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  • Estrapade dans Critiques de disques

    «Critique», Vincent Bergeron, Critiques de disques, 4 février 2006
    samedi 4 février 2006 Presse

    J’aime les musiciens ne se sentant pas obligés de se justifier avec un thèse de doctorat. Je préfère ceux ne pensant pas que l’art de la musique se limite à une série de connaissances acquises et de techniques maîtrisées. Je crois que l’accumulation des nuances, rendue à un certain point, tue l’excitation plutôt que de la justifier sans cesse davantage. Je suis convaincu que l’utilisation du «je» le plus personnel voire primitif extrait des sentiments impossibles à exprimer autrement.

    Les morceaux_de_machines pratiquent bien cette approche autodidacte n’ayant nul besoin de longues descriptions techniques pour attirer l’attention. Parce que le résultat parle par lui-même. Maintenant, le duo formé de Érick d’Orion et A_dontigny peut se vanter dans sa promotion d’avoir terminé parmi les finalistes dans la catégorie «disque de l’année – musique actuelle, électroacoustique» aux prix Opus 2005 du Conseil québécois de la musique. L’album Trilogie d’ondes de Gilles Gobeil (empreintes DIGITALes) a finalement remporté ce prix.

    Mais, pour ma part, je retiendrais surtout leur performance live très énergique. Certainement, sur disque, ce n’est pas tout à fait la même expérience, mais morceaux_de_machines conserve toute sa brutalité sans bornes, tout spécialement sur Fonçage de pieux et Trépanation, deux modèles à suivre, des épiques de bruit punitives qu’on peut qualifier à la limite de hip-hop et de techno, mais seulement à cause de l’utilisation de boucles sonores. La réalisation surprend, car elle s’adapte à l’équipement audio le plus ordinaire sans jamais flancher. Par expérience personnelle, ce n’est pas toujours évident de contrôler ce genre de sons en super aiguë et en super basse. La diversité des fréquences est remarquable, trop rare dans le petit monde du noise où les sons les plus limités sont trop souvent mis à l’honneur pour une douteuse question d’authenticité. Le noise de morceaux_de_machines est violent, très saturé et très souvent pas tellement nuancé, mais aussi beau et en quelque part composé même, jamais primitif pour être primitif. Des bruits naturels provenant de navires, d’animaux et de courants d’eau semblent avoir été greffés aux nombreux sons artificiels, mais sans qu’on puisse les identifier.

    Diane Labrosse, Martin Tétreault et Otomo Yoshihide ne manquent pas de participer à quelques pièces, mais c’est l’approche jamais trop chargée et jamais trop vide du duo québécois qui prend le dessus à chaque occasion. Les collaborateurs viennent ajouter leur petite touche personnelle, souvent enfouie.

    Personnellement, la deuxième moitié de cet album m’a un peu moins intéressé. Omlegging et Tromocrates sont également épiques comme pratiquement tout le matériel de ce long album de 75 minutes — passant plutôt rapidement dans notre tête étonnamment. Cependant, ils font dans le surplace comme des moteurs de véhicules inadaptés au climat québécois, inondés par la fonte des neiges comme en ce début de février 2006 (pas très beau merci).

    La pièce titre possède une certaine qualité lyrique (Estrapade), mais encore là il ne faut s’attendre à rien d’autre qu’à la pire des horreurs. Par contre, Sélavy fait preuve, tout comme Fonçage de pieux et Trépanation d’une métamorphose constante s’avérant suffisamment installée on ne sait où au juste, mais quelque part. Et c’est bien la sensation d’être présent dans un environnement tangible qui rend Estrapade bien meilleur que ce qu’on attend d’un album noise. 7.5/10

    Le noise de morceaux_de_machines est violent, très saturé… mais aussi beau

    The Feeling of Jazz dans Voir

    «Critique», Réjean Beaucage, Voir, 2 février 2006
    jeudi 2 février 2006 Presse

    Voici trois musiciens rompus aux techniques de l’improvisation la plus expérimentale et dont la palette stylistique est reconnue pour son éclectisme. Quand ces trois-là se décident à revisiter le grand livre du jazz américain, c’est une véritable partie de plaisir. Le son du saxophoniste (et flûtiste) Jean Derome s’embellit à chaque nouvel enregistrement et le baryton de Jump For Joy, par exemple, est tout simplement magnifique. Et puis il chante aussi, et d’une voix de crooner que l’on découvre avec joie. Le batteur Pierre Tanguay se fait discret tout en se rendant indispensable, comme le contrebassiste Normand Guilbeault, qui place aussi quelques solos bien sentis. Ellington, Porter ou Waller sont très bien servis.

