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Annette Vande Gorne

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D’autres critiques peuvent se trouver dans les pages des albums de cette artiste.

Les artisans du son

Khadija Chatar, L’Express, 4 août 2009

Un festival électroacoustique sur le son environnant! Cela peut paraître assez futuriste et pourtant cela fait 11 ans qu’à Toronto se tient le Sound Travels Festival of Sound Art présenté par New Adventures in Sound Art. Les 7 et 8 août, au Artscape Wychwood Barns (601 rue Christie), plusieurs francophones, dont Nicolas Bernier, Annette Vande Gorne et Hervé Birolini, viendront divulguer leurs nombreux talents à jongler avec tout ce qui fait du bruit!

«Le 7 août, je vais présenter deux spectacles, Courant.air et Les arbres. Dans Courant.air, il s’agit de combiner une couleur folk avec de la musique électroacoustique que j’aurais déjà préalablement enregistrée et sur laquelle Simon Trottier jouera en plus de sa guitare acoustique», annonce le Montréalais Nicolas Bernier.

Dans les enregistrements, M Bernier a pensé à inclure quelques éléments spécifiques au titre, Courant.air, comme le bruit du vent. «Le vent a été réellement l’inspiration. Je voulais que l’on se rende compte de son existence. C’est comme de la musique que l’on ne voit pas. Il est pourtant là, et il est créatif. Il fait des vagues et des formes», dit-il.

Son deuxième spectacle intitulé Les arbres est un projet qui lui tient très à cœur et pour lequel il a consacré de nombreuses années sans pour autant estimer l’avoir encore achevé. Cette pièce, généralement, présentée avec violon et violoncelle, aura une petite touche qui se veut plus «post-rock», comme Nicolas Bernier aime à le dire.

«Ce sera une nouvelle version avec guitare électrique. C’est un drôle de mix qui travaille sur le son et sa matière. Je dirais que c’est un peu intellectuel d’un côté et pas du tout de l’autre.»

Autre point, le concert Les arbres sera présenté avec une projection vidéo réalisée par un certain Urban9, avec qui Nicolas Bernier travaille depuis longtemps sur le projet.

Pour permettre à l’auditeur d’entrer davantage dans l’univers électroacoustique, les deux musiciens, Nicolas Bernier et Simon Trottier, ont pensé à se placer en plein milieu de la salle. «Notre but c’est que le public ne s’attarde qu’au spectacle. Nous voulons qu’il entre dans le son sans se laisser divertir par les gestes des musiciens», confie-t-il pour terminer.

D’autres artistes francophones venus cette fois-ci d’un petit peu plus loin seront aussi présents au Artscape Wychwood Barns.

Le 7 août toujours, le Français Hervé Birolini s’aventurera à bercer les auditeurs à l’aide des mélodies coupées et recoupées de son saxophone.

Son concert qui s’appelle Ozone promet d’en intriguer plus d’un, selon le directeur artistique du Sound Travels Festival of Sound Art, Darren Copeland. «C’est une pièce écrite à partir de différents sons enregistrés qu’il transforme pour en recréer de nouveaux. C’est assez spécial comme musique», dit-il.

Le samedi 8 août, la Bruxelloise Annette Vande Gorne, artiste plus traditionnelle et plus scientifique présentera Two Portraits. «Nous sommes très contents qu’elle soit là avec nous. Elle a publié plusieurs ouvrages importants sur la composition électroacoustique et a enseigné pendant très longtemps sur le sujet», déclare M. Copeland.

À son concert l’auditeur aura donc l’occasion d’écouter mais aussi d’observer le son sous une autre facette.

L’atmosphère ambiophonique créée par les 20 haut-parleurs permettront à Annette Vande Gorne de transformer la salle en un laboratoire où le public deviendra l’outil de mesure et le son, le sujet d’étude, rien que ça…

Le Sound Travels Festival of Sound Art se poursuit jusqu’au 31 octobre avec plusieurs autres spectacles et concerts.

Nicolas Bernier, Annette Vande Gorne […] viendront divulguer leurs nombreux talents à jongler avec tout ce qui fait du bruit!

Itinéraire en Europe du Nord

François Couture, electrocd.com, 9 février 2004

Voici une piste d’écoute sans prétention, une invitation au voyage; pas un tour guidé, mais plutôt un itinéraire, un peu comme les récits de voyages de l’ère romantique. Ce sera donc un itinéraire d’écoute, une invitation à découvrir une sélection hautement subjective de compositeurs d’un coin du globe. Notre destination: l’Europe du Nord.

La France règne en reine despotique sur la musique électroacoustique européenne. L’influence persistante de l’œuvre de Pierre Schaeffer, plus de cinquante ans après l’invention de ce qu’il a baptisé la musique concrète, et la force d’attraction qu’exerce l’Ina-GRM ont tendance à occulter aux yeux du monde le travail qui se fait ailleurs en Europe.

Alors partons d’une voisine de la France, la Belgique. Celle-ci doit en grande partie sa vie électroacoustique à Annette Vande Gorne, animatrice infatigable du centre Musiques & Recherches. Sa musique fait preuve d’une rare sérénité dans le domaine des musiques pour bande. Tao, un cycle sur les cinq éléments primitifs (l’air, la terre, le métal, le feu et l’eau), demeure un classique du genre. La compositrice y épuise les transformations possibles des sons associés à ces éléments avec une maîtrise et une poésie peu communes. Élève de Vande Gorne, Stephan Dunkelman partage sa grâce, une grâce qu’il transmute en mouvement. Souvent issues de collaborations avec des chorégraphes, ses œuvres sont mues par une force intérieure qui oppose à la charge philosophique (quasi mystique, en fait) de Vande Gorne la sensualité du geste. Ses pièces Rituellipses et Thru, Above and Between, parues sur le disque Rhizomes, méritent une attention particulière.

