L’étiquette montréalaise Ambiances magnétiques reprend du poil de la bête, c’est le moins que l’on puisse dire! Après s’être embourbée pendant deux ou trois ans dans une certaine complaisance où ses bonzes (les Lussier, Côté, Lepage, Labrosse, Tétreault et al.) sortaient des disques bons, mais loins d’être fracassants (à l’exception du Mets ta langue de Joane Hétu), voilà qu’Ambiances magnétiques est habité d’un nouveau souffle. C’est une nouvelle fournée de musiciens, les Bernard Falaise, Pierre Labbé, Tommy Babin, Nicolas Masino, Rémi Leclerc, Claude St-Jean, qui renouvelle l’effectif créatif du meilleur label québécois.
La formation dernière-née: Les Projectionnistes. Dirigé par le tromboniste Claude St-Jean (de l’Orkestre des Pas Perdus), ce groupe comprend le noyau de la formation Papa Boa (Pierre Labbé aux saxos, Bernard Falaise à la guitare, Rémi Leclerc à la batterie) et le contrebassiste Tommy Babin (qui fait entre autres partie du groupe blues yiddish Jeszce Raz). Le projet Les Projectionnistes était né du désir d’improviser sur des projections de vieux films surréalistes. Mais rapidement le groupe s’est transformé en un hybride de l’Orkestre des Pas Perdus et de Papa Boa. Est-ce un Papa Boa dont St-Jean écrirait les musiques? Ou un OPP augmenté d’une guitare? Ou bien encore Miriodor (dont Falaise et Leclerc font partie) sans claviers?
Chose certaine, le résultat est frappant de fraîcheur et d’énergie. Rock, funk, RIO, jazz, le tout livré à grands coups de cuivres chauds et de guitare hurlante. Les fans de l’OPP et de Papa Boa ne seront pas déçus. La musique des Projectionnistes décape, mais demeure néanmoins relativement accessible grâce à ses mélodies recherchées et ses rythmes endiablés et son humour omniprésent. Il faut souligner la pièce d’ouverture Hiboux, très OPPienne de facture, 7e balcon et le Cacao Chaos de Bernard Falaise, à la fois subtile et brutale. Le disque se termine avec Ballet mécanique, une improvisation de onze minutes, la seule du disque, enregistrée en spectacle lors de l’une des premières incarnations du groupe, avec Nicolas Masino (Miriodor) à la basse.
Aucune pièce faible sur Copie zéro, qui constitue une réussite du début à la fin et, avec le Tête à queue de Papa Boa, l’un des meilleurs disques d’Ambiances magnétiques depuis quelques années.