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Nous perçons les oreilles

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    Critique

    Pierre Durr, Revue & Corrigée, no 39, 1 mars 1999

    Justement, c’est le registre qu’a choisi — encore elle — Joane Hétu dans un second opus en compagnie de Jean Derome (par ailleurs compagnon de Castor et compagnie) Nous perçons les oreilles s’inscrit en effet dans la suite logique des récents enregistrements bruitistes de Lussier / Tétreault ou de Labrosse / Mori / Tétreault, avec une approche nettement plus acoustique: ici ni échantillonnages, ni tourne-disques, mais une confrontation ludique et presque innocente de saxophones alto, de divers instruments à vents (appeaux, etc.), de percussions, de voix à l’image d’une iconographie enfantine.

    une confrontation ludique et presque innocente de saxophones alto, de divers instruments à vents, de percussions, de voix à l’image d’une iconographie enfantine.

    Review

    Frank Rubolino, Cadence, no 25:3, 1 mars 1999

    Joane Hétu (alto and voice) and Jean Derome (alto, small instruments, percussion, and wice) appear as a duet on Nous perçons les oreilles (Ambiances magnétiques). This time, the music is the more dominant influence, with the vocals adding color and texture to the fierce alto screams rather than acting as a story-telling device. Hétu again uses scatting vocal utterances in conjunction with the music, but she devotes equal concentration on this set to the alto that she blows with reckless abandon on many of the selections (Nous Perçons / Le Poinçon / Jonquille / Les osselets / Lea / Les oreilles / L’enclume et le marteau / L’étrier / La ouate / Les orteils / Ça va pas). The use of voice to complement music has become standard fare with Derome (he scripted all the text), and he and Hétu use it intelligently on this date as an alternate for additional instrumentation. Their voices interact with their instruments in staccato fashion to provide a diverse sound stage of irregular beat and freedom playing. When the two are in tandem on alto, they play either a cat and mouse sound game or blow intensely in freeform style. The cacophony of the horns melts into screechy vocal outbursts or guttural tones to yield strange but musical results. This recording is unusual but certainly excitinq and original.

    The use of voice to complement music has become standard fare with Derome , and he and Hétu use it intelligently…

    Soundcheck

    Chris Blackford, The Wire, no 180, 1 février 1999

    Derome’s duo album with Joane Hétu is also suffused with playful elements, especially Jonquille. In which a list of single words is recited to charming rhythmic effect. Mostly however the duo explores abstract improv. Hétu’s wordless vocals (and occasional,alto sax) rising expressively against Derome’s alto sax and numerous small wind instruments. Use of the latter lends the improvising a refreshing anti-virtuosic feel, where technical polish is abandoned for a more rough and ready celebration of unusual sound creation. L’étrier typifies the physical thrill of extreme sounds in extraordinary juxtapositions. Fans of Phil Minton and Doger Turner’s duo will welcome this equally adventurous Canadian pair with wide open minds.

    … a more rough and ready celebration of unusual sound creation.

    Compact

    Vincent Collard, Ici Montréal, 22 octobre 1998

    Ici, on est dans le ludisme pur. Un duo d’improvisation où la complicité du couple est un sine qua non. Les ressources sonores de la voix, des instruments à vent et de toutes les «gogosses» possibles pouvant produir un son quelconque sont exploitées à outrance, sans compromis. Le plus aigu, le plus grave, le plus fort, le plus doux; tout s’enchaîne dans la spontanéité folle de ces deux enfants qui déconnent, comme sans se rendre compte qu’on les observe. Forcément, tout n’est pas d’un égal intérét. Mais cette façon de faire les choses donne parfois des résultats étonnants…

    Ici, on est dans le ludisme pur.

    La modernité n’est pas morte!

    François Tousignant, Le Devoir, 19 mars 1998

    Loin, loin, trés loin des hauts endroits où l’on étudie des choses qu’on aime limiter à un état cadavérique pour s’emparer d’elles comme objet loin. Loin, très loin de ceux qui savent, il existe un jardin enchanté et secret, pas toujours raffiné ou très beau, mais où la musique vit celui de ceux qui la font. En cet enclos particulier, des musiciens genéreux donnent réalité à cet art mystérieux qu’est la musique, offrent leur amour profond des idées neuves et du son.

    Le premier spectacle de Nous perçons les oreilles, sorte d’édition-festival de fin d’hiver des «actualistes» montréalais, s’est révélé un franc succès. Il est malaisé de tenter de rendre justice à ce qui s’est passé mardi soir, à la Maison de la culture Plateau Mont-Royal; tout au plus peut-on essayer d’en témoigner.

    La modernité revient!, enfin!, et de la plus belle manière. Loin des circuits savants (et fermés), l’héritage des Cage, Kagel, Berio reste bien vivant et fertile. Il fallait entendre la première «improvisation» de Jean Derome et Joane Hétu pour comprendre ce qu’est la musique vivante, celle qui s’imagine avec des petits riens, qu’on invente sans jamais l’apprendre parce qu’on l’a prise à bras-le-corps avec amour et passion.

    Sur le fil tenu de l’instant fugace qui jamais ne reviendra s’élève un torse magnifique qui tire tout son pouvoir expressif de ses fulgurances géniales et de ses faiblesses décevantes. Au crépuscule d’un art encroûté dans l’académie se dressent les turions d’une nouvelle forme provocante et revendicatrice par sa simple existence: jouer de la musique. Dans ces constructions sonores de Jean Derome résonne le plus bel écho soixante-huitard: l’imagination au pouvoir!

