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  • Éric Normand dans Mouton Noir

    «Dix ans de Rencontres de musiques spontanées», Annie Landreville, Mouton Noir, 2 juin 2015
    mardi 2 juin 2015 Presse

    Les Rencontres de musiques spontanées ont dix ans. Pérenniser cet événement était un pari audacieux et demeure un défi. Ce printemps, Tour de bras présentera une vingtième rencontre de musiques spontanées.

    À l’automne 2005, Tour de bras offrait ses premières Rencontres de musiques spontanées (RMS). Dès le départ, la base était là: des musiciens de la France, de Montréal et de la région, avec le GGRIL: le Grand groupe régional d’improvisation libérée. Un joyeux mélange de collaborateurs qui sont tous revenus, au fil de ces dix ans, participer à ces rencontres créatives: le Français Jean-Luc Guionnet était ici en 2014, le Mont-Jolien Érick d’Orion, les Montréalais Martin Tétreault, Michel F Côté et Jean Derome sont devenus des collaborateurs réguliers et des complices précieux.

    Je peux dire que j’ai vu les RMS grandir, de l’extérieur évidemment, puisque j’ai couvert ces rencontres pour la radio dès le début, mais j’ai aussi eu l’occasion d’y participer à titre d’écrivaine et j’ai suivi deux formations vocales avec des invités de marque, tel Jaap Blonk. J’ai pu y côtoyer Joëlle Léandre, une des plus grandes contrebassistes qui soient. J’y ai été tour à tour étonnée, ravie, surprise. Dix ans de rencontres deux fois l’an, une belle occasion de faire le point avec le fondateur de l’événement, Éric Normand.

    «Je viens de la littérature, mais je fais de la musique depuis longtemps. Je trouvais que le milieu de la musique stagnait ici, j’avais envie de proposer quelque chose de différent. C’est tout à fait idéologique pour moi la musique improvisée. C’est de trouver une manière de fonctionner en dehors de l’industrie et des cadres établis en fonction d’un marché. L’industrie force les artistes à une pratique monolithique et les empêche souvent de développer toutes leurs possibilités. Ce n’est pas vendable, quelqu’un qui va dans toutes les directions. On a été bien reçus: avant de faire les RMS, on avait fait une série qui s’appelait les concerts Par oreilles, il y avait pas loin de 125 personnes pour celui de René Lussier, mais je pense qu’on a un peu fait peur au monde! Il faut présenter les choses, ce n’est pas facile de changer les habitudes d’écoute du public.»

    Dès le départ, l’organisation a reçu des appuis importants. L’apport de la communauté musicale montréalaise a été d’un grand soutien, et plusieurs musiciens sont devenus avec le temps, de précieux alliés de l’organisme: Michel F Côté, Joane Hétu, Jean Derome, Hélène Prévost.

    Éric Normand: «C’est un réseau assez facile, les improvisateurs aiment les rencontres et l’inconnu! On voulait proposer quelque chose de différent et les amener à travailler avec des gens avec qui ils n’auraient pas d’autres occasions de le faire, dans un cadre unique. Il y a des soirées avec des salles assez pleines. Je n’ai jamais pensé qu’en région c’était plus difficile qu’ailleurs.»

    Le guitariste Rainer Wiens était d’ailleurs ravi d’avoir une trentaine de spectateurs dans la salle, puisque c’est environ ce qu’il a comme public à Montréal. Compte tenu du bassin de population, il était plutôt impressionné! Comme quoi le succès relève parfois de données bien relatives.

    Après dix ans pourtant, beaucoup de gens dans la région ne connaissent pas encore cet événement certes difficile à définir. Les musiques improvisées, à l’image des musiciens qui s’y intéressent, puisent dans une large palette sonore. Au fil des ans, on a pu entendre dans ce contexte le Quatuor Saint-Germain, un ensemble de huit batteries, des instruments inventés, des performances, de la musique de chambre, du jazz, de l’électronique, de la chanson, du rock, en plus de permettre à des musiciens d’ici de se développer hors de leur zone de confort. Éric Normand: «Plus on se rapproche, moins on est connus! On est plus connus à Montréal que dans la région et on est plus connus à l’international qu’au Québec. L’autre jour, Renaud Bouillon, le directeur de l’Ensemble Antoine-Perreault, me racontait qu’il était à Dieppe, en France, et quand il a dit qu’il venait de Rimouski, un musicien qui était là s’est exclamé “Rimouski! Je veux aller jouer là!” Ce musicien français connaissait les RMS!»