    Quand ces trois-là se décident à revisiter le grand livre du jazz américain, c’est une véritable partie de plaisir.

    Three Cities in the Life of Dr Norman Bethune dans Voir

    «Critique», Réjean Beaucage, Voir, 2 février 2006
    jeudi 2 février 2006 Presse

    Tim Brady n’est pas du genre guitar hero; ce ne sont pas des solos de guitare qu’il propose ici, mais un opéra, et pas moins électrique pour autant. Il y a bien tout de même un solo, celui de Michael Donovan, baryton. Sa voix évoque le souvenir de Norman Bethune, médecin canadien célèbre pour son travail sur la tuberculose ici, à Montréal, puis combattant pour la démocratie lors de la guerre civile espagnole et finalement chef médical de l’armée communiste chinoise! L’ensemble Bradyworks enrobe le monologue d’une musique puissante qui peut faire songer par moments au Steve Reich récent.

    Bradyworks enrobe le monologue d’une musique puissante qui peut faire songer par moments au Steve Reich récent.

    Veuillez procéder dans ImproJazz

    «Critique», Marc Sarrazy, ImproJazz, no 122, 1 février 2006
    mercredi 1 février 2006 Presse

    C’est entendu, procédons. Par ordre, si possible.

    C’est québécois, ce pourrait être au programme du festival de Victoriaville, ce pourrait être paru chez Victo ou chez Ambiances Magnétiques, c’est produit par Joane HétuGuido Del Fabbro y joue toute sorte de cordes, violines ou mandolines, Simon Lapointe du piano (préparé ou non) et des claviers, Antonin Provost des guitares branchées et débranchées, Némo Venba de la batterie, des percussions, trompette et bugle. A l’image d’un de leurs titres, Névréalité postparapsychophysiologique, les sons, les univers s’encastrent pour former un tout protéiforme, entre post-folk et musiques improvisées, avant-rock et après-garde… On songe à Frith, à Hodgkinson, à Derome, à toute cette clique, et clac! le Bond précisionnel 1 nous renvoie à Derek Bailey, L’Occupation à une version light d’Art Zoyd, les repères un à un valsent puis s’effacent… et c’est tant mieux. Inutile de se raccrocher aux certitudes, laissons-nous porter, yeux bandés, oreilles offertes.

    les univers s’encastrent pour former un tout protéiforme, entre post-folk et musiques improvisées, avant-rock et après-garde…

    Pee Wee et moi dans La Scena Musicale

    «Off the Record», Paul Serralheiro, La Scena Musicale, no 11:5, 1 février 2006
    mercredi 1 février 2006 Presse

    The wit and poetry of the late great clarinetist Pee Wee Russell are given a post-modern treatment by Montréal clarinetist Lepage and a host of other practitioners of the instrument. A total of seven clarinetists show up for this gig, along with a stellar rhythm section of René Lussier on guitar, Normand Guilbeault on bass and Pierre Tanguay on drums. It’s not surprising that it takes this much ebony to pay homage to Russell’s legacy. Lepage and company lead off with Pee Wee’s Blues, a Russell original, then explore various readings, variations in the blues form on the Russell style, winding up after the multi-referential romp with another Russell piece, Muskogee Blues. Through the journey, essentially consisting of studies in style, there are many delightful moments. Lussier’s twangy resonator-acoustic guitar blends right in, with its quirky evocations of cartoonish humour. In the spirit of play is a heartfelt tribute, making this a must for Pee Wee Russell fans and lovers of the clarinet in general.

    In the spirit of play is a heartfelt tribute, making this a must for Pee Wee Russell fans and lovers of the clarinet in general.

    Steve Reich: Different Trains dans The WholeNote

    «Review», Margles, The WholeNote, no 11:5, 1 février 2006
    mercredi 1 février 2006 Presse

    Different Trains, from 1988, remains Reich’s most moving work to date. Reich recorded the voices of a Pullman porter who worked the NY – LA line that Reich traveled to visit his mother when he was a child, the governess who accompanied him, three Holocaust survivors, and train sounds. Each quartet pre-recorded three separate tracks to accompany it in performance. The Quatuor Bozzini, based at Concordia University in Montréal, has produced a vivid, gutsy recording. Closely miked, it clearly differentiates the prerecorded tracks from what’s being performed live in the studio. When a taped voice says ‘Black crows invaded our county’ the solo cello responds with hair-raising effect. But the cute cover art and unwieldy packaging don’t appeal to me, and much as I object to choosing a disc for its playing time, 27 minutes seems stingy — as does the lack of information about the piece. At least they give the texts correctly (though without punctuation).

    The Quatuor Bozzini… has produced a vivid, gutsy recording.
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