    Terrains et émotions vierges, voilà ce qu’on entend. Magie de la poésie et du sens renouvelés. Impossible d’analyser cela de l’épingler pour objet d’étude. Il faut y être, se soumettre à ses méandres, oser se tromper — ou triompher — en direct. Derome remporte la palme, dominant sa matière magistralement. Sa compagne reste plus en retrait. Elle essaie trop de le rejoindre plutôt que de se laisser aller.

    Au risque de passer pour snob, je trouve qu’il manque encore un peu de verni, voire de respect (Derome par moment, semble maladroit avec ce statut d’artiste qu’il invente — plus de fierté de votre part, s’il vous plait, vous y avez droit!) envers l’acte qui se pulvérise en son. La présence du magnifique texte de Sylvie Massicotte (efficacement lu par l’auteure) a prouvé que la prestation musicale doit aspirer à un «niveau» plus responsable, ce qui veut dire qui n’a plus honte d’être ce qu’il est. Derome et Hétu méritent mieux que ce qui leur est généralement reconnu, ne serait-ce que pour les vertiges du cœur qui, tout à coup, emplissent nos oreilles.

    Cette première soirée dialoguait avec le cinéma. L’idée est naïvement mignonne. MacLaren a déjà fait cent fois mieux et le processus est stérile. On sourit à la tentative, sans plus. Mercredi, nos acolytes se colletteront avec la danse puis, ce soir, entre eux. Ce dernier spectacle musique-musique sera repris vendredi à la Maison de la culture Villlerav/Saint-Michel/Parc-Extension. À prendre un risque, vous serez peut-étre déçu, mais vous serez peut-étre aussi complétement ébloui.

    … des musiciens genéreux donnent réalité à cet art mystérieux qu’est la musique, offrent leur amour profond des idées neuves et du son.

    Pas de deux

    Nicolas Tittley, Voir, 12 mars 1998

    Joane Hétu et Jean Derome seraient-ils échangistes? À en juger par la série de rencontres organisée par le couple d’actualistes montréalais — sous le nom de groupe, Nous perçons les oreilles —, on pourrait bien le croire. Trois soirs durant, les deux musiciens multiplieront les échanges à quatre sur la scène de la maison de la culture du Plateau Mont-Royal, et confronteront leurs méthodes d’improvisation à celles d’artistes issus de disciplines différentes. Arméss de leurs saxos, de leur voix et de la fameuse collection de flûtes et d’apppeaux en tous genres de Jean Derome, les deux artistes de musique actuelle livreront chaque soir le fruit de leur collaboration intime d’être rejoints sur scène par des tandems de cinéastes, d’écrivains, de danseurs et bien sûr de musiciens. «On voulait travailler avec l’idée de couple et, chaque soir, on va collaborer avec un homme et une femme explique Joane. Le premier soir est consacré à la littérature et au cinéma avec les textes de Sylvie Massicotte et les grattages de pellicule en direct dc Pierre Hébert. Dans le deuxième, on aborde la danse avec Louise Bédard et Andrew Harwood; et le troisième est une rencontre entre nos deux sax et deux percussionnistes Danielle Palardy Roger et Pierre Tanguay.»

    Comme les deux membres du couple sont constamment occupés par des projets divers Nous perçons les oreilles n’a donné que quelques rares performances underground jusqu’à présent mais il s’agit d’un projet en constante évolution auquel Hétu et Derome semblent consacrer beaucoup d’énergie. «C’est quelque chose qui est assez facile à garder vivant du fait qu’on habite ensemble», explique Joane. «Ça se fait spontanément le soir quand les enfants sont couchés; on se met à faire de la musique ensemble.»

    Leurs échanges se font généralement sur le terrain de l’improvisation musicale mais Joane a aussi un fort penchant pour la chanson comme elle l’a démontré brillamment avec l’un de ses autres groupes (Castor et compagnie). Elle s’empresse toutefois de piéciser que les deux formations fonctionnent de façon complètement différente. «Castor est vraiment un groupe de chanson alors que Nous perçons les oreilles est un ensemble musical dans lequel on retrouve des chansons nuance-t-elle. Dans Nous perçons les oreilles les textes sont surtout choisis en fonction de leur musicalité parfois, il s’agit de simples listes d’objets de tous les jours.» Quant à la musique elle semble suivre des voies plus imprévisibles mais la complicité entre les deux artistes/amoureux est telle que l’improvisation semble couler de source. «Il v a deux plans distincts dans ce groupe» poursuit Derome. «D’un côté on développe un répertoire de chansons écrites et de l’autre on expérimente en improvisation avec toutes les combinaisons imaginables entre nos instruments que ce soit à deux voix, une voix et un sax, deux sax et toutes les possibilités que nous permettent les flûtes et les appeaux. Ce qui est intéressant, c’est le contraste entre les chansons — qui sont à la fois complètement absurdes et très proches du quotidien — et les improvisations qui sont plus près du côté hard de la musique actuelle»

    Même si Hétu et Derome se proposent d’explorer à fond les deux pôles de Nous perçons les oreilles au cours de leurs spectacles ils ont choisi la voie instrumentale pour leur premier album qui devrait paraitre sous peu chez Ambiances Magnétiques. Mais comme tout semble arriver par paires chez ces deux-là on aura aussi droit à un disque mettant l’accent sur la version chantée avant longtemps.

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