    Quelques coups de maître

    Les RMS ont réussi quelques coups de maître: le grand saxophoniste Evan Parker à Rimouski, c’était vraiment quelque chose. Pour avoir suivi l’évolution du GGRIL, il y a un avant et un après Evan Parker. Le musicien est d’ailleurs devenu un ambassadeur de choix pour l’ensemble rimouskois, son nom sur un disque du GGRIL attirant l’attention de critiques internationaux. Éric Normand: «Il y a dix ans, je n’aurais jamais pensé qu’on aurait Evan Parker ou Joëlle Léandre, aujourd’hui ce sont des amis. Et on a fait un disque remarqué avec Evan Parker. On travaille régulièrement avec des artistes internationaux.»

    Les RMS ont connu un autre tournant avec la soirée hommage à John Cage, concoctée par Rémy Bélanger de Beauport, qui utilisait toutes les possibilités de la salle de spectacle de Rimouski. Un véritable déambulatoire pour le public, invité à voyager entre les espaces sonores. On a ouvert vers la performance, la danse et la littérature, mêlant parfois tout ça dans une seule soirée: aux RMS 15, au Centre d’artistes Caravansérail, dans un immense échafaudage, on a ainsi eu l’occasion d’entendre les mots de Stéphanie Pelletier et de voir évoluer la danseuse Valérie Sabbah au milieu des musiciens, un très beau concept.

    Éric Normand fait le bilan de cette évolution: «L’événement a bonne réputation. Les musiciens le connaissent et ont envie de venir y jouer. Au fil des ans, on a accueilli des musiciens de l’Espagne, de l’Australie, de la France, du Liban, des États-Unis… Le zoo de nuit l’été dernier au parc Lepage a été un moment exceptionnel et mystifiant, même nous, on ne savait pas tout ce qui se passait! Evan Parker, le duo Derome — Lê Quan Ninh, c’était génial, on l’a mis sur disque. Le duo d’orgues à l’église Saint-Pie-X, c’était grandiose!»

    Le GGRIL

    «Je trouvais que le milieu de la musique stagnait ici, j’avais envie de proposer quelque chose de différent.»

    Le Grand groupe régional d’improvisation libérée est un ensemble à géométrie variable d’une quinzaine de musiciens de la région. Le bassin essentiel de musiciens improvisateurs de la région, c’est cet ensemble. Si on pouvait résumer en un mot cette formation, j’opterais pour «éclectique». Les musiciens du GGRIL, à l’instar des invités des RMS, proviennent de multiples horizons: classique, jazz, rock, musique traditionnelle, etc. On y retrouve des professionnels et des autodidactes, des gens de tous âges. «Avec le terreau qui s’est créé ici, avec des musiciens comme Jean Derome, on a eu l’occasion de jouer des créations, des œuvres écrites sur mesure pour nous. Nos disques ont été bien reçus partout à travers le monde. On a même eu un prix pour le meilleur disque jazz, on a battu François Bourassa, ce n’est pas rien!» d’ajouter le bassiste en riant. «On a fait un appel de dossiers dernièrement, on a reçu 36 propositions de compositeurs qui ont envie d’écrire pour le GGRIL, des gens d’ici, mais aussi des Russes, des Hongrois. Je reçois des offres de collaborations de partout dans le monde toutes les semaines.»

    Le GGRIL a joué au Festival de musique actuelle de Victoriaville, à Montréal en mars dernier, et l’an prochain, l’ensemble fera une tournée en Europe: Vienne, Toulouse, Lyon, Paris, peut-être Berlin; sept concerts sont déjà confirmés dans la tournée.

    Et demain?

    Éric Normand: «On fait du développement de public, mais on a un public qui change. Un noyau de gens plus âgés et curieux est bien établi, mais les jeunes sont moins stables. Plusieurs quittent la région pour le travail ou les études, il faut les renouveler.On va vers les plus jeunes, on donne même des ateliers de musique au primaire. C’est très rare qu’on se retrouve avec une assistance décevante. L’année dernière, 800 personnes ont vu nos musiciens dans les parcs. Ça, c’est du développement de public!»

    La tentation d’aller à Montréal? «Ça ne va pas mieux à Montréal. Ce n’est pas la même dynamique du tout, les musiques “non populaires” ne vont pas mieux ailleurs. Le seul avantage d’une grande ville, c’est la proximité des musiciens, mais tout est tellement précaire, faire un orchestre comme le GGRIL à Montréal, c’est impossible.»

