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  • Live at Upstairs 2008 dans Sorties Jazz Nights

    «CDJazz», Christophe Rodriguez, Sorties Jazz Nights, 23 avril 2009
    jeudi 23 avril 2009 Presse

    Chose promise, chose due, la saison jazz reprend de plus belle avec ce trépidant hommage au contrebassiste et compositeur Charles Mingus. À la tête de cette aventure, il y a bien entendu le contrebassiste montréalais Normand Guilbeault, maître es arts de l’univers «mingusien» et meneur d’hommes intrépides. Bien que ce ne soit pas le premier disque consacré à Mingus, cette nouveauté revêt un caractère particulier puisqu’elle a été enregistrée devant public au Upstairs, d’où l’effet d’entrainement et les quelques solos presque hors du commun. Comme le souligne si bien le multi-instrumentiste et arrangeur Jean Derome dans la préface: «On ne plonge pas dans le pays Mingus comme dans un voyage organisé ou la visite guidée d’un musée. Il faut s’y lancer cops et âme». Amis du jazz, vous voilà prévenu et croyez-en votre signataire, l’achat vaut amplement le détour. Des moments d’émotions, un swing tripatif, du blues qui sonne comme une «tonne de brique»: Song With Orange et en plus, la lumineuse Karen Young sur deux pièces: Weird Nightmare et Eclipse. Remercions ces corsaires qui arrivent avec les beaux jours! Disponible le 5 mai.

    Des moments d’émotions, un swing tripatif, du blues qui sonne comme une «tonne de brique»

    Five A’s, Two C’s, One D, One E, Two H’s, Three I’s, One K, Three L’s, One M, Three N’s, Two O’s, One S, One T, One W dans Octopus

    «Critique», Jean-Claude Gevrey, Octopus, 20 avril 2009
    lundi 20 avril 2009 Presse

    Prenez les lettres épelant les noms des trois protagonistes de ce disque, rangez-les par ordre alphabétique et vous obtiendrez son titre complet (et à rallonge). De fait, on est tenté d’y déceler un renoncement aux formes établies, aux démarches préconçues, une volonté de réduction de l’artiste à son identité fondamentale: finalement une certaine approche de l’improvisation libre! Si Michael Snow est probablement plus connu pour ses expérimentations cinématographiques (cf. Wavelength, pierre angulaire du structuralisme en 1967), ses incartades musicales ne datent pas d’hier. Initialement pianiste de jazz, il a depuis rejoint le Canadian Creative Music Collective (CCMC) pour y développer un goût certain pour les manipulations électroacoustiques. C’est donc muni d’un synthétiseur analogique, d’une radio à ondes courtes et d’un piano qu’il aborde cette rencontre transgénérationnelle avec le guitariste Alan Licht, autant marqué par le minimalisme que le rock bruitiste, et le tripatouilleur de bandes magnétiques Aki Onda (comment appelle t’on déjà quelqu’un qui joue avec des walkmans en appuyant sur «rwd» alors que la touche «play» est enclenchée?). Enregistrées à Toronto en 2006 et au FIMAV l’année suivante, les deux pièces ont en commun une rare intensité qui n’est pas sans rappeler l’enthousiasme des pionniers de la musique électronique devant l’univers des possibles. Les fulminations cosmico-vintage sont ici enrichies de multiples incises: saillies de collages sonores dont la vitesse de défilement est altérée, drone sur cordes, avalanche de feedback et signaux captés au hasard (c’est de la pop indonésienne ou des mariachis qu’on entend en sourdine à un moment sur Doo Rain?). Au total, beaucoup de jeux d’interférences et de filtrages pour un ensemble dense et enchevêtré.

    Au total, beaucoup de jeux d’interférences et de filtrages pour un ensemble dense et enchevêtré.

    Live at Upstairs 2008 dans Le Devoir

    «Le salut de Guilbeault à Mingus», Serge Truffaut, Le Devoir, 18 avril 2009
    samedi 18 avril 2009 Presse

    Reprendre Duke Ellington, comme c’est bien écrit, bien arrangé, ça peut aller même si ce n’est pas évident. Reprendre Thelonious Monk, si on a le sens du contre-pied, de la déstabilisation, le souci de l’originalité, ça peut fonctionner même si ce n’est pas facile. Reprendre Charlie Parker, ça commande une sacré dose de culot, une dose de cheval sauvage. Mais reprendre Charles Mingus

    Reprendre Mingus, le Falstaff du jazz, le grand énervé, l’ultra de la passion, l’alchimiste des musiques de Stravinski, de Bartók avec le gospel, celui des saints des derniers jours, le blues des champs, le «bi-beaupe» de Bird et des chants d’oiseaux chers à Eric Dolphy, ça exige tout ce qui a été mentionné plus haut avec en sus une observation constante de la ténacité. Bref, en plus d’avoir une maîtrise musicale hors du commun, il faut être un peu fou, un tantinet déjanté. C’est ce qu’est Normand Guilbeault, grand contrebassiste devant l’Éternel, formidable chef de bande, grand défricheur des terres chaotiques.

