«Nous sommes tous réunis parce qu’il y a une certaine forme d’ingrédient vital qui entre dans la musique que nous créons. Même sa source, en ce qui concerne la situation américaine, est africaine et liée aux souffrances que nous avons endurées… Mais ce qui s’est produit grâce à ce que nous avons appris à faire, c’est que nous avons fourni aux gens du monde entier une autre méthodologie pour s’exprimer, pour pardonner.»
— Andrew Cyrille, The Discipline of Freedom, the Beauty of Creation and it’s Real (2015)
La contribution d’Andrew Cyrille à l’évolution de la musique noire est colossale. Affectueusement surnommé «le gars aux mains rapides de Brooklyn» par son collaborateur Milford Graves, sa maîtrise technique et sa liberté créative ont révolutionné les contours du jazz avant-gardiste et de la musique improvisée. Cyrille est peut-être surtout connu (par les collectionneurs de disques) pour ses albums précieux tels que What About? (1969) et Dialogue of the Drums (1974), ou pour sa collaboration emblématique de 11 ans avec le pianiste Cecil Taylor. Pourtant, l’innovation sans limites de Cyrille s’étend à ses productions récentes, notamment Lebroba (2018), Embracing the Unknown (2024) et les nombreux enregistrements en direct qui documentent sa pratique contemporaine.
Né en 1939, Cyrille est un Haïtien-Américain dont le jeu est associé à un sens presque magique et pictural du temps et de la texture, qualités présentes tout au long de ses collaborations avec des sommités telles qu’Archie Shepp, Jeanne Lee, Jimmy Lyons, Rashied Ali, Oliver Lake, Reggie Workman, William Parker, Marilyn Crispell, Henry Grimes, Tomeka Reid, Bill Frisell, Wadada Leo Smith, Peter Brötzmann et d’innombrables autres géants de la tradition du jazz moderne. Pour cette date, cependant, Cyrille joue en solo, mais il ne joue jamais seul. Son étude continue des percussions afro-cubaines, africaines et afro-diasporiques nous enseigne que «tout n’est que vibrations». Cela signifie qu’assister à un concert de Cyrille, c’est ressentir les vibrations d’un ensemble qui comprend non seulement ses innombrables collaborateurs, mais aussi les danseurs, les conversations, les répétitions et les publics qui traversent et guident son orbite créative. Assister à un concert de Cyrille, c’est rejoindre cet ensemble, faire partie de son travail de rassemblement et s’accorder à un élément vital qui se nourrit du passé tout en semant les graines de l’avenir. Ses tambours sont, comme le décrit William Parker, «destinés aux êtres humains qui ont besoin de nourrir leur âme». Alors, venez avec un esprit ouvert. Venez avec un esprit curieux. La générosité du leadership de Cyrille est bien documentée, et l’endroit où il nous emmènera nous accueille déjà à bras ouverts.
[viii-25]