Sauter au contenu principal
actuellecd

Billet

Elle a son mot à dire dans Paris-Move

«Critique», Patrick Dallongeville, Paris-Move, 29 juillet 2025
mercredi 6 août 2025 Presse

Avec pareil état civil, on serait tenté à moins d’user de ce jeu de mots (dont elle doit pourtant être lasse): “Joane, qui es-tu?“. C’est qu’en dépit de ses quatre décennies et demie de carrière artistique, cette saxophoniste, vocaliste, improvisatrice et compositrice québecoise (bardée de prix dans son pays) n’est encore connue dans notre Hexagone que d’un cercle restreint d’initiés. Également à la tête du label de musiques expérimentales DAME et co-directrice de la maison de production SuperMusique, elle dirige aussi le quintette Castor et compagnie, et se produit en duo avec Jean Derome sous l’appellation Nous perçons les oreilles… Sur ce nouvel album (enregistré en concert à l’Édifice Wilder de Montréal, le 3 mai 2023), elle est accompagnée de Sarah Albu (voix), Émilie Fortin (trompette), Julie Houle (tuba), Luzio Altobelli (accordéon), Noam Bierstone (percussions), Michel F Côté (percussions, électronique), qui chantent et manipulent tous des objets divers et variés, en sus de leurs fonctions principales. Tout en revisitant trois de ses compositions antérieures (de 2001 à 2005), elle propose neuf nouvelles pièces, dont celle d’ouverture (la bien intitulée Elle n’a pas de mot), qui superpose un chant sans paroles à un chœur de “tubes tourbillonnants” (tuyaux cannelés tournant au-dessus ou à côté du musicien, et pirouettant au gré de la série harmonique). Avec Mot elle a, la chanteuse Sarah Albu s’adonne à diverses percussions, selon une scansion vocale tour à tour fervente et exubérante, ainsi qu’un rythme emprunté partiellement au Boléro de Ravel, tandis qu’avec ses bruitages et chants d’oiseaux, le ludique Elle n’est pas un animal (scindé en deux parties) rappelle les facéties de la Campagnie des Musiques à Ouïr. Sur Un idéal (de 2003), Avoir le motton (de 2001) et Jojo dit, le chant se fait essentiellement rythmique, au fil d’une partition ponctuée d’interjections vocales et instrumentales abruptes. Sur Vivante (2005), Joane prend le lead pour énumérer ses propres vicissitudes organiques sur fond de percussions domestiques. Entamé en canon romain, Elle a dit oui dérape bientôt en épellation émaillée de jappements et de percussions sur récipients plastiques, avant que la plage titulaire ne révèle sa simple fonction d’interlude (caquètements aviaires, miaulements et hennissements à l’appui). Ce périple s’achève avec le rêveur Elle qui est-elle?, qu’introduit une trompette bientôt rejointe par le tuba et l’accordéon, pour former une sorte de fanfare circassienne mélancolique. Un album évoquant autant le théâtre de Zouc, Ariane Mnouchkine et Jérôme Deschamps que l’esprit pataphysique d’Albert Marcœur et du Gong des débuts. Pisse-froids ultra-rationalistes s’abstenir.

Un album évoquant autant le théâtre de Zouc, Ariane Mnouchkine et Jérôme Deschamps que l’esprit pataphysique d’Albert Marcœur et du Gong des débuts.
★★★★