this new music, this new project, we knew that we were going to produce it under a new name.” says Labrosse. “We wanted to have a whole new repertoire of fresh air, liberated from the old Wondeur Brass. “

    We’re sitting in a casse-croute around the corner from Justine’s east-end practice space, a cramped basement studio shared with Jean Derome, Pierre Tanguay, and “Serge l’Accordéoniste,” a mysterious figure no one ever sees. Outside, Masson street serves as a drag sirip— a praclise space for bikers.

    But a rose by any other name is just a flower. Just how different will Justine he from the old Wondeur Brass?

    “Musically we wanted to integrate more electronics,”says keyboardist Labrosse. “It’s almost a cross between what Wondeur Brass used to do and what Les Poules did. Wonder Brass went into the studio very much prepared, very much structured, and Les Poules did a lot of improvising. So we wrote the music—themes, arrangements. And then we went in the studio. We recorded some material, changed it around and shaped it more through improvising. So it’s a bit of a blend. And that’s what makes our new sound. “

    “We used the studio and the recordig process—montage, cuting, and editing— as if it was another musical instrument,” says drummer Roger, as another Harley rips up the street. “We literalIy transformed our sound in the studio. It was the first time it took close to a whole year to record an album. It gave us time to reflect and to let the music become much, much more intricate. Not that the other albums aren’t intricate, but Justine is more so. “

    Roger admits that dwindling finances curlailed this luxurious fine-tuning. “It’s always a question of money, and we had to decide it was finished. But this record is just one step in the direction of this music, and we are still continuing that direction,” says Roger. “In Les Poules we were always in the process of re-evaluating the evolution of our music. So, yes the record is done, but our music is far from finished. “

    Listening to Justine is like getting a free ticket to an old amusement park once run by Carla Bley, ravaged by Alben Ayler, and rebuilt by John Zorn. Every kind of music ever made by humankind is in here, plundered, sifted, gutted, rearranged, then stitched and carefully glued into place.

    The funhouse starts with Le monstre, an odd Noh-style cabaret with a strong sense of dynamics. The tunes that follow pulse with a moody, see-saw organ or twitch with herkyjerky calliopes reminiscent of Bley. Most have swift, abrupt changes in mood, tempo, and musical style, going from rippling keyboard runs to free saxophone squalls. Some songs, like the double blast of J’ai perdu le temps and J’ai perdu le sommeil, throw away the boundaries altogether.

    “It is going a step further,” says Labrosse. We usually switch around our music very fast, but this time we’re pushing it even further. But then again, we’ve never produced anything that’s easy to listen to, that you can put on and have dinner at the same time.

    “We based ourselves from the beginning on the classical suite, which has different movements. And we wanted to build the record this way, with different movements within the tracks. The whole record isn’t one piece as such, unless you look at it as one piece with very different moods and colours and textures.”

    The sound of the female voice figures prominently on Justine, but not just in song. Justine uses its four voices percussively, rhythmically, and melodically. On L’Intelligence du coeur, massed or disembodied radio voices seep through the savage, free jazz keyboard bluns. Elsewhere they shriek, whisper, caress, laugh, and yelp. “We always said that we were not authentic golden voices with pristine range,” says Labrosse. “We’ve always integrated the voice as another instrument. This is why everyone sings; none of us is more accomplished than the other. Something new is that everybody sings on the same tune. We throw the ball at each other much more than we did before. Before Joane would sing cinema, Danielle would sing les amours, but now in one song it goes around to everybody. “

    Justine also enlisted the aid of New York’s resident electric harpist, Zeena Parkins, as well as Tenko Ueno, the Japanese queen of onomatopoeic jazz and member of Mizutama Shobodan —The Polka Dot Fire Brigade. ‘ We found definite similarities in the energy, and in their way of working,” says Labrosse. We all seem to have a craft in sounds,” adds Roger.

    Musical gender

    The stunning complexity of the new release may free Justine from the strictures irilposed by a society that emphasizes genderover musicianship. “That’s changed primarily in our own minds,” says Labrosse. “At some point you stop focusing on gender, and in the last years we focused on the fact that we are musicians. Of course the rest of us comes along, like everyone’s personality comes into your work. That in itself is a fresh perspective. We don’t need to spell it out. “

    Roger concurs. “More and more our collaborations, whether within Justine or with others, are approached on a musical level, and everyone has to pull their weight. “

    As for the mysterious new name, it doesn’t come from anywhere in panicular. Roger does offer this explanation: “It’s a name that’s direct, plain, but at the same time reverberates with possible significances.”