    «L’an prochain, un compositeur sera en résidence pendant trois semaines dans le parc du Bic pour créer une œuvre inspirée par le lieu et qui sera jouée par le GGRIL dans le parc du Bic. On veut aller de plus en plus de ce côté, créer des liens, offrir des résidences de création, faire appel à des artistes d’autres disciplines. Aux prochaines RMS, on va avoir de la vidéo improvisée. On songe même à enlever le mot musique de notre nom, parce qu’on va vers les collaborations avec des artistes de différents milieux.»

    C’est très rare qu’on se retrouve avec une assistance décevante. L’année dernière, 800 personnes ont vu nos musiciens dans les parcs. Ça, c’est du développement de public!

    La règle dans Revue & Corrigée

    «Chronique», Pierre Durr, Revue & Corrigée, 1 juin 2015
    lundi 1 juin 2015 Presse

    De même que les trois mousquetaires étaient quatre, les Fünf sont six… Six femmes pratiquant une musique électroacoustique improvisée, basée à la fois sur quelques instruments électroniques, électromagnétiques, des objets de leur propre cru, tel le nébulophone (?), amplifiés, manipulés de diverses manières, avec l’adjonction d’un seul instrument acoustique à finalité musicale, l’accordéon. Y-a-t-il une règle? Une seule apparemment, ne pas jouer toutes les six en même temps. Pour le reste, aucune indication… Les instruments sont frottés, triturés, confrontés à du field recording, et des effets électroniques, sans que l’on sache qui fait quoi. Bref, La Règle propose une musique underground ou plutôt underfloor, réalisée en grande partie dans deux caves résidentielles mais qui aboutit à une douzaine de récits de durée variable, dans une ambiance assez feutrée et aux titres évocateurs, voire subtils: Gélée de pomme, Retenue mystique, l’or de Mona Lisa…

    Time of the Sign dans Revue & Corrigée

    «Chronique», Pierre Durr, Revue & Corrigée, 1 juin 2015
    lundi 1 juin 2015 Presse

    Cette formation porte-t-elle vraiment judicieusement son patronyme? Parce que, contrairement à ce qu’induit son nom (écureuil) dans son acceptation symbolique, elle est plutôt dépensière… Dépensière en énergie, en dynamisme, en vitalité. Il est vrai que l’animal est vif…

    Ces Vertical Squirrels sont originaire de l’Ontario, d’une ville située à une soixantaine de kilomètres de Toronto (Guelph) et vivent à quatre: un guitariste percussionniste (Daniel Fischlin), un claviériste (Ajay Heble), un bassiste complétant son jeu avec des instruments inventés (Lewis Melville), élément qui titille déjà nos oreilles! — et un percussionniste, (Ted Warren). Mais dans leurs pérégrinations, il leur arrive de se mouvoir en bande, au point de combler leurs prestations avec des invités, en l’occurrence quatre, pratiquant les vents, la vielle à roue, l’ukulélé, et quelques gadgets électroniques.

    Time of the Sign est leur 3e réalisation, après Hold True (accroche-toi) et Winter’s gate parus tous les deux en 2010, le premier sur le label du collectif montréalais, le second chez Barcode Free Music. Alors que Hold True (accroche-toi) abordait davantage les rivages d’un rock flamboyant, parfois répétitif et croisé avec des accents de jazz improvisé, sur le présent enregistrement l’apport des invités, la volonté de mettre davantage l’accent sur l’improvisation et le travail collectif en change l’approche. La musique joue davantage sur le registre de la transe, d’une transe libre, ponctué par les accords et les rythmes des claviers, avec une propension à véhiculer une musique aux accents festifs d’un krautrock davantage acoustique, et un ensemble plus proche d’une suite qu’une série de pièces plus individualisées comme précédemment. Le tout s’achevant sur des réminiscences de cornes de brume, au milieu des flux et reflux de vagues…

    Seven ElectroAcoustic Septet dans Point of Departure

    «Moment’s Notice», Greg Buium, Point of Departure, no 51, 1 juin 2015
    lundi 1 juin 2015 Presse

    Year by year Evan Parker’s electro-acoustic ensemble — a project he initiated more than two decades ago — seems to take on a more powerful place in his body of work. It is among improvised music’s irreplaceable groups — as ICP still is or as Albert Ayler’s trio once was. Parker’s ensemble has forever altered the way we hear music. Once documented exclusively by ECM — five groundbreaking discs from 1996 to 2007 — Parker’s psi label released Hasselt in 2010, and, now, Victo produces Seven, a live recording (and debut) of the ElectroAcoustic Septet at the 2014 Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville.