Une courte traversée de la Mer du Nord et nous voilà en Angleterre. Nous nous dirigeons sur Birmingham, un important pôle créatif en musique électroacoustique, grâce au travail du compositeur Jonty Harrsison et de son Birmingham ElectroAcoustic Sound Theatre (ou BEAST), un espace de diffusion et d’expérimentation qui nous a donné plusieurs compositeurs de talents. Harrison est un incontournable. Sa pièce Klang (parue sur Évidence matérielle) figure parmi les œuvres électroacoustiques les plus connues des 25 dernières années. La clarté architecturale de ses œuvres et sa façon distinctive de comprimer les sons en jets d’énergie le placent au même niveau que les Henry, Dhomont et Bernard Parmegiani de ce monde. On retrouve sa manière de faire chez l’un de ses élèves, Adrian Moore, en particulier dans son intérêt pour les sources sonores simples (un marqueur sur un tableau blanc, une feuille de papier aluminium) exploitées à travers des transformations complexes. Sieve, parue sur le disque Traces, utilise un ludisme accrocheur pour rendre ce processus transformatif transparent.

Denis Smalley est d’origine néo-zélandaise, mais il réside au Royaume-Uni depuis le milieu des années 70. Sa contribution au corpus acousmatique et au concept de diffusion sonore en fait non seulement le contemporain mais en quelque sorte l’acolyte de Harrison. Les deux compositeurs partagent d’ailleurs un même souci de la forme, un même intérêt dans le déplacement dans l’espace-temps de corps sonores abstraits. Wind Chimes (sur Impacts intérieurs) et Base Metals (sur Sources/Scènes) illustrent bien cette beauté un peu froide mais fascinante. L’un de ses élèves, John Young (un autre Néo-zélandais qui a étudié et enseigne maintenant en Angleterre), utilise une approche similaire tout en remplaçant les sources sonores élémentaires (c’est-à-dire issues des éléments et donc en quelque sorte philosophiques) par des images aux évocations plus chargées. Les pièces de son premier album, La limite du bruit, présentent à l’auditeur plusieurs occasions de replonger dans ses souvenirs au son d’une balançoire qui grince ou d’une porte qui craque (comme autant de madeleines dans les tasses de thé de Proust). Time, Motion and Memory constitue un morceau de choix.

L’électroacoustique scandinave demeure encore trop peu connue chez nous, mais le catalogue d’empreintes DIGITALes nous permet d’y faire un court arrêt pour compléter ce périple. Natasha Barrett a étudié avec Harrison et Smalley et a fait partie du BEAST, mais depuis 1998 elle habite la Norvège. Là, elle a su s’écarter du style de ses maîtres à penser et se laisser imprégner du climat nordique. Ses Three Fictions, parues sur Isostasie, méritent plusieurs écoutes. Enfin, terminons cette piste d’écoute avec l’un des phares de la musique électroacoustique d’aujourd’hui, le Suédois Åke Parmerud, dont la pièce Renaissance (parue sur Jeu d’ombres) redonne au synthétiseur analogique ses lettres de noblesse sans tomber dans la nostalgie.

Rien à voir avec Calon, Vande Gorne, Parmegiani et les autres

Le Devoir, 19 février 1998

Hier commençait au Théâtre La Chapelle la troisième série de concerts Rien à voir. Au menu: cinq jours d’électroacoustique, des compositeurs venus de tous les horizons, trois lancements de disque. Ces concerts ne sont pas comme les autres: aucun musicien sur place, mais vingt haut-parleurs faisant entendre des œuvres déjà fixées sur bandes.

Le festival veut souligner le 50e de la musique concrète. En 1948, alors qu’il était responsable du Studio d’essai de la Radio française, Pierre Schaeffer se rendit compte qu’un disque souple permettait de transformer le son, de le moduler. Comme les couleurs pour le peintre, la musique peut être utilisée en tant que véritable matériau.

Le concept a fait des petits et a étendu ses tentacules. À la suite de Schaeffer, les Québécois se sont employés à développer ce créneau. Il est d’ailleurs revenu à trois d’entre eux — Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau — de lancer hier le festival Rien à voir, tout à entendre.

Aujourd’hui, le public pourra entendre le travail de recherche de Christian Calon, un compositeur autodidacte qui partage sa vie entre le Québec, la France et l’Allemagne.

La soirée de demain sera entièrement consacrée à la Belge Annette Vande Gorne. Samedi, pleins feux sur le Français Bernard Parmegiani, dont on entendra un total de six pièces. À la séance de 18h30: Bidule en ré (1969), Entre-temps (1992), Sonare (1997); à celle de 20h30: Violostries (1965), Pour en finir avec le pouvoir d’Orphée (1972) et La création du monde (1982-1984).

Le festival Rien à voir, tout à entendre se conclura par un concert-surprise. On sait tout de même que ce concert mettra en vedette Parmegiani, dont on entendra l’œuvre la plus célèbre, De natura sonorum, et cinq jeunes compositeurs de Montréal.

Le festival ne quittera son repère du Théâtre La Chapelle que pour un seul événement. Aujourd’hui, à 13h, sera donnée en première nord-américaine Die Zimmer der Erinnerung (Les Chambres de la mémoire) de Christian Calon, au Goethe-Institut, au 418, rue Sherbrooke Est.

Par ailleurs, seront lancés trois disques, tous sur étiquettes Empreintes DIGITALes: Miniatures concrètes (24 clips électroacoustique), Les corps éblouis de Christian Calon et Impalpables d’Annette Vande Gorne.

… cinq jours d’électroacoustique, des compositeurs venus de tous les horizons, trois lancements de disque.