    Listening to Justine is like getting a free ticket to an old amusement park once run by Carla Bley, ravaged by Alben Ayler, and rebuilt by John Zorn.

    Les contes de l’amère loi dans SOCAN — Le Compositeur Canadien

    «Critique», SOCAN — Le Compositeur Canadien, 1 janvier 1988
    vendredi 1 janvier 1988 Presse

    Le moins qu’on puisse dire du disque des Poules, c’est que c’est un projet pas comme les autres. Comme le déclarent eux-mêmes les auteurs en pochette, «la matière de cet album fut composée avec imprudences, accidents, hasards, plaisirs, conflits et synchronicités en système MIDI, programmation & improvisation, dans le cadre de Human Feelings et Programming Time, projet subventionné par le Conseil des Arts du Canada.» Tout un programme, en effet, mené à bien en français et en anglais par Joane Hétu (saxe alto, synthétiseur CS-S, voix), Diane Labrosse (synthétiseurs CZ-5000, Poly 6 et DX7, voix) et Danielle Roger (batterie acoustique et électronique RX II synthétiseur Poly 6, voix). Le tout dans une réalisation indescriptible qu’il faut entendre pour croire.

    Le tout dans une réalisation indescriptible qu’il faut entendre pour croire.

    Le retour des Granules, Jean Derome, Les Granules, René Lussier dans Le Devoir

    «C’est le retour des granules», Serge Truffaut, Le Devoir, 7 novembre 1987
    samedi 7 novembre 1987 Presse

    Avant de se mettre entre parenthèses, Jack Kerouac a usé sa vie à formuler des idées qui, n’en déplaisent aux comptables ringards de la «Culture Mossieu», possédaient la fabuleuse vertu de la lucidité.

    Parmi ses bons mots, on se doit de retenir cette dédicace d’un de ses poèmes ou romans: «Pour les gens qui savent mais se taisent». Pour les hommes et les femmes, ou vice-versa, qui demeurent silencieux par refus de s’impliquer dans le jeu nauséabond de l’imbécilité.

    Affirmons-le tout net, l’album intitulé Le retour des granules de Jean Derome et René Lussier s’adresse aux gens qui ne sont pas dupes de ce petit jeu. Peut-être faut-il préciser que ce 33-tours est la suite de Soyez vigilants paru il y a plus d’un an sur l’étiquette Ambiances magnétiques.

    Lorsqu’une production musicale est habillée avec un certain souci d’integrité et de surprise, comme c’est ici le cas, la critique, par convention ou par paresse, se contente généralement des poncifs du style «voici une musique engagée». On se livre mécaniquement à la dissection en utilisant les lieux communs les plus commodes et on se retrouve gros-jean comme devant à allonger des phrases qui n’ont plus de sève.

    Plutôt que de se contenter d’expressions cuisinées dans les fours micro-ondes de la facilité, on se doit de parler ici de musique qui, tout simplement, n’est pas indifférente à ce qu’il est convenu d’appeller le monde.

    Voici un album plein de sensibilité et de révolte, de clins d’oeils et de sourires. Voici un album qui possède méme la qualité de ses défauts. Voici un album où, c’est devenu tellement rare, des artistes prennent des risques.

    Au moment où l’on nous casse les pieds avec le groupe Uzeb qui a décidé de produire sa musique pubère à trois au lieu de quatre, au moment où les actions et autres obligations expriment leur «RÉA le bol» boursier, Le retour des granules, en dosant avec bonheur mille et un ingrédients frappe juste.

    A bien des égards. le disque de Derome et Lussier fait état d’une démarche analogue à celle de l’Art Ensemble of Chicago ou de Don Cherry. Comme ces merveilleux iconoclastes, nos deux compères tissent une toile avec tous les styles qui se rattachent à cet arbre dont les branches ont été sculptées par Duke Ellington et les musiques ethniques, par Nino Rotta et les fanfares, par Fred Frith et les instruments les plus hétéroclites. Et-par… le blues, «nom de Diou»!

    Ceux qui ont suivi ces deux musiciens vont trouver cela bien étrange, ce lien avec le blues. S’il est vrai qu’on n’entend pas de ces rythmes célébrés par Muddy Waters ou Willie Dixon, il reste que le blues compris comme regard sensible sur les autres est présent.