    If the group’s configuration has shifted over the years, growing to 18 pieces at Lisbon’s Jazz em Agosto in 2010 — a performance that, for many, ranks among the high-water marks of early 21st century creative music — Seven readjusts things once again. On the acoustic side, Ned Rothenberg (clarinets, shakuhachi) and Peter Evans (trumpets) remain; Ikue Mori returns on electronics. Now Sam Pluta (electronics) is added, along with Okkyung Lee (cello), and George Lewis (trombone and electronics). Remarkably, it was back in 1980 that Parker and Lewis first worked together, on a series of European dates captured by Incus Records.

    Apart from Parker himself, this is an American band — a lovely artifact from the Englishman’s recent New York residencies at the Stone. Here, in small-town Quebec, he reconstitutes the electro-acoustic project for the first time without bass and percussion (Paul Lytton had been ever present until now). Yet the group’s moorings remain: the mirroring, of acoustic instruments and their electronic counterparts; the intricate network of voices, where collective improvisation is tied to line and timbre, where a profound sense of each player’s sound (tone, attack, breath, etc.) echoes, refracts, and ignites another’s.

    Still, Seven stands apart. It is by turns searing and savage, hypnotic and contemplative. It is a supremely realized set of music — two brave, meticulous, and wonderfully alive improvisations. The record demands repeated, and varied, listening: on headphones, or filling up the room. The disc brings different delights every time; the balance — the performance itself and Victo’s exquisite production — is ideal. You might spend time, say, zeroing in on Rothenberg’s role on “Seven-1.” His work outlines the spine of this 46-minute event, tagging its beginning, middle, and end — on shakuhachi, the Japanese bamboo flute, with these gorgeous, airy, poised declarations, or on bass clarinet, down low, boring out the bottom end. Parker’s entrance comes when you’re already acclimated to the date. Lee’s pizzicato lines meander, then these terrific sweeps of sound, an electronic cascade, measured, hushed, Evans’s color. In “Seven-2” the trumpeter’s role is more prominent: he jumps in and out of the ensemble in a series of wildly controlled acrobatics.

    But the overarching spirit is always Evan Parker’s: in parceled spirals, the drama of circular breathing, waves (gyres?) turning and pushing and cycling, bird calls, long tones, fantastic effects that, together, give you the sense of seven souls breathing. That, to me, is the most extraordinary aspect of this disc: the importance of space, of something beyond simple notation. At its very highest peaks, Seven is absolute music of the rarest kind. Whether the instruments are blown, bowed, plucked, or processed, you feel the essence of these sounds — as you might register a wisp of wind, or the pulse of a human breath.

    The record demands repeated, and varied, listening: on headphones, or filling up the room.

    Seven ElectroAcoustic Septet dans The WholeNote

    «Review», Ken Waxman, The WholeNote, no 20:9, 1 juin 2015
    lundi 1 juin 2015 Presse

    Just as international improvisers sometimes find a more welcoming atmosphere for their sound experiments in Canada than at home, so too have Canadian record labels become a vehicle to release notable free music sessions. Attesting to this openness, two of the most recent discs by British saxophone master Evan Parker are on Canadian imprints. But each arrived by a different route. One of the triumphs of 2014’s Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville in Quebec, this performance of Seven by Parker’s ElectroAcoustic Septet (Victo 127) are available on Victo, FIMAV’s affiliated imprint. Consisting of one massive and one shorter instant composition, Seven literally delineates the electro-acoustic divide. Trumpeter Peter Evans, reedist Ned Rothenberg, cellist Okkyung Lee and Parker make up the acoustic side, while varied laptop processes are operated by Ikue Mori and Sam Pluta, with George Lewis switching between laptop and trombone, with his huffing brass tone making a particular impression during a contrapuntal faced-off with Parker’s soprano saxophone during Seven-2. At nearly 46 minutes, Seven-1 is the defining work, attaining several musical crests during its ghostly, meandering near time-suspension, allowing for full expression of instrumental virtuosity, dynamic flutters, flanges and processes from the laptoppists accompany, comment upon or challenge the acoustic instruments. Alternately wave forms loops and echoes cause the instrumentalists to forge their reposes. Plenty of sonic surprises arise during the sequences. Undefined processed-sounding bee-buzzing motifs for example are revealed as mouth and lip modulations from Evans’ piccolo trumpet or aviary trills from Rothenberg’s clarinet. In contrast the electronics’ crackles and static are often boosted into mellower affiliations that sound purely acoustic. Eventually both aspects meld into a climax of bubbly consistency with any background-foreground, electro or acoustic displays satisfactorily melded. More percussive Seven-2 has a climax involving fragmented electronics pulsating steadily as first Evans, then Rothenberg and finally Parker spill out timbres that confirm formalism as much as freedom.

    Seven-1 is the defining work, attaining several musical crests during its ghostly, meandering near time-suspension…
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