    Trois fois plutôt qu’une

    C’est la troisième fois qu’il s’attaque à Mingus. La deuxième fois pour Ambiances magnétiques, la première ayant été pour Justin Time. Pis? C’est réussi, au-delà, bien au-delà de nos espérances. Et ce, tout d’abord parce qu’il s’est entouré de musiciens aussi redoutables qu’étonnants.

    Aujourd’hui comme hier, Jean Derome est à l’alto, aux flûtes et au baryton. En fait, au baryton il est aussi profond que Pepper Adams et aussi fonceur que Hamiet Bluiett. À la trompette, Ivanhoe Jolicœur déploie une chaleur et une sensualité entremêlées des bâillements de crocodile chers aux souffleurs de La Nouvelle-Orléans qui laissent pantois. Tellement que Jolicœur est peut-être bien le grand méconnu du jazz de Montréal, du Québec, du Canada, de ce que vous voulez.

    À la clarinette, la normale comme la basse, Mathieu Bélanger s’avère comme toujours la valeur ajoutée à la puissance dix. Il est en tout cas le frère d’armes de David Murray, qui proposa il y a quelques années de cela un album consacré à… Mingus. À la batterie, il y a Claude Lavergne qui pousse les autres et les retient comme et quand il faut, Lavergne qui a juste ce qu’il faut de fougue, d’énergie, d’à-propos, Lavergne qui est maître des ponctuations. Et il y a enfin la grande et splendide surprise.

    Il s’agit de Normand Deveault, pianiste de son état, qui a intégré le groupe de Guilbeault après un très long séjour en Guadeloupe. Deveault a ceci d’extraordinaire qu’il descend en droite ligne de Don Pullen. Et alors? Entre Horace Parlan, Jaki Byard et Pullen, qui tous ont été les pianistes de Mingus, on a toujours eu un faible pour ce dernier parce qu’il n’avait pas son pareil pour mettre en relief les inclinations que Mingus avaient pour Stravinski et Bartók. C’est pas compliqué, Deveault a ceci d’admirable que, contrairement à bien des pianistes, il dépasse la technique. Comme si celle-ci était loin, très loin derrière.

    Pour confectionner cet album enregistré live au Upstair’s, Guilbeault a réarrangé six compositions de Mingus: Passions of a Woman Loved, Song with Orange, Weird Nightmare, Prayer for Passive Resistance, Eclipse et Sue’s Changes. Sur deux de ces pièces, Karen Young chante avec beaucoup de sensibilité et de justesse des pièces réputées difficiles.

    On l’a souligné, on le répète, le résultat est splendide. Étonnant, captivant. C’est du grand jazz, très grand même. Chapeau!

    On l’a souligné, on le répète, le résultat est splendide. Étonnant, captivant. C’est du grand jazz, très grand même. Chapeau!

    Bomata dans Le Devoir

    «Le jazz géographique de Bomata», Serge Truffaut, Le Devoir, 4 avril 2009
    samedi 4 avril 2009 Presse

    Bomata, c’est «Bo» comme dans Bourque Guillaume, clarinettiste aussi avisé que fin, très fin. Bomata, c’est «ma» comme dans Mailloux Jean Félix, contrebassiste de la retenue, de la note dense, et compositeur qu’on tient à qualifier de savant tant il nous fait voyager. Au sens le plus géographique du terme. Bomata, c’est enfin Tabassian Ziya, percussionniste qui mêle les rythmes arabisants à ceux de l’Amérique latine avec une maîtrise qui force l’admiration.

    Bomata, c’est comme Derome-Guilbeault-Tanguay, Texier-Sclavis-Romano, Lake-Workman-Cyrille, le Masada String Quartet, soit un grand, un très grand groupe. C’est en tout cas, la surprise la plus étonnante, la plus saisissante depuis des lunes. Au ras des pâquerettes ou des marguerites, mettons qu’on se promène de Buenos Aires à Istanbul en passant par Bamako, Chicago ou Sofia.

    Tout commence avec Pas de géant. En moins de quatre ou de deux, on se dit que nos bonshommes, Mailloux notamment parce qu’il est l’auteur, ont fait davantage qu’étudier l’esthétique chère à John Zorn et aux musiciens qu’il produit sur son étiquette Tzadik. Ils l’ont digérée pour mieux nous la servir à leur manière, à leur sauce. Le rythme, la syncope du morceau a quelque chose d’hypnotisant, d’accrocheur.

    Après Pas de géant, il y a La Balançoire. Bandonéon et lenteur latine aidant, on est quelque part dans le Sud côté américain, sud-américain il va sans dire. La pièce suivante, Akapou, est plus orientale, plus Afrique du Nord. On pourrait être dans la ville blanche comme à Tanger. C’est Un thé au Sahara dans sa version sonore.