    La pièce-titre de l’album, soit Le retour des granules, «est un hommage à la cendre, au sable, à la poussière, à la «rippe», à la poudre, au pollen, aux miettes». Les instruments? Flûtes, cendriers, clarinette basse, bongos, eau qui bouille, et synthétiseur qualifié de désuet. Sur Nombril/fusil. Derome hurle qu’il lui faut de la fibre, qu’il a des entrailles et que son corps est rendu tout digital. Nombril/fusil pourrait fort bien constituer une satire exemplaire de ce narcissisme physique béatement entretenu par des cohortes de moutons de… Selon le mot de Derome, cette composition est un hommage (sic) aux existentialistes.

    On trouve même un Gloire au seigneur où il est dit «Gloire au seigneur, méme sous la mitraille. Allons-y car nous sommes de taille. Allons-y. Délogeons ces canailles. Pour la liberté» On l’aura compris, il s’agit-là d’une satire de «cette confusion que l’on crée-parfois entre politique et religion». Nombril/fusil Si d’aventure vous êtes de ces gens qui savent mais se taisent, alors procurez-vous vite, très vite cet album qui a tout pour réconforter nos petits neurones plus que fatigués par le concert d’hypocrisie auquel on assiste depuis une semaine… Deux disquairés seulement proposent cet album, soit le Va-et-vient sur Mont-Roval, et Obliques sur Rivard.

    Voici un album plein de sensibilité et de révolte, de clins d’œils et de sourires.

    Le retour des Granules, Jean Derome, Les Granules, René Lussier dans Voir

    «Hommes-orchestre», Charles Guilbert, Voir, 11 septembre 1987
    vendredi 11 septembre 1987 Presse

    Avec Le retour des granules, Derome et Lussier triturent la musique… un duo à voir, avant qu’il ne se propulse en orbite.

    Tumulte musical en vue: deux hommes-orchestre se rencontrent sur disque et sur scène! Il s’agit de Jean Derome et René Lussier, deux audacieux musiciens qui travaillent côte à côte et fouillent la musique comme une terre sans fond depuis presque dix ans… Le premier a fait ses débuts avec Nébu; le second avec Conventum. Ils ont formé des dizaines de trios, de quatuors, de quintettes et autres commandos, fait des centaines de spectacles et produit quelques disques.

    Ensemble, Derome et Lussier concoctent une musique bigarrée où se bousculent le rock psychédélique, le jazz, la musiqne contemporaine, l’improvisation et le folklore. En 86, ils lançaient leur premier vinyle ensemble: Soyez vigilants, restez vivants! -(un très beau disque!).

    Aujourd’hui, c’est à grands coups de saxos, flûtes traversières, claviers, jouets, appeaux, bandes sonores, batterie électronique, voix et gimbarde -pour Derome-, et de guitare électrique, basse, percussions, voix et “plaque de gigueux électrifiée” — pour Lussier-, qu’ils plongent dans Le Retour Des Granules.

    C’est le titre de leur nouveau spectacle et de leur projet. Un titre qui indique une façon toute particulière de faire de la musique: en regardant des éléments microscopiques à la loupe, en écoutant Ies plus petits bruits au cornet et en Ies assemblant pour créer de véritables toiles d’araignée musicales. «Notre travail en studio est en train dc changer complétement notre manière de jouer de la musique, confie Jean Derome.

    On joue maintenant plusieurs instruments, plusieurs pistes à la fois. On s’est habitué à entendre notre musique mêlée à toutes sortes de fonds sonores. On a donc décidé d’intégrer dans notre musique des sons qui la situent dans différents contextes».

    Le résultat est étonnant! Les ambiances sonores se succèdent à une vitesse folle et provoquent une multitude d’émotions. On dirait une musique déchiquetée, triturée, émiettée. En spetacle, Ies musiciens sont innondés, entourés d’une panoplie d’instruments. «Il faut retrouver le sens du spectacle. On oublie de plus en plus les arts de la scène pour les remplacer par Ia vidéo, le cinéma, le disque. On perd le sens des vraies personnes». Peut-être est-ce parce que les spectacles sont dceenus trop prévisibles et les artistes prisonniers de l’image qu’on fait d’eux… Ce n’est pas le cas de Derome-Lussier! Ils n’essaicront pas, en show, de jouer exactement “comme sur disque”, et laisseront beaucoup de place à l’improvisation.

    On prend un vif plaisir voir ces musiciens utiliser leur instruments tantôt avec une virtuosité presque classique, tantôt en les trafquant de façon iconoclaste. Avec eux, tous les bruits peuvent devenir un événement.

    Ensemble, Derome et Lussier concoctent une musique bigarrée où se bousculent le rock psychédélique, le jazz, la musiqne contemporaine, l’improvisation et le folklore.
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