    Trois, comme dans trois musiciens, a des accents très singuliers. Parfois, on a l’impression que deux ou quatre pincées de gospel ont été injectées. Parfois, on a le sentiment d’entendre des échos chers à The Art Ensemble of Chicago ainsi qu’à David Murray. Trois est une addition d’atmosphères sans pollution, sans aspérité.

    Trampoline, c’est pas compliqué, rappelle les carnets africains chers à Henri Texier, Aldo Romano et Louis Sclavis. Un déhanchement n’attend pas l’autre. Avec Arabesque, Bourque, Mailloux et Tabassian touillent des tonalités qui distinguent le klezmer sur les rives du Bosphore ou dans les montagnes bulgares. C’est très étrange, mais non dérangeant. C’est une combinaison qui a ceci de réussi qu’elle n’en a pas l’air.

    Sahara comme Naha ont quelque chose de méditatif et de chatoyant. S’il fallait qualifier ces compositions d’une couleur, on dirait safran. Entre les deux, il y a Iz. Et alors? Lors de la première écoute, on a pensé à Charles Mingus. Plus exactement, au Mingus de Jazz and Cumbia Fusion, lorsque le grand Charles nous conduit des hauteurs colombiennes où l’on cultive la coca aux rues de New York où se transige sa transformation.

    Bon. De Pas de géant à Jacques en passant par Akapou, Sahara et d’autres, Bomata propose un album splendide. Un grand disque. Une production qui devrait séduire bien au-delà des amateurs de la note bleue. Tout ce que l’on souhaite à Bourque, à Mailloux et à Tabassian, c’est qu’ils poursuivent, qu’ils tiennent la route. Qu’ils soient surtout obstinés et coriaces.

    Bomata propose un album splendide.

    Arbor Vitæ dans Exclaim!

    «Review», Glen Hall, Exclaim!, 1 avril 2009
    mercredi 1 avril 2009 Presse

    Although he was born, and died, an American, composer/theorist James Tenney earned a warm spot in Canada’s musical psyche for his tenure as a professor at Toronto’s York University. And it is a motivating mix of affection and respect that moved Montréal-based string quartet Quatuor Bozzini to produce this reverently mounted two-CD collection of Tenney’s entire work of quartet/quintet pieces. Spanning five decades, Arbor Vitæ includes the piece of the same name composed in 2006, the last year of Tenney’s life, an ethereal waving and weaving of microtones, the mid-period Saxony, using tape delay and an extended tamboura-like drone’s unfurling, and early work String Quartet in One Movement from 1955. The foursome grow to a quintet with the addition of percussionist Rick Sacks on 1995’s Cognate Canons and 1997’s Diaphonic Study includes ever-expansive pianist Eve Egoyan. Quatuor Bozzini play every note with microscopic attention to detail and nuance, making even the smallest gesture contribute to this finely faceted gem. But one drawback is Tenney’s penchant for homage, which can be derivative, sometimes of sources other than the composer being honoured. This music is cerebral, no doubt about it, but with the likes of former premier Mike Harris itching to exert an anti-intellectual influence, maybe some grey cell stimulation is just what we need.

    Quatuor Bozzini play every note with microscopic attention to detail and nuance, making even the smallest gesture contribute to this finely faceted gem.

    Out of Nowhere dans The Squid’s Ear

    «Review», Max Schaefer, The Squid’s Ear, 1 avril 2009
    mercredi 1 avril 2009 Presse

    Cellist Joëlle Léandre and pianist Quentin Sirjacq, though of radically different generations, make of their collaboration an opportunity for a different beginning, where their work will, at least in part, stand out from their respective historic origins, rendering them no longer able to fully grasp it. Fittingly, the pieces forgo a competition of surprises, a proverbial game of chess that would have each player trying to push and trap the other, opting instead for a well-constructed whole that possesses an exhilaratingly hardy, composed chamber feel.

    Each of the pieces manages to be both intimate and suggestive of grand scale. At times Sirjacq prepared piano deceives for its soft, silky chimes, as he later moves into a tough, two handed approach, while the lyricism of Leandre’s neat patterns on violin become decidedly off the peg. Though refined and attractively impassable, it’s also gnarly and encouraging of an active attention.

    Both Leandre and Sirjacq continue to play with exactness and control, giving rise to vivid pieces that, though packed with intense detail, are as tight as a wheel nut. This formula isn’t refreshed as much as needed, however, and later pieces live off of borrowed expressivity. While the first few tracks might come out of nowhere, a number of them appeal only in their recognisability.

    Both Leandre and Sirjacq continue to play with exactness and control, giving rise to vivid pieces that, though packed with intense detail, are as tight as a wheel